Face à la progression des importations alimentaires, l’investissement public dans la transformation locale apparaît comme un levier majeur pour renforcer l’autonomie alimentaire des pays africains.
Au FESMA, le Dr Mamadou Goïta, directeur exécutif de l’Institut de recherche et de promotion des alternatives pour le développement (IRPAD), a appelé les États à repenser leur manière de financer l’agriculture, la transformation et les marchés territoriaux.
L’Afrique produit une grande diversité de matières premières agricoles, mais une part importante de sa richesse alimentaire reste insuffisamment transformée sur place. Pour inverser cette tendance, les États doivent revoir leurs priorités d’investissement, notamment en faveur des producteurs, des femmes et des jeunes engagés dans la transformation agroalimentaire.
L’une des propositions avancées par le Dr Mamadou Goïta consiste à fixer un objectif clair : porter à 60 à 70 % la part des produits agricoles transformés localement au cours des dix prochaines années.
« Si l’État repense sa manière de procéder », il pourrait intégrer dans ses dispositifs l’accompagnement des systèmes de production et de transformation, avec l’ambition de retenir davantage de valeur ajoutée sur les territoires.
Des fonds pour les femmes et les jeunes transformateurs
Au cœur de cette stratégie figure la création de fonds dédiés à la transformation des produits locaux. Ces mécanismes permettraient notamment de soutenir les nombreuses femmes et les jeunes déjà actifs dans ce secteur.
Au FESMA, plusieurs entrepreneures démontrent déjà leur capacité à transformer les produits agricoles. Mais leurs activités restent confrontées à des difficultés de financement, d’équipements et d’accès au marché.
L’enjeu n’est pas nécessairement de transformer pour exporter. Il s’agit aussi de rendre ces produits accessibles aux consommateurs nationaux.
Car lorsque les coûts de transformation sont élevés et que les débouchés locaux sont insuffisants, certaines transformatrices sont contraintes de se tourner vers l’exportation. Une situation qui peut priver les populations locales d’une partie de la valeur créée à partir de leurs propres ressources.
Réduire progressivement la dépendance aux importations
La question du riz illustre cette dépendance. Lorsque les importations continuent d’augmenter année après année, malgré les politiques agricoles, cela traduit la nécessité de revoir les stratégies nationales.
L’objectif ne serait pas de rechercher une autosuffisance totale, jugée difficile dans un contexte de commerce régional et international, mais de réduire progressivement la dépendance.
« Si j’importe 60 %, que je sois à 10 % maximum » à l’horizon de dix ans, résume la logique défendue.
Pour y parvenir, plusieurs leviers sont identifiés : renforcer les capacités des producteurs et des transformateurs, soutenir l’agro-industrie, financer la recherche, améliorer les semences et surtout consolider les marchés locaux.
Les marchés territoriaux, maillon oublié
Les marchés hebdomadaires et les marchés quotidiens, considérés comme des marchés territoriaux, devraient également bénéficier de ces investissements.
Leur modernisation est présentée comme une condition essentielle au développement des chaînes de valeur locales. Espaces de stockage, chambres froides, sanitaires et infrastructures adaptées pourraient notamment permettre aux commerçantes de mieux conserver leurs produits et d’éviter de les vendre à perte.
Un exemple évoqué illustre cette réalité : dans certains marchés africains, des femmes seraient contraintes de vendre rapidement leurs produits frais faute de toilettes et d’espaces adaptés. Avec une chambre froide, elles pourraient conserver leurs marchandises et attendre de meilleures conditions de vente.
L’aménagement des marchés doit également prendre en compte les enfants accompagnant leurs mères. La création de petits espaces dédiés à l’accueil des enfants pourrait, elle aussi, améliorer les conditions de travail des vendeuses.
Produire, transformer et consommer localement
Pour le Togo et les autres pays africains, le défi est donc de mieux maîtriser l’ensemble de la chaîne, de la production à la commercialisation.
Tubercules, manioc, igname, miel, sorgho et autres produits issus des savoir-faire locaux constituent autant de filières susceptibles de générer davantage de revenus et d’emplois si elles bénéficient d’investissements adaptés.
Le message porté au FESMA est ainsi clair : l’autonomie alimentaire ne se décrète pas. Elle se construit en investissant dans ceux qui produisent, transforment et commercialisent les aliments sur les territoires.
Pour y parvenir, l’État, les collectivités locales et les acteurs privés devront agir de manière complémentaire afin que la richesse issue des produits locaux profite davantage aux populations qui les produisent et les consomment.





