Transformer un déchet agricole en un biomatériau écologique

Entre mémoire et innovation, la jeune architecte-chercheuse togolaise Josiane Tossim défend une vision radicalement durable de la construction, enracinée dans les ressources locales. Son projet NÉRÉCYCLE transforme un déchet agricole en un biomatériau écologique et socialement porteur. Vert-Togo est allé à sa rencontre. Entretien !

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Vert-Togo : Josiane Tossim, vous êtes architecte et doctorante à l’Université de Lomé. Qu’est-ce qui vous a menée à créer NÉRÉCYCLE ?

Josiane Tossim : Je me définis avant tout comme une femme profondément attachée aux valeurs de transmission. J’ai été formée à l’EAMAU, puis j’ai travaillé au Togo et au Niger, avant d’intégrer le Centre d’Excellence Régional sur les Villes Durables (CERViDA) pour une thèse sur les habitats écologiques. Mon inspiration, je la puise dans ma culture. Je suis née à Kara, où le néré rythme la vie quotidienne : on le mange, on le soigne, on le respecte. Ce lien ancestral m’a éveillée très tôt à la puissance des savoirs endogènes. Le déclic est venu lors d’un retour au village pendant les Évalas. J’ai vu ces cosses de néré jetées, trempées, oubliées. Or, jadis, elles servaient à enduire les murs. Alors une idée m’a traversée : et si on en faisait des briques ? NÉRÉCYCLE est né de cette vision.

VTG : Pourquoi avoir choisi spécifiquement la cosse de néré comme matière première ?

J.T. : D’un point de vue technique, la cosse de néré est extrêmement prometteuse. Elle est riche en fibres naturelles qui renforcent la terre, en tanins qui la rendent plus résistante à l’humidité, et elle améliore l’isolation thermique. Mais surtout, c’est une ressource locale, abondante, disponible partout en Afrique de l’Ouest, et pourtant très peu valorisée. Ce choix est autant scientifique que symbolique : c’est une manière de reconnecter la tradition à l’urgence écologique.

VTG : En quoi les briques NÉRÉCYCLE sont-elles réellement adaptées aux défis actuels de l’Afrique ?

J.T. : Nos briques s’inscrivent dans une réponse triple. Sur le plan écologique, elles évitent le recours au ciment, limitent les émissions de CO₂, et participent au stockage carbone. Sur le plan thermique, elles réduisent d’au moins 50 % les besoins en climatisation. Et sur le plan social, elles valorisent un matériau local, produites par et pour les communautés. Ce sont des briques low-tech, mais à fort impact. Elles incarnent une architecture sobre, digne, et durable — pensée pour nos réalités.

VTG: Quels retours avez-vous reçus lors de la présentation de votre initiative à la conférence des Centres d’excellence de l’enseignement supérieur en Afrique pour l’impact sur le développement (ACE Impact) qui s’est tenue tout récemment à l’université de Lomé ?

J.T. : ACE Impact a été une plateforme décisive. L’innovation a été saluée pour sa rigueur scientifique autant que pour son potentiel social. Des chercheurs, des responsables de collectivités, des ONG ont manifesté un réel intérêt. Beaucoup ont compris que ce « déchet » est en réalité une richesse. Cette reconnaissance m’a confortée dans l’idée que NÉRÉCYCLE ne concerne pas seulement le Togo, mais tout le Sahel, toute l’Afrique.

VTG : Comment envisagez-vous la suite pour diffuser cette innovation ?

J.T. : Nous avançons selon trois axes : valider scientifiquement le matériau par des tests normés ; vulgariser via des actions de formation, des chantiers pilotes, des campagnes d’information ; et valoriser à travers la création d’unités de production locales, génératrices d’emplois. Mon ambition est claire : que NÉRÉCYCLE participe à bâtir des écoles, des villages, des logements durables en montrant que l’innovation peut, et doit, venir de nos territoires.

Josiane Tossim ne bâtit pas que des murs. Elle érige des ponts entre passé et avenir, entre nature et culture. Avec NÉRÉCYCLE, elle transforme une mémoire rurale en solution climatique. Ses travaux, déjà salués dans plusieurs revues scientifiques internationales, contribuent à replacer l’Afrique au cœur de la transition écologique. Une transition enracinée, inclusive et profondément inspirante.

Interview accordée à Hector NAMMANGUE

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