Dans la commune d’Amou 3, un petit grain nourrit de grands espoirs. Grâce à l’appui d’Inades-Formation Togo, la filière fonio s’enracine dans le quotidien des paysans avec un mot d’ordre : souveraineté alimentaire et résilience climatique. Et pour cause : mardi 6 mai 2025, une cérémonie officielle a marqué la mise en route d’une unité de transformation, pièce maîtresse d’un ambitieux projet de relance de ce super-aliment ancestral, dans la région des Plateaux.
Par une matinée humide à Amou 3, les mots ont pesé lourd. Ceux des autorités, des ingénieurs agronomes, des femmes semencières et des représentants d’Inades-Formation Togo. Une foule modeste mais vibrante a accompagné la remise officielle d’une unité de transformation de fonio flambant neuve, équipée d’une décortiqueuse dernier cri et dotée d’un fonds de stockage pour le fonio paddy.

Le fonio, cette céréale millénaire aux multiples vertus, redevient un bien précieux. Une réponse aux défis alimentaires, climatiques et économiques que porte sur ses épaules le monde rural togolais.
Depuis plusieurs mois, la filière s’est structurée pas à pas. Formation des semenciers, sélection des semences de qualité, essais en repiquage et semis en ligne, fertilisation bio à base de Bokashi… rien n’a été laissé au hasard. L’École Supérieure d’Agronomie de l’Université de Lomé et l’Institut togolais de recherche agronomique (ITRA) ont apporté leur caution scientifique, tandis que les producteurs, eux, testaient, ajustaient, adaptaient. À la croisée de la science et du savoir paysan, le fonio trace sa route.
Mais produire ne suffit pas. Il faut transformer, valoriser, et surtout… vendre. Inades-Formation Togo a su lire l’équation. Kiosques de distribution aux quatre coins du pays, appui à la restauration locale, partenariats avec supermarchés et foires gastronomiques : le fonio entre dans les assiettes, les habitudes, les récits familiaux. Cette unité de transformation vient donc à point nommé, comme pour stabiliser une dynamique déjà en marche et jeter les bases d’un développement durable.

« Dans le cadre de nos actions d’appui et d’accompagnement, nous avons mis en place cette unité de transformation de fonio au profit de nos coopératives de transformatrices. Nous avons fait le choix stratégique de travailler à la préservation et à la valorisation des systèmes alimentaires de souveraineté, aujourd’hui menacés de disparition », affirme la directrice d’INADES-Formation Togo, Sélome Adoussi Houetognon.
À ses yeux, la sauvegarde des cultures vivrières anciennes comme le fonio est indissociable de la lutte contre l’uniformisation des régimes alimentaires et de l’appauvrissement de la biodiversité agricole. Cette vision d’ensemble se traduit concrètement par une stratégie d’intervention intégrée : structuration des filières semencières, accompagnement des producteurs, renforcement des capacités des transformatrices… chaque maillon compte.
L’unité installée à Amou 3 illustre cette approche. Dotée d’une décortiqueuse moderne, elle soulage les femmes de la corvée du pilage manuel, tout en assurant un produit sain, accessible et répondant aux normes d’hygiène. Le processus de transformation, rigoureusement défini, garantit l’absence de contamination. Une analyse menée par l’Institut Digest a d’ailleurs confirmé la qualité du produit fini.

« Au nom de toutes les femmes du groupement Kouhanolé d’Evou Béthel, je tiens à exprimer, du fond du cœur, notre immense gratitude pour ce don précieux que nous attendions depuis longtemps comme un rêve. Aujourd’hui, ce rêve devient réalité. Grâce à vous, nous avons désormais un outil concret pour améliorer notre travail, valoriser nos produits, alléger nos efforts et surtout, créer de la valeur ici même, dans notre communauté. Cette unité va transformer nos conditions de vie. Elle va permettre à nos filles de croire qu’elles peuvent aussi entreprendre, qu’elles peuvent réussir ici, chez elles, avec dignité », a confié Mme Senipa Akoua, présidente du groupement Kouhanolé d’Evou Béthel.
Sur place, l’infrastructure comprend une salle d’entreposage du fonio paddy, un espace de torréfaction, une salle pour la décortiqueuse, une zone de nettoyage et une autre pour l’emballage. L’ensemble a été construit sur un terrain offert par la communauté, avec l’appui des autorités locales, notamment le maire de la commune d’Amou 3, les chefs de village et de canton.

Avec le soutien de partenaires financiers tels que Misereor, Inter Pares, Agroecology Fund et l’AFSA, cette unité a été mise en place pour une valeur estimée à 6 millions de francs CFA. En plus du volet matériel, un accent particulier a été mis sur la formation des transformatrices aux normes sanitaires, ainsi que sur leur insertion dans les circuits de consommation structurés.
Pour favoriser la pénétration du fonio sur le marché, des partenariats ont été établis avec les restaurateurs de proximité, deux visites d’échanges ont été organisées à Niamtougou et dans le nord du Bénin, et la coopérative a été présente aux trois dernières éditions du Salon international agroalimentaire de l’ONU spécial.

« Ce que nous avons vu ici à Amou 3 est bien plus qu’une simple unité de transformation. C’est une graine d’espoir, un symbole vivant de notre engagement commun pour la souveraineté alimentaire. Derrière chaque sourire, chaque sac de fonio transformé, il y a une vie améliorée, une dignité restaurée. Voilà le vrai impact d’Inades-Formation : rendre visible l’invisible, valoriser ce qui a été marginalisé », a affirmé M. Alexis Rukundo, Président du Conseil d’Administration d’Inades-Formation International.
Derrière la mécanique des machines et le formalisme de la cérémonie, c’est une vision qui se joue : celle d’un Togo qui croit en ses terres, en ses traditions agricoles, en ses communautés. Le fonio, longtemps relégué, devient ici un emblème. Un aliment, mais aussi un symbole. Et à Amou 3, la souveraineté alimentaire a désormais un goût, une texture et une adresse.
Par Jean-Marc Valère pour Vert-Togo depuis Atakpamé





