Reconnecter la recherche aux pratiques alimentaires locales

En Afrique de l’Ouest et du Centre, malgré les progrès en matière de production agricole, la qualité nutritionnelle des aliments et leur impact réel sur la santé des populations restent des défis majeurs.

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C’est dans cette dynamique que s’inscrit l’atelier régional du Conseil Ouest et Centre Africain pour la Recherche et le Développement Agricoles (CORAF) consacré à la validation de la stratégie et de l’outil d’évaluation de l’agriculture sensible à la nutrition, organisé à Lomé cette semaine. Cette rencontre réunit chercheurs, institutions régionales et partenaires techniques autour d’un objectif commun : mieux intégrer la nutrition dans les politiques et programmes agricoles afin de renforcer la sécurité alimentaire et nutritionnelle.

Lors de cet atelier, le professeur Waliou Bodounrin Ayanda Amoussa Hounkpatin a défendu une approche claire : faire de la nutrition un levier concret d’impact en rapprochant la recherche des réalités des communautés.

Pour l’enseignant chercheur spécialiste béninois de la nutrition humaine, l’enjeu ne se limite pas à produire des innovations agricoles. Il s’agit surtout de s’assurer que ces innovations améliorent effectivement l’alimentation et la santé des populations.

« En tant que chercheurs, nous devons aider les communautés à identifier les ressources locales disponibles mais négligées », a-t-il insisté, pointant une biodiversité alimentaire souvent sous-exploitée.

Selon lui, la recherche doit jouer un rôle de révélateur : valoriser les produits locaux, comprendre les habitudes alimentaires et proposer des solutions adaptées aux besoins nutritionnels réels. « Il faut interroger la biodiversité locale et proposer des aliments qui répondent aux besoins des populations », a-t-il expliqué.

Mais au-delà de la disponibilité des aliments, le professeur Hounkpatin met en lumière un facteur souvent négligé : les modes de préparation. « Quelles sont les techniques que les communautés doivent adopter pour conserver les nutriments ? », questionne-t-il. Pour lui, la recherche doit identifier les étapes critiques dans les pratiques culinaires locales et accompagner les populations à travers l’éducation nutritionnelle.

Il illustre son propos avec des exemples concrets. Sur l’utilisation du sel iodé, pourtant largement promu dans les politiques publiques, il alerte : « Si le sel iodé est exposé au soleil ou conservé près de la chaleur, l’iode se volatilise. On perd alors tout son intérêt nutritionnel ». D’où la nécessité de sensibiliser aussi bien les commerçants que les ménages sur les bonnes pratiques de conservation.

Même constat pour les légumes-feuilles, largement consommés. « Lorsque vous faites frire les feuilles à haute température, vous détruisez des vitamines essentielles, notamment la vitamine A », a-t-il expliqué. À l’inverse, certaines techniques permettent une meilleure rétention des nutriments, à condition d’être bien maîtrisées.

Le chercheur insiste également sur l’importance de valoriser les savoirs locaux. « Nos parents savaient déjà sélectionner les jeunes pousses pour préserver les nutriments », rappelle-t-il. Ces pratiques traditionnelles doivent être réhabilitées et combinées aux apports scientifiques modernes.

Il distingue par ailleurs deux cas : les jeunes feuilles, riches en nutriments et directement utilisables, et les feuilles plus âgées, qui peuvent contenir des substances indésirables comme les oxalates. « Dans ce cas, un blanchiment est nécessaire pour éliminer les toxines », précise-t-il.

Au-delà des pratiques culinaires, le professeur Hounkpatin revient sur les défis structurels des institutions de recherche : manque de formation, insuffisance de financement, déficit de coordination ou encore absence d’orientation stratégique claire.

Face à ces enjeux, il plaide pour une approche systémique fondée sur le renforcement des capacités, la collaboration entre acteurs et la mise en place d’indicateurs communs. « Tous les pays reconnaissent aujourd’hui l’importance de la nutrition, mais il faut maintenant passer à l’action », a-t-il martelé.

Cela passe, selon lui, par une meilleure intégration de la nutrition dans les politiques de recherche, une mobilisation accrue des financements et surtout la traduction des engagements en actions concrètes sur le terrain.

Par Hector NAMMANGUE

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