À Dapaong, dans le nord du Togo, un petit garçon suivait inlassablement sa grand-mère dans les champs. À ses yeux d’enfant, ces allers-retours sur la terre rouge étaient un jeu. Mais derrière chaque geste, sa grand-mère murmurait : « Les choses changent, même toi tu grandis… » Des mots simples, presque anodins, qui ont pourtant semé la première graine d’un engagement profond.
Aujourd’hui, ce petit garçon a bien grandi. Il s’appelle TOGOU Damande : ingénieur agronome en formation à l’Institut national de la formation agricole de Tové (INFA de Tové) , à Kpalimé, et formateur en agroécologie.
Mais Damande n’est pas seulement un étudiant ; il est aussi un militant engagé, un formateur passionné et un véritable porteur d’espoir pour des centaines de producteurs ruraux.
Sa passion pour la terre ne date pas d’hier. « En grandissant, j’ai commencé à remarquer que le goût des mets de ma grand-mère changeait, que les récoltes étaient moins abondantes et que les produits perdaient en qualité. Je me posais des questions, sans réponses », raconte-t-il. Ce n’est qu’au cours de ses études supérieures qu’il comprendra enfin : derrière ces transformations se cache une réalité inquiétante, celle du changement climatique.
De la terre natale à l’agroécologie militante
Damande a choisi de se concentrer sur les communautés rurales, celles qui, selon lui, « nous nourrissent et détiennent un savoir ancestral inestimable ». Pour lui, ces communautés sont la clé de la souveraineté alimentaire et de la résilience climatique. Son arme ? L’agroécologie, une pratique qui mêle traditions et innovations pour soigner la terre, sans la blesser.
Sa vision s’enracine dans trois valeurs : responsabilité, solidarité et protection. « Nous sommes responsables du changement climatique. Il faut réapprendre à être solidaires pour protéger ce qui nous fait vivre », affirme-t-il.
Toujours avide d’apprendre, Damande découvre le programme FXB Climate Advocates sur les réseaux sociaux. « Ma soif de connaissances m’a poussé à postuler. Je voulais élargir mes compétences, rencontrer d’autres jeunes passionnés et me former au plaidoyer », confie-t-il.
Ce programme, qui rassemble de jeunes leaders venus de plus de 100 pays, lui offre une tribune inespérée : se former, se connecter à des experts internationaux et passer à l’action sur le terrain. « Rejoindre cette communauté m’inspire énormément. Cela me motive à aller encore plus loin », explique-t-il.
Mais le jeune agronome n’a pas attendu ce programme pour semer ses propres graines. Déjà, il forme des producteurs à l’agroécologie, mène des actions d’éducation environnementale et prépare la création d’une boutique de produits agroécologiques. Il rêve aussi de fédérer un réseau de producteurs engagés, convaincus que la terre doit être protégée.
Malgré sa détermination, Damande rencontre des obstacles : manque de moyens financiers, faible accès à l’information dans les villages, méfiance de certaines communautés et manque de soutien institutionnel. Pourtant, il continue d’avancer. Il mise sur les réseaux sociaux, les associations, les coopératives, les lieux de culte, et même le gongonnement (appel traditionnel) pour sensibiliser.
Une vision pour transformer le Togo
Sa vision ? Un Togo où l’agriculture devient le moteur d’un développement durable, où chaque communauté vit en harmonie avec la nature. « Je rêve d’un pays où les terres sont restaurées, les forêts renaissent, et où les jeunes deviennent autonomes grâce au savoir et à l’entrepreneuriat vert », confie-t-il.
Il rêve aussi d’un centre d’innovation et de formation agroécologique, et de coopératives vertes pilotées par des jeunes dans chaque région du pays. Grâce au programme FXB, il compte structurer ses projets, renforcer son plaidoyer et inspirer une nouvelle génération d’acteurs du changement.
Pour Damande, les jeunes ne doivent pas être de simples figurants : « Nous devons être des acteurs à part entière. Nous sommes la génération la plus informée et la plus exposée. Nous devons être écoutés, accompagnés et responsabilisés. »
À ceux qui hésitent encore à s’engager, il lance un message fort : « La décision de passer à l’action seule révèle ta vraie force. Si tu ne choisis pas ce qui est bon pour toi, la vie décidera à ta place. Alors n’attends pas que tout soit parfait. Avance, même en trébuchant. »
S’il avait un message à adresser aux décideurs ? « Faites de nous des partenaires à part entière. Donnez-nous la confiance et les moyens d’agir. Un jeune écouté et outillé devient une force de transformation. » « Nous devons tout à l’environnement. En prendre soin, c’est se protéger soi-même. »,conclu t-il.





