À Missahoé, Aflo Kossi, acteur d’une économie forestière durable

Notre voiture s’engage sur les pistes qui mènent vers la forêt classée de Missahoé située dans la préfecture de kloto, à 5 kilomètres au nord-ouest de Kpalimé. À mesure que nous avançons, les habitations se raréfient, la végétation devient plus dense et les reliefs de Kloto se dessinent au loin.

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Nous sommes venus rencontrer Aflo Kossi, l’un de ceux qui connaissent le mieux cette forêt et son histoire récente. Lorsque nous le retrouvons, il nous accueille sur ce territoire qu’il fréquente depuis plus de deux décennies.

Depuis 2001, cet homme s’investit dans la protection de la forêt classée de Missahoé. Aujourd’hui président élu des Comités locaux de gestion et de protection, il a consacré une grande partie de son temps à la surveillance, à la lutte contre les feux et aux activités de restauration.

Son parcours témoigne de l’engagement des communautés riveraines dans la conservation de la forêt. « Avant, nous-mêmes, on était des forestiers et des conservateurs. On était tout. On gardait la forêt, on faisait tout », raconte-t-il.

Aflo Kossi, président élu des Comités locaux de gestion de la forêt de Missahoé au milieu

Pendant des années, Aflo Kossi, président élu des Comités locaux de gestion de la forêt de Missahoé, et les membres des 11 communautés riveraines ont ainsi assumé bénévolement une partie importante de la surveillance. Mais derrière cette disponibilité se pose aujourd’hui une question devenue centrale pour lui : comment continuer à protéger la forêt lorsque cet engagement ne permet pas de subvenir aux besoins des familles ?

Une forêt protégée par ses communautés

Classée depuis 1953 et couvrant environ 1 485 hectares, la forêt classée de Missahoé a progressivement développé une expérience de gestion participative associant les communautés riveraines. Des Comités locaux de gestion et de protection de Missahoé ont notamment été mis en place pour participer à la surveillance, au reboisement et à la valorisation durable de la forêt.

Aujourd’hui, cette approche participative prend une nouvelle dimension avec l’appui de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO Togo).

À travers le Mécanisme Forêts et Paysans (FFF), l’organisation accompagne notamment la mise en œuvre d’activités destinées à rendre la protection de la forêt économiquement viable pour les communautés. En 2025, le FFF a également appuyé l’actualisation du plan d’aménagement 2025-2035 de Missahoé, qui cherche à concilier conservation du couvert forestier et développement local.

Vue de gauche Aflo Kossi le Président élu des Comités locaux de gestion  et  vue de droite Kossi Mawunyo AMETEPE Sécrétaire élu des Comités locaux de gestion de la Foret classée Missahoé 

C’est au cœur de cette dynamique que se trouve Aflo Kossi. Son parcours illustre une transformation : celle d’un homme qui, pendant des années, a protégé la forêt bénévolement et qui cherche aujourd’hui à faire de cette expérience un véritable moyen de subsistance. Pour lui, la conservation ne peut être durable que si les hommes et les femmes qui consacrent leur temps à la forêt peuvent également en tirer des revenus.

« Quand on nous appelle pour protéger la forêt, nous sommes déjà là. S’il y a un feu, on nous appelle et nous nous levons pour intervenir. Mais qu’est-ce que nous allons manger ? », explique-t-il. Derrière cette interrogation se trouve un enjeu essentiel : maintenir la motivation des communautés et transmettre aux générations futures le goût de protéger la forêt.

 Aflo Kossi, de la surveillance à la recherche de solutions

Aflo Kossi raconte être engagé dans la protection forestière depuis 2001, après avoir bénéficié de formations sur la gestion des forêts. Pendant longtemps, lui et les autres membres des communautés ont assuré une grande partie de la surveillance, parfois avec des moyens limités et en l’absence d’une présence permanente des agents forestiers.

« Avant, nous-mêmes, on était des forestiers. On était tout. On gardait la forêt, on faisait tout », résume-t-il. Cette expérience de terrain lui a appris que la conservation ne repose pas seulement sur la surveillance et la lutte contre les feux. Elle dépend aussi de la capacité à proposer aux riverains des alternatives économiques crédibles.

« Nous voulons maintenant chercher des Activités Génératrices de Revenu qui vont nous donner des revenus, pour encourager aussi les autres », insiste-t-il.

Pour Aflo Kossi, l’enjeu est désormais de passer d’un engagement essentiellement bénévole à un modèle où la protection de la forêt devient aussi une activité génératrice de revenus. L’apiculture, la valorisation des produits forestiers et d’autres activités compatibles avec la conservation constituent les premières pistes.

Vue partielle de la Forêt classée de Missahoé

C’est précisément sur ce lien entre conservation et développement local que s’appuie l’action de la FAO dans le cadre du programme AFR100. Au Togo, la zone des Plateaux-Ouest, qui comprend notamment la préfecture de Kloto, fait partie des territoires prioritaires. Le programme cherche à renforcer les capacités des organisations locales, à soutenir des modèles économiques durables et à faire des communautés des acteurs de la restauration des paysages. La FAO prévoit notamment l’appui à des microprojets, aux coopératives et à des chaînes de valeur comme l’apiculture.

Des revenus, mais dans le respect du zonage

Pour Abalo Atakoura, coordonnateur du projet AFR100 à la FAO Togo, cette responsabilisation des acteurs locaux doit toutefois s’inscrire dans un cadre de gestion clairement défini. « Localement, le comité local de gestion peut soumettre un projet à un partenaire, à n’importe quel partenaire, dans le cadre de son développement », explique-t-il.

Cette possibilité ouvre donc la voie à des initiatives communautaires, mais elle ne signifie pas que toutes les portions de la forêt peuvent être exploitées librement.

Le coordonnateur précise que certaines zones restent soumises à l’autorisation du ministère de l’Environnement, à travers les services compétents, notamment le conservateur et la direction régionale. Les espaces sensibles, comme les zones autour des cascades et d’autres secteurs identifiés comme interdits, doivent rester préservés.

Abalo Atakoura, coordonnateur du projet AFR100 au bureau de la FAO Togo

D’autres portions peuvent en revanche accueillir des activités autorisées, dans le respect du zonage et des règles de gestion. « Quand on parle de village, c’est un territoire donné, et il y a un comité local qui en est issu », souligne Abalo Atakoura.

Cette clarification est importante pour les communautés de Missahoé : il ne s’agit pas de transformer la forêt en espace d’exploitation libre, mais de permettre aux populations riveraines de développer des activités compatibles avec sa conservation.

Cette approche rejoint directement l’esprit du programme AFR100, piloté par la FAO, qui vise au Togo à renforcer la gouvernance locale, soutenir les producteurs forestiers et agricoles et créer des opportunités économiques autour de la restauration. Le programme prévoit notamment 7 561 hectares en restauration, 28 537 hectares sous gestion améliorée et l’accompagnement de 100 microprojets.

Par Hector NAMMANGUE de retour de Missahoé pour Vert-Togo

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