Sénamé Koffi , veut transposer les vertus du village africain à la ville. Nous rapporte lemonde.fr
Selon l’architecte togolais, «les cités africaines ont été construites artificiellement », sans lien avec l’histoire et la culture locales alors que la ville doit être inspirée des habitats et coutumes traditionnelles africaines, et devrait tenir compte des facteurs climatiques et serait bâtie en matériaux locaux et façonnée par ses habitants.
« Les villages fonctionnent parce qu’il y a deux principaux dispositifs traditionnels qui font qu’il y a de la cohésion et que les villageois décident ensemble du devenir de leur village. Ce que j’appelle d’abord les moments, c’est-à-dire les rites, funéraires, agraires, bref des instants dans la vie du village qui permettent de souder les habitants, de partager le savoir et de faire le bilan. Il y a ensuite les lieux, comme l’enclos d’initiation, par exemple, où l’on regroupe les jeunes pour leur transmettre le savoir. C’est aussi là qu’on identifie le potentiel des uns et des autres, les vieux les orientent. Au sortir de cet enclos, on a une génération soudée, qui s’est découverte, a identifié son potentiel et est prête à prendre en charge le devenir du village. » Confie-t-il au confrère français.
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Le promoteur de l’espace WOELAB qu’il conçoit comme un enclos d’initiation 2.0 permet aux jeunes togolais de découvrir leur potentiel et de partager leurs connaissances à l’occasion de rites numériques tels que les hackatons et les cours sur les nouvelles technologies qu’il organise.
Pour Sénamé Koffi Agbodjinou, la colonisation a fait entrer les villes africaines dans une modernité violente et inadaptée : « Je me suis toujours demandé à quoi ressembleraient les villes si elles étaient entrées dans la modernité de manière apaisée. La corde a été coupée. On a mis un morceau de métal au bout de cette corde, et même si, sur le papier, nous les Africains, sommes décolonisés, nous n’avons pas produit l’effort d’essayer de revenir tisser notre propre histoire au bout de l’ancienne corde. »
Pour rappel, Sénamé Koffi Agbodjinou, est architecte, anthropologue, et fondateur de L’Africaine d’architecture. À 36 ans, il est la nouvelle star de la scène « tech » ouest-africaine.
Après deux années de maths sup à l’université de Lomé, c’est lors de ses études à Paris qu’il découvre les « fab-lab » (laboratoires de fabrication numérique). En 2010, il crée L’Africaine d’architecture, une plateforme de réflexion sur les smart cities (« villes intelligentes »), et, en 2012, fonde le WoèLab (woè signifie « fais-le » en éwé). Installé à Lomé et entièrement autofinancé, ce premier fab-lab togolais a pour objectif de permettre aux habitants de façonner leur quartier via les technologies de l’information et de la communication.
H.N





