Dans le Grand Lomé, le sable peut représenter jusqu’à 60 % des déchets produits par les ménages dans certaines communes. Même dans les zones où cette proportion est plus faible, elle peut encore atteindre 30 à 40 %. Une réalité qui pèse lourdement sur la gestion municipale des déchets, alourdit les coûts de collecte et de transport et réduit la capacité des centres d’enfouissement technique.
Selon Dr TCHA-THOM Mag, adjoint spécialiste déchets, sols et environnement à l’Université de Lomé , cette forte présence du sable dans les déchets constitue aujourd’hui un véritable enjeu pour les collectivités. Le spécialiste appelle à revoir les pratiques de gestion afin d’éviter que d’importantes quantités de sable soient collectées et traitées comme des déchets ordinaires.
Le problème ne réside pas uniquement dans la quantité de sable présente dans les déchets. Une fois collecté avec les ordures ménagères, ce sable est transporté vers les centres de transit puis vers les centres d’enfouissement technique, comme s’il s’agissait d’un déchet nécessitant le même traitement que les autres matières.
« La moitié de nos déchets sont constitués de sable », souligne Dr TCHA-THOM Mag, à propos de la situation observée dans le Grand Lomé. Il estime que cette situation entraîne des dépenses importantes pour les collectivités, qui consacrent ainsi une partie de leur budget au transport et à l’élimination d’une matière qui pourrait, dans de nombreux cas, être conservée ou réutilisée directement.
Un coût pour les collectivités et les centres d’enfouissement
L’évacuation systématique du sable réduit notamment la capacité utile des centres d’enfouissement technique. En y acheminant d’importantes quantités de sable, les communes accélèrent leur remplissage et réduisent leur durée de vie.
À l’échelle des ménages également, l’extraction systématique du sable peut contribuer à fragiliser certains espaces domestiques. Plutôt que d’être systématiquement considéré comme un déchet, le sable pourrait être laissé sur place lorsque cela est possible ou être récupéré pour des usages tels que le remblayage ou certaines formes de réutilisation agricole.
L’enjeu est donc de repenser la gestion du sable à la source, avant même son entrée dans le circuit classique de collecte des déchets.
Des expériences montrent qu’une réduction est possible
Cette approche n’est pas nouvelle. Depuis 2011, des expériences pilotes menées auprès de ménages ont permis de tester des outils et des méthodes visant à réduire la quantité de sable mélangée aux déchets.
Les résultats sont encourageants. Dans les ménages ayant adopté ces dispositifs à la source, la proportion de sable dans les déchets est passée d’environ 50 % à moins de 10 %.
Ce résultat montre qu’une réduction significative est possible lorsque les ménages disposent des outils et des pratiques adaptés pour séparer le sable des autres déchets.
Agir à plusieurs niveaux
Pour généraliser ces résultats, plusieurs stratégies sont aujourd’hui envisagées. La première consiste à intervenir directement au niveau des ménages, afin de réduire dès la production la quantité de sable destinée à la collecte.
La deuxième piste concerne les centres de transit communaux, où des mécanismes de séparation et de valorisation peuvent être développés. Enfin, des solutions peuvent également être envisagées au niveau des centres d’enfouissement technique, qui constituent l’aval de la chaîne de gestion des déchets.
L’objectif est double : réduire les dépenses des collectivités et prolonger la durée de vie des centres d’enfouissement.
Au-delà de la question financière, cette démarche invite surtout à changer le regard porté sur le sable. Une matière qui représente parfois jusqu’à la moitié des déchets collectés ne devrait pas nécessairement suivre le même circuit que les déchets ménagers classiques. Sa séparation, sa conservation et sa réutilisation pourraient ainsi devenir des leviers importants d’une gestion plus efficace et plus durable des déchets urbains.





