Le lien entre changement climatique et maladies tropicales négligées (MTN) est au cœur des échanges lors du panel sur l’état des MTN en Afrique : données, progrès, défis et opportunités, organisé à l’occasion du lancement du Forum des médias sur les maladies tropicales négligées, ce jeudi 29 janvier à Cotonou, au Bénin.
Parmi les voix marquantes de ce panel, celle de Mme Yaye Sophietou Diop, Directrice Partenariat et Développement de Speak Up Africa, a particulièrement retenu l’attention. Elle a insisté sur la nécessité de repenser les stratégies de lutte contre les MTN à l’aune des transformations profondes induites par le changement climatique.
Des impacts climatiques déjà visibles sur la santé
Selon Mme Diop, les effets du changement climatique sur la santé ne relèvent plus de la projection, mais d’une réalité tangible. « Nous savons tous que le changement climatique a des impacts bien réels et déjà observables », a-t-elle souligné, rappelant que les phénomènes climatiques extrêmes modifient les écosystèmes, favorisent la prolifération des vecteurs de maladies et fragilisent davantage les populations vulnérables.
Elle a notamment mis en lumière les migrations climatiques, les problèmes croissants d’assainissement et l’exposition accrue aux risques sanitaires, autant de facteurs qui compliquent la lutte contre les maladies tropicales négligées. Dans ce contexte, elle plaide pour un suivi rigoureux et opérationnel, au-delà des seuls cadres juridiques. « Quelle que soit la loi, le suivi doit se faire. Il est essentiel de mieux exploiter les données, notamment météorologiques, et de s’assurer qu’un suivi concret est mis en place dans nos pays », a-t-elle déclaré.
Placer l’humain au centre des stratégies sanitaires
Mme Yaye Sophietou Diop a également insisté sur l’importance d’une approche centrée sur les personnes, qu’elle estime indispensable pour répondre efficacement aux défis sanitaires exacerbés par le changement climatique. « Quelles que soient les maladies, y compris les maladies tropicales négligées, ce sont toujours les populations les plus marginalisées qui sont les plus touchées : les femmes, les enfants et les personnes vivant avec un handicap », a-t-elle rappelé.
Elle a attiré l’attention sur une catégorie souvent oubliée dans les politiques publiques : les personnes vivant avec une déficience intellectuelle, qui restent insuffisamment prises en compte dans les dispositifs de prévention et de prise en charge. Pour elle, l’intégration de cette approche doit être systématique, tant dans la conception que dans la mise en œuvre des programmes de santé.
Données, financement et mise en œuvre : des défis persistants
Au-delà du constat, la Directrice Partenariat et Développement de Speak Up Africa a souligné la nécessité de renforcer les programmes existants, d’adapter les stratégies nationales aux nouvelles réalités climatiques et, surtout, d’allouer des budgets dédiés pour garantir une mise en œuvre effective. « Il ne suffit pas d’avoir des stratégies. Il faut des ressources financières concrètes pour les appliquer », a-t-elle insisté.
À titre d’exemple, elle a évoqué l’expérience en cours au Sénégal, où une approche centrée sur les personnes est en train d’être testée dans le cadre du programme de lutte contre les maladies tropicales négligées. L’objectif est d’évaluer son efficacité avant d’envisager une mise à l’échelle dans d’autres contextes.
Le rôle clé des médias face aux défis climatiques et sanitaires
Ce panel, organisé dans le cadre du Forum des médias sur les MTN, a également rappelé le rôle stratégique des journalistes dans la sensibilisation, la vulgarisation des données et l’éveil des consciences citoyennes. Face à l’impact croissant du changement climatique sur les maladies tropicales négligées, les médias sont appelés à devenir des acteurs de plaidoyer, capables de relier enjeux climatiques, sanitaires et sociaux.
En mettant en lumière ces interconnexions, le Forum de Cotonou entend contribuer à une meilleure compréhension des défis actuels et à une mobilisation accrue autour de solutions durables, inclusives et centrées sur les populations les plus vulnérables.
Par Hector NAMMANGUE depuis Cotonou pour Vert-Togo





