Du maïs pour nourrir les populations… au maïs pour faire rouler les voitures : un choix qui peut avoir des conséquences jusque dans nos assiettes. La hausse des prix des denrées alimentaires ne relève pas uniquement des réalités observées dans les marchés locaux. Elle peut aussi être liée à des décisions prises à des milliers de kilomètres, sur les marchés internationaux.
C’est l’un des enseignements mis en avant par le Dr Mamadou Goïta, directeur exécutif de l’Institut de recherche et de promotion des alternatives pour le développement lors du colloque scientifique consacré à la transition alimentaire et aux enjeux nutritionnels en Afrique de l’Ouest, dans une communication consacrée au jeu des multinationales agroalimentaires.
Selon le Dr Mamadou Goïta, la transformation massive du maïs en biocarburant a contribué à réduire sa disponibilité pour l’alimentation humaine et animale, avec des répercussions sur les prix des céréales.
Avec le développement des agrocarburants, notamment aux États-Unis et dans d’autres grandes économies, une partie importante du maïs a été orientée vers la production d’énergie.
Des entreprises traditionnellement associées au secteur pétrolier se sont également intéressées à cette transformation, dans un contexte marqué par les inquiétudes sur l’avenir de l’approvisionnement énergétique.
Le problème est alors devenu celui de la concurrence entre deux usages : nourrir les populations ou alimenter les véhicules et les équipements.
Lorsque la demande en maïs augmente fortement pour produire du biocarburant, la quantité disponible pour l’alimentation peut diminuer. Cette tension sur l’offre contribue à faire grimper les prix.
Le maïs entraîne le riz dans la hausse
La flambée ne s’arrête toutefois pas au maïs. Selon l’intervenant, l’augmentation du prix du maïs a également contribué à tirer vers le haut celui d’autres céréales, notamment le riz. Dans certains cas, les hausses ont atteint des niveaux très importants, allant jusqu’à 42 %.
Pour les pays africains fortement dépendants des importations alimentaires, les conséquences peuvent être lourdes : augmentation des dépenses des ménages, pression sur les budgets publics et difficultés d’approvisionnement.
Une crise des prix sur le marché international peut donc rapidement devenir une crise sociale sur les marchés locaux.
Des prix mondiaux qui peuvent déstabiliser les pays
L’histoire récente a montré que la hausse brutale des prix alimentaires peut provoquer de fortes tensions sociales. Dans plusieurs pays, des manifestations ont été organisées autour de la question du coût de la vie et de l’accès à l’alimentation.
Le Dr Mamadou Goïta établit ainsi un lien entre volatilité des prix alimentaires, pouvoir d’achat et stabilité sociale.
À cela peuvent s’ajouter les mécanismes de spéculation et les stratégies commerciales de certains grands acteurs du marché. Lorsque des stocks sont contrôlés ou que des produits sont commercialisés à des prix très élevés, les pays disposant d’une faible capacité d’achat deviennent particulièrement vulnérables.
La leçon pour l’Afrique de l’Ouest
Pour les pays ouest-africains, cette situation pose une question fondamentale : peut-on garantir notre sécurité alimentaire en restant fortement dépendants des marchés internationaux ?
La transition alimentaire ne concerne donc pas seulement ce que nous mangeons. Elle renvoie aussi à nos systèmes de production, à notre capacité à stocker et transformer localement nos produits, mais également aux choix énergétiques qui peuvent influencer directement la disponibilité des aliments.
Derrière le prix du maïs ou du riz au marché, il existe parfois une chaîne de décisions internationales qui commence bien loin de nos assiettes.
Et pour l’Afrique de l’Ouest, renforcer la production locale et la résilience des systèmes alimentaires apparaît comme un enjeu majeur pour réduire l’exposition aux prochains chocs des marchés mondiaux.





