Financement durable en Afrique : Moubarak Moukaila appelle à mieux structurer les projets

Face aux besoins croissants en matière d’adaptation climatique, d’énergie, d’agriculture, de santé et d’infrastructures résilientes, les pays africains cherchent à mobiliser davantage de financements durables. Mais l’existence de ressources disponibles ne garantit pas leur accès.

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La préparation et la structuration des projets constituent en effet un enjeu majeur pour les porteurs de projets africains. Invité par nos confrères de « Nous MEDIA », Moubarak Moukaila, directeur du financement du développement durable à la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), estime que le principal défi n’est pas seulement de trouver les ressources, mais surtout de disposer de projets suffisamment bien préparés pour pouvoir les mobiliser. « Le vrai sujet, c’est qu’on n’a pas de projets », affirme-t-il.

Pour lui, le financement du développement durable ne peut donc pas être réduit à la recherche de nouvelles ressources. Il suppose également de renforcer la capacité des États et du secteur privé à concevoir des projets solides, bancables et capables de produire des résultats concrets pour les populations.

Le financement durable, au-delà de la seule question climatique

Pour le directeur du financement du développement durable à la BOAD, le financement durable peut être appréhendé à travers trois dimensions : la durée, la résistance et le bénéfice pour les populations.

Un projet durable doit ainsi être conçu pour durer dans le temps, résister aux différents chocs et répondre aux besoins de ses bénéficiaires. « Vous avez quelque chose de temporel, solide, mais pour les bénéficiaires », explique-t-il.

Cette approche conduit les institutions financières à accorder une importance croissante non seulement aux montants investis, mais également aux résultats produits sur le terrain.

À la BOAD, cette orientation est désormais intégrée à la stratégie de l’institution. Selon Moubarak Moukaila, la banque avait fixé l’objectif d’atteindre 25 % de financement durable à l’horizon 2025, objectif qui aurait été largement dépassé. La nouvelle stratégie, baptisée « Djoliba la Suite », entend poursuivre cette dynamique jusqu’en 2030.

Des mécanismes internationaux existent, mais les projets doivent être prêts

L’Afrique dispose de plusieurs mécanismes internationaux susceptibles de financer des projets liés au climat et au développement durable. La BOAD est notamment accréditée auprès du Fonds vert pour le climat, du Fonds pour l’environnement mondial, du Fonds d’adaptation et du Fonds pour répondre aux pertes et préjudices.

Auprès du Fonds Vert pour le Climat (FVC), la BOAD dispose du niveau d’accréditation le plus élevé et peut, selon Moubarak Moukaila, mobiliser jusqu’à 250 millions de dollars pour un projet qui répond aux critères requis.

Mais ces possibilités restent conditionnées à la qualité des projets présentés. C’est précisément à ce niveau que se situe, selon lui, l’une des principales difficultés.

« Le vrai sujet, c’est qu’on n’a pas de projets »

Pour Moubarak Moukaila, le problème se situe moins dans l’absence de mécanismes de financement que dans la capacité à constituer un portefeuille de projets suffisamment mûrs.

Les promoteurs privés souhaitent souvent passer rapidement à la mise en œuvre. Or, l’accès aux financements internationaux nécessite généralement des études de faisabilité, des analyses techniques et financières ainsi qu’une structuration rigoureuse. Ces étapes peuvent être coûteuses et décourager certains porteurs de projets.

La BOAD dispose ainsi de mécanismes d’accompagnement destinés à faciliter la préparation des projets, notamment à travers un fonds d’études consacré au climat, qui évolue vers une approche plus large d’appui à la préparation des projets.

Le changement climatique, une contrainte mais aussi une opportunité

Au-delà des difficultés d’accès aux financements, le changement climatique constitue également, pour Moubarak Moukaila, une occasion de repenser les modèles de développement.

L’Afrique est particulièrement exposée aux conséquences du changement climatique alors qu’elle n’en est pas historiquement la principale responsable. Pour autant, les pays africains doivent renforcer leur résilience en investissant notamment dans des infrastructures capables de mieux résister aux événements climatiques extrêmes.

Il évoque également les investissements destinés à mieux gérer les eaux pluviales et à restaurer les écosystèmes. Au Bénin, il cite notamment les aménagements visant à mieux préserver l’écosystème du lac Nokoué et à réduire l’exposition des populations aux risques climatiques.

Le secteur privé appelé à prendre davantage de place

Les besoins de financement du développement africain dépassent les capacités des ressources publiques et des institutions financières internationales. Le secteur privé doit donc être davantage associé.

Moubarak Moukaila insiste sur la nécessité de créer les conditions permettant aux investisseurs privés de prendre davantage de risques. Les mécanismes de garantie, les instruments d’accompagnement et le blending (fusion) peuvent notamment contribuer à rendre les projets plus attractifs et à réduire les risques pour les investisseurs.

L’enjeu consiste ainsi à utiliser les ressources publiques ou concessionnelles pour attirer des capitaux privés supplémentaires.

Mesurer l’impact plutôt que les seuls financements

Pour autant, mobiliser des ressources ne constitue pas une fin en soi. La réussite d’un projet doit aussi être évaluée à partir de ses résultats.

À la BOAD, une structure est chargée de l’évaluation des impacts des projets. Elle permet notamment de vérifier sur le terrain si les résultats annoncés au départ sont effectivement atteints. Cette évaluation sert également à identifier ce qui n’a pas fonctionné afin de tirer des enseignements pour les projets futurs.

Cette démarche replace ainsi le bénéficiaire final au centre du financement du développement.

Au final, le financement durable en Afrique repose moins sur la seule disponibilité des ressources que sur la capacité à transformer ces ressources en projets bien préparés, bien gouvernés et utiles aux populations. Pour les États comme pour le secteur privé, l’urgence est donc aussi de renforcer la préparation des projets afin de mieux tirer parti des mécanismes internationaux de financement.

Par Hector Sann’do NAMMANGUE

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