Le système lagunaire côtier du Togo, véritable vivier de biodiversité, est aujourd’hui menacé. La surexploitation des ressources halieutiques, l’adoption des pratiques de pêche destructrices, la pollution, et les effets du changement climatique mettent en péril l’équilibre de cet écosystème fragile.
Selon Délagnon ASSOU, Docteur en biologie animale, la surexploitation des ressources dans le système lagunaire côtier du Togo découle d’une perception erronée de cet espace, longtemps considéré comme inépuisable.
« Contrairement aux terres agricoles, les ressources halieutiques de ce système sont en libre accès et ont longtemps été perçues comme inépuisables, où chacun pouvant en disposer sans restriction. Cette perception a favorisé une surexploitation des ressources qui se traduit aujourd’hui par des captures dominées par des poissons de petite taille, tandis que les spécimens de grande taille, autrefois abondants dans les captures, sont devenus rares », explique-t-il.
Au-delà des pratiques de pêche destructrices, la disparition progressive des mangroves pèse sur l’équilibre du système lagunaire. Ces forêts côtières, véritables pépinières naturelles, sont indispensables au développement de nombreuses espèces de poissons. Leur dégradation menace non seulement la biodiversité, mais aussi la pérennité des pêcheries locales.
« Les estuaires dominés par les mangroves figurent parmi les écosystèmes les plus productifs au monde. Nos récents travaux sur la faune ichtyologique du système lagunaire côtier du Togo ont révélé que la diversité et l’abondance des poissons y sont significativement plus élevées dans les stations où les mangroves sont présentes », indique ASSOU qui a consacré sa thèse sur cet écosystème.
De 1 000 hectares en 1998, la superficie des mangroves est aujourd’hui estimée à 112,53 hectares dans le système lagunaire selon la FAO. Une dégradation qui affecte la diversité et l’abondance de la biodiversité aquatique.
La restauration des ces espaces et la mise en place de pratiques de pêche durables apparaissent ainsi comme des conditions indispensables à la préservation des ressources halieutiques dans cet écosystème.
« La restauration de la productivité des pêcheries passe par la réhabilitation des forêts de mangroves, des herbiers marins, des récifs, ainsi que des bassins versants et des zones humides », recommande le chercheur.
Aussi insiste-il, « Il est important que les communautés comprennent que l’aménagement ou la gestion durable dont nous parlons est dans leur intérêt, et non contre eux. C’est pourquoi il faut les sensibiliser pour qu’elles s’approprient les plans d’aménagement et les pêcheries qui seront développés. Ainsi, nous pourrons garantir la durabilité des activités de pêche dans cet écosystème ».
Par Akissa Yotou ASSENOUWE





