Alors que le Togo s’est engagé dans la restauration de 1,4 million d’hectares de terres dégradées d’ici 2030 dans le cadre de l’initiative AFR100, plusieurs actions de restauration et de conservation sont déjà menées à travers le pays. Ces expériences, portées aussi bien par les communautés que par les institutions de recherche, montrent qu’il existe des solutions locales pouvant être renforcées et reproduites à plus grande échelle.
Interrogé en marge de l’atelier de renforcement des capacités des communicateurs sur le projet AFR100, le Dr Folega Fousseni, enseignant-chercheur au Laboratoire de botanique et d’écologie végétale de l’Université de Lomé, a présenté plusieurs expériences togolaises de restauration et de conservation.
Des initiatives communautaires aux travaux scientifiques de l’Université de Lomé, en passant par les mangroves, il souligne l’existence de pratiques capables de contribuer à la restauration durable des paysages.
De terres dégradées à des oasis
Parmi les expériences citées figure celle menée avec le Centre international de développement agro-pastoral (CIDAP). Sur plus de deux décennies, des terres initialement délaissées par les communautés ont retrouvé leur potentiel écologique.
« On est parti de rien pour avoir un paradis ou un oasis sur des terres qui sont initialement rejetées par les communautés », explique le Dr Folega Fousseni.
Dans la région Centrale, les efforts portent notamment sur la conservation de la biodiversité à travers des pratiques de gestion durable. Dans les Plateaux, il cite la forêt communautaire d’Ouassi-Copé, dans la préfecture de la Mô, où l’apiculture constitue une activité importante.
L’apiculture permet ainsi de lier conservation des écosystèmes et moyens de subsistance, tout en contribuant à réduire la pression sur les ressources forestières.
Des ceintures végétales contre les feux
Dans le Mo, certaines pratiques associent conservation de la végétation et prévention des feux. Des ceintures végétales autour des habitations peuvent servir de zones tampons face aux feux accidentels provenant des champs.
« C’est de la conservation, c’est de la restauration, mais ceci est aussi fait pour réguler les feux de végétation », souligne le chercheur. Ces ceintures végétales peuvent ainsi jouer un rôle de protection des habitations lorsque des feux inattendus se déclarent autour des zones agricoles.
Dans la région Maritime, des pratiques endogènes ont également contribué au maintien de certains espaces naturels, notamment entre Moapé et Agou, mais ces paysages subissent aujourd’hui la pression de l’urbanisation.
La mangrove, une forêt à restaurer
Le Dr Folega Fousseni insiste aussi sur la nécessité de mieux documenter les mangroves togolaises. « La mangrove est une forêt », rappelle-t-il, puisqu’elle est constituée d’arbres adaptés aux milieux côtiers et lagunaires.
Ces écosystèmes ont toutefois fortement régressé. Le chercheur distingue la superficie actuellement occupée par la forêt de mangrove et les terres de mangrove susceptibles d’être restaurées.
Selon les données évoquées, la forêt de mangrove serait aujourd’hui d’environ 112 hectares, tandis que les terres de mangrove représenteraient 600 à 800 hectares selon les périmètres et définitions retenus.
Cette différence montre le potentiel de restauration, même si la reconstitution d’un couvert forestier demande du temps et des conditions écologiques favorables.
« Si on se lance dans la restauration, avec toutes les mesures qu’il faut, peut-être qu’au bout de 20 ans, on peut quitter les 112 hectares pour atteindre 400 hectares », estime-t-il, tout en reconnaissant la difficulté d’un tel objectif.





