Alerte précoce : Pérenniser les acquis et valoriser les savoirs locaux

À Addis-Abeba, en Éthiopie, le Togo plaide pour la pérennisation des systèmes d’alerte précoce au-delà de 2027 et pour une meilleure prise en compte des savoirs locaux dans la prévention des catastrophes. Pour Kombate Y. Nawanti, directeur de la prévention des risques et catastrophes à l’Agence nationale de la protection civile (ANPC), les communautés disposent de connaissances qui peuvent compléter les dispositifs scientifiques d’anticipation.

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La question de l’après-2027 s’impose désormais comme un enjeu majeur pour les systèmes d’alerte précoce en Afrique. C’est l’un des principaux sujets abordés lors du Forum « Alerte précoce pour tous », organisé du 2 au 4 septembre 2026 à Addis-Abeba. Plus de 400 participants ont pris part aux échanges consacrés notamment au financement, à la durabilité et au renforcement des systèmes d’alerte précoce multirisques.

Présent à cette rencontre, Kombate Y. Nawanti, directeur de la prévention des risques et catastrophes à l’ANPC, estime que les efforts doivent être poursuivis pour éviter que les initiatives engagées ne s’arrêtent à la clôture des financements prévus en 2027.

« Il a essentiellement été question de voir, après 2027, quels seront les mécanismes qu’il faut mettre en place », explique-t-il, à l’issue d’une rencontre avec des partenaires techniques et financiers, des représentants d’ambassades et des partenaires bilatéraux.

Pour le responsable togolais, cette mobilisation ouvre des perspectives encourageantes. Des démarches devraient notamment être poursuivies auprès des partenaires aux niveaux national et régional. Les prochaines grandes conférences internationales sur le climat pourraient également servir de cadre pour porter la question du financement durable des systèmes d’alerte précoce.

Les savoirs locaux comme première ligne d’observation

Au-delà du financement, Kombate Y. Nawanti insiste sur un autre levier encore insuffisamment valorisé : les connaissances et pratiques développées par les communautés elles-mêmes.

Dans plusieurs localités, les populations observent depuis des générations les changements dans leur environnement et certains comportements de la faune pour anticiper des phénomènes naturels. L’apparition de certaines fourmis, le comportement des oiseaux ou d’autres signes observés dans la nature peuvent ainsi être interprétés localement comme des indicateurs annonciateurs de changements météorologiques ou de risques.

Pour le directeur de la prévention des risques et catastrophes, ces connaissances ne doivent pas être systématiquement considérées comme dépassées.

« Il faut dédiaboliser ces pratiques-là et faire en sorte que la nouvelle génération comprenne que derrière ces observations, il y a aussi un lien scientifique », souligne-t-il.

L’enjeu consiste donc à documenter ces savoirs, les confronter aux données scientifiques et identifier ceux qui peuvent contribuer aux systèmes modernes d’alerte précoce.

Relier science et expérience des communautés

Cette approche pourrait permettre de renforcer la chaîne d’alerte en rapprochant les dispositifs institutionnels des réalités locales. Les connaissances endogènes peuvent intervenir avant une catastrophe, mais aussi pendant et après celle-ci.

Certaines pratiques agricoles ou alimentaires traditionnelles peuvent par exemple contribuer à renforcer la résilience des populations confrontées à la sécheresse, aux mauvaises récoltes ou à des situations de crise alimentaire.

« Chaque localité a ses réalités. Il faut le faire au niveau de chaque localité », insiste Kombate Y. Nawanti.

Cette territorialisation apparaît d’autant plus importante que l’initiative « Alerte précoce pour tous » vise à faire parvenir des alertes compréhensibles et exploitables jusqu’aux populations les plus exposées. Au Togo, l’initiative est coordonnée par l’ANPC et l’Agence nationale de la météorologie (ANAMET), avec une approche reposant notamment sur la connaissance des risques, la surveillance et la prévision, la communication des alertes ainsi que la préparation et la réponse.

Les communes, maillon essentiel

Pour transformer ces orientations en actions concrètes, le responsable de l’ANPC appelle également à renforcer le rôle des communes et des communautés locales.

« On ne peut pas tout faire sans passer par les communes », estime-t-il, soulignant que la décentralisation offre une opportunité d’ancrer davantage les dispositifs de prévention dans les territoires.

L’ambition est notamment d’étendre progressivement les systèmes d’alerte précoce et d’y intégrer les pratiques endogènes pertinentes. L’objectif est de parvenir à une couverture plus large des communautés à l’horizon 2030.

Pour Kombate Y. Nawanti, l’avenir de l’alerte précoce ne repose donc pas uniquement sur les technologies et les financements. Il passe également par la capacité à écouter les communautés, préserver leurs connaissances et créer un pont entre savoirs locaux et connaissances scientifiques. Une complémentarité qui pourrait contribuer à faire de l’alerte précoce un véritable outil d’anticipation et de résilience, jusque dans les communautés les plus exposées.

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