Dans un contexte mondial marqué par l’accélération de la perte de biodiversité et les effets du changement climatique, les pays sont appelés à repenser leurs modèles de développement. Le financement durable de la nature s’impose désormais comme un levier stratégique, encore insuffisamment mobilisé dans de nombreux pays en développement.
C’est dans ce cadre que le Togo a officiellement lancé, ce mercredi 21 janvier 2026 à Lomé, le Programme pour la finance de la biodiversité (BIOFIN), une initiative du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) visant à renforcer la mobilisation de ressources financières durables pour la conservation du capital naturel.
La cérémonie a réuni autorités gouvernementales, partenaires techniques et financiers, acteurs de la société civile et du secteur privé, illustrant l’engagement collectif du pays face à l’érosion accélérée de sa biodiversité.
S’exprimant au nom de Mme Binta SANNEH, Représentante résidente du PNUD au Togo, Abiziou Tchninguilou, chargé de programme environnement, a replacé le lancement de BIOFIN dans la vision stratégique globale du PNUD.
« Dans son plan stratégique 2026-2029, le PNUD a consacré un axe stratégique intitulé ‘Une planète saine’, qui lie étroitement développement durable et prospérité », a-t-il déclaré.
Au nom de la Représentante résidente, il a réaffirmé l’engagement du PNUD à accompagner le Gouvernement togolais à chaque étape du processus BIOFIN, à renforcer les capacités nationales et à faciliter le dialogue entre les acteurs publics, privés et communautaires.
« Cette initiative vient compléter les appuis déjà en cours, notamment les projets de gestion durable des terres et des écosystèmes des zones semi-arides du nord du Togo, de développement des terroirs villageois sobres en carbone, la préparation des communications nationales et l’appui à la mise en œuvre des Contributions déterminées au niveau national », a-t-il souligné.
BIOFIN, une initiative mondiale du PNUD
Présentant les fondements du programme, Kokouvi Amouzouvi, coordonnateur du projet BIOFIN au PNUD Togo, a rappelé que BIOFIN est une initiative du PNUD lancée en 2012, avec pour objectif principal d’aider les pays à élaborer et mettre en œuvre des plans de financement de la biodiversité.

« Dans sa phase pilote, BIOFIN a regroupé 41 pays qui ont pu développer et exécuter leurs plans de financement. À l’échelle mondiale, cette initiative a permis de mobiliser environ 2,7 milliards de dollars américains en faveur de la conservation de la biodiversité », a-t-il expliqué.
Le Togo a intégré l’initiative en 2024, et le lancement officiel marque le démarrage effectif du processus national. « L’objectif est clair : mobiliser des ressources financières durables pour financer la conservation de la biodiversité au Togo », a souligné Kokouvi Amouzouvi.
Une méthodologie rigoureuse en cinq étapes
BIOFIN repose sur une méthodologie structurée en cinq étapes, débutant par l’analyse des politiques publiques et des institutions impliquées dans la conservation de la biodiversité, afin d’identifier les insuffisances et de formuler des recommandations pour améliorer les stratégies existantes.
Elle se poursuit par l’analyse des dépenses liées à la biodiversité, aussi bien dans les secteurs public que privé, afin d’identifier les flux financiers favorables à la nature, mais également ceux qui lui sont préjudiciables.
La troisième étape concerne l’évaluation des besoins financiers, à partir de la Stratégie et du Plan d’actions nationaux pour la biodiversité, permettant d’identifier les actions prioritaires, d’en estimer les coûts et d’en vérifier la cohérence avec les priorités nationales.

« Ces analyses permettent ensuite d’élaborer un plan de financement de la biodiversité, qui sera mis en œuvre pour mobiliser de nouvelles sources de financement », a précisé le coordonnateur du projet.
Une biodiversité sous forte pression
L’intégration de BIOFIN intervient dans un contexte de dégradation avancée des écosystèmes togolais. Des études menées entre 1985 et 2020 montrent que le pays perd en moyenne 0,12 % de sa superficie forestière par an, soit plus de 42 000 hectares de forêts détruits chaque année.

Déforestation, pression foncière, exploitation non durable des ressources naturelles, urbanisation rapide et effets du changement climatique fragilisent les écosystèmes et menacent directement les moyens de subsistance des populations.
« À ce rythme, le Togo risque de perdre une part importante de sa biodiversité. BIOFIN constitue un outil stratégique pour inverser cette tendance », a averti Kokouvi Amouzouvi.
Le PNUD réaffirme son engagement pour une “planète saine”
Il a également évoqué le projet en cours de formulation relatif au renforcement de la résilience des écosystèmes naturels, des agroécosystèmes et des communautés face au changement climatique dans la région centrale du Togo.
« Au cours des cinq dernières années, ces différentes initiatives ont permis de mobiliser plus de 15 millions de dollars américains, grâce au PNUD et à ses partenaires, au bénéfice du Togo », a-t-il précisé.
Le lancement du programme BIOFIN au Togo marque ainsi le début d’un processus structurant, destiné à bâtir une économie plus verte, plus résiliente et plus inclusive, fondée sur la valorisation et la préservation du patrimoine naturel national.
À travers BIOFIN, le PNUD et le Gouvernement togolais ambitionnent de faire de la biodiversité un véritable levier de développement durable et de prospérité partagée, au bénéfice des générations présentes et futures.





