Transformer l’apiculture en alternative au charbon de bois

Dans le canton d’Agouloudè, au centre du Togo, Adjemini Yasmine porte une initiative qui cherche à changer le rapport des communautés à la forêt : faire du miel plutôt que du charbon de bois. Directrice exécutive de la coopérative Essodoguedowe, basée à Sokodé, elle accompagne avec son organisation 50 femmes dans le développement de l’apiculture comme source alternative de revenus et outil de préservation des arbres.

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« Nous disions aux communautés de ne pas couper les arbres. Mais il fallait aussi leur proposer une alternative pour avoir de l’argent », explique Adjemini Yasmine, directrice exécutive de la coopérative Essodoguedowe.

 Pour elle, la sensibilisation à elle seule ne suffit pas : la protection des arbres doit aussi pouvoir répondre aux besoins économiques des populations.

Produire du miel devient une arme contre la déforestation

Le constat de départ était simple. Pendant la saison sèche, certaines populations coupent les arbres pour produire du charbon de bois et le vendre, faute d’autres activités génératrices de revenus.

Sous l’impulsion de la coopérative, l’apiculture est ainsi développée comme alternative économique à la coupe des arbres destinée à la production de charbon de bois.

L’idée repose sur un principe écologique simple : pas de fleurs, pas de miel. Pour se nourrir et produire du miel, les abeilles doivent butiner les fleurs. Les apiculteurs ont donc tout intérêt à préserver la végétation et à planter davantage d’arbres.

L’apiculture devient ainsi à la fois une activité économique et un moyen d’inciter les communautés à protéger leur environnement.

115 hectares reboisés grâce à l’initiative

En 2024, la coopérative a bénéficié de l’appui de la FAO, à travers le programme Mécanismes forêts et paysans. Cet accompagnement a permis de reboiser 115 hectares, mais également de doter les bénéficiaires de ruches modernes et d’équipements adaptés.

Au total, 50 femmes sont accompagnées dans cette activité. Les résultats commencent à se faire sentir. D’une production qui reposait initialement sur seulement 33 ruches, la coopérative affirme avoir atteint aujourd’hui plus de 500 litres de miel.

Protéger les abeilles pour mieux protéger l’environnement

L’évolution ne concerne pas seulement les volumes de production. Elle touche également les méthodes de récolte.

Auparavant, certaines personnes récoltaient le miel sans équipement adapté, allant jusqu’à utiliser le feu pour éloigner les abeilles. Une pratique qui pouvait provoquer la mort d’abeilles et compromettre leur rôle essentiel dans la pollinisation.

Désormais, les apicultrices disposent notamment de combinaisons de protection, d’enfumoirs et de brosses.

L’enfumoir permet d’éloigner temporairement les abeilles lors de la récolte, tandis que les brosses servent à retirer délicatement celles qui restent sur les rayons.

Pour la coopérative, cette modernisation permet donc de protéger simultanément les apiculteurs, les abeilles, l’environnement et la qualité du miel destiné aux consommateurs.

Un modèle économique qui mise sur la forêt

La coopérative dispose par ailleurs d’un bail emphytéotique de 99 ans renouvelable portant sur 4 000 hectares dans le canton d’Agouloudè. Une partie des activités apicoles y est développée, notamment dans les petites zones forestières et dans les plantations d’anacardiers où sont installées certaines ruches.

Le travail porté par Adjemini Yasmine et la coopérative Essodoguedowe illustre ainsi une approche où la protection des forêts s’accompagne d’une réponse économique aux besoins des communautés.

À travers le miel, ces 50 femmes ne produisent donc pas seulement un aliment. Sous l’impulsion d’Adjemini Yasmine, elles contribuent aussi à créer une économie qui donne une valeur à l’arbre vivant.

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