Togo/Coronavirus : Edem d’Almeida, DG d’AGR : « Nous y sommes arrivés par notre mode de vie et nous en sortirons par notre mode de vie! »

La gestion des déchets issus de la lutte contre le Coronavirus, inquiète les acteurs de la protection de l’environnement. Au Togo, comme ailleurs leur gestion inquiète.

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Edem d’Almeida, Directeur Général du Groupe Africa Global Recycling (AGR), philanthrope et expert de la gestion et de la valorisation des déchets pose le débat.

Dans l’un de ses récents tweets, ce dernier a indiqué : « Agissons pour demain, agissons aussi pour aujourd’hui. Nous y sommes arrivés par notre mode de vie, nous en sortirons par notre mode de vie! » Un tweet dans lequel le chef d’entreprise appelle à une prise de conscience collective sur les facteurs de propagation du COVID-19 et d’autres pandémies.

Dans un entretien accordé à vert-togo.tg, l’entrepreneur et acteur engagé pour la sauvegarde de l’environnement, nous en dit davantage sur sa pensée. Occasion pour lui de partager également ses points de vue pour une gestion optimale de cette pandémie sur divers aspects. Interview.

Vert-Togo : Face à cette situation de crise sanitaire, pourquoi pensez-vous que nous sommes arrivés là par notre mode de vie et que nous en ressortirons par notre mode de vie?

Edem d’Almeida : Tout d’abord, j’ose espérer que la pandémie actuelle marque la fin d’un certain cycle et le début d’un autre dans le rapport des interactions et des interférences que nous avons avec les écosystèmes qui nous entourent, notre environnement.

Les crises que nous traversons, qu’elles soient sanitaires ou environnementales, avec leurs lots d’équations sociales et économiques à résoudre sont directement liées à ces interactions et ces interférences. Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement et le panel des experts de l’ONU sur la biodiversité démontrent clairement que l’activité humaine et la modification des écosystèmes qu’elle entraine, sont à l’origine de 60% des maladies infectieuses humaines. Par ailleurs, la propagation de 31% des pandémies auxquelles nous sommes confrontés sont liés à notre mode de vie ; l’exemple d’Ebola, de la grippe A/H1N1, du choléra.

Les « gestes barrières » relèvent, pour certains, beaucoup plus de l’éducation, du savoir vivre, du savoir-être que réellement d’une trouvaille pour limiter la propagation du Covid-19. La crise actuelle nous fait redécouvrir tout à coup ce que nos parents, nos maitresses et maitres d’écoles nous apprenaient : qu’il faut se laver régulièrement les mains, que nos mains sales sur le visage sont vecteurs d’infections ou encore, qu’éternuer ou tousser sans se protéger et empêcher les postillons de se répandre autour de nous sont aussi pour limiter des risques infectieux en plus d’être un manque évident de correction.

Je peux me permettre le parallèle de la distanciation sociale qui devrait être la norme dans nos banques, nos bureaux de poste et de télécom, dans nos administrations pour un minimum de règles de confidentialité et de savoir vivre des usagers.

Ceci dit, en l’absence, aujourd’hui d’un traitement préventif, il est clair que c’est à notre bon sens et à nos usages, que le personnel soignant et les autorités font appel pour contenir la pandémie. Même avec un vaccin et un traitement préventif ou curatif, cette pandémie dont l’homme est responsable nous interpelle sur les changements impératifs à adopter à bien des égards : nos modèles de développement économique, nos modèles de développement social, nos choix en faveur de systèmes pragmatiques et efficaces de santé publique, ou encore d’assainissement et de gestion de l’environnement.

VTG : Est-ce que les mesures actuelles prises pour la lutte contre le COVID-19 au Togo intègrent la dimension environnementale et d’insalubrité ?

E. M : La question environnementale et d’insalubrité restent, pour moi, le parent pauvre mais ô combien nécessaire dans l’efficacité des mesures prises pour limiter la propagation du Covid-19. Il suffit de parcourir les divers supports de communication pour s’en rendre compte.

Si besoin en est, il faut rappeler que les masques, les gants, les mouchoirs que nous utilisons, représentent après usage, des risques infectieux importants. Ce sont des déchets spécifiques, dangereux, dont la gestion doit nous interpeller. Je pense que cela relève du bon sens et de l’intérêt commun que les campagnes et outils de sensibilisation intègrent « la poubelle » comme élément de lutte contre la pandémie.

Les entreprises, les commerçants, les administrations publiques, les banques, les boutiques télécom peuvent être déjà parties prenantes en adoptant l’usage de contenants dédiés. Les sociétés de nettoyage et de collecte de déchets devraient à leur tour sensibiliser et protéger leurs agents sur le terrain, disposer de protocoles spécifiques et faire preuve de transparence quant aux lieux de vidage et le mode de traitement de ces déchets. C’est une question de responsabilité collective, sociale et morale. Le Centre d’Enfouissement Technique (CET) est un exutoire crédible et aux normes, encore faudrait-il que les acteurs de la collecte s’organisent et jouent le jeu.

Je crois sincèrement que l’occasion appelle le Ministère de l’Environnement, du Développement Durable et de la Protection de la Nature à prendre le leadership dans une synergie d’action avec des organes comme l’ANASAP et les collectivités locales

VTG: La non prise en compte de cette dimension environnementale constituerait-elle un frein à la lutte contre la propagation du COVID-19 ?

C’est un peu l’histoire du verre à moitié plein ou à moitié vide. Si la non prise en compte de la dimension environnementale et de l’insalubrité n’est pas un frein à la lutte contre la propagation du COVID-19, elle constitue tout de même une menace importante et un nouveau facteur de contamination qui pourra agir sur les résultats attendus si des dispositions idoines ne sont pas prises.

VTG: Quelles sont les pistes que vous pourriez proposer pour faire face à cette menace?

La crise sanitaire actuelle interpelle de fait sur l’absence d’un modèle de gestion efficient des déchets en général et plus particulièrement des déchets de soins à risques infectieux dans notre pays. Des solutions existent et sont à notre portée ; elles découleront d’une volonté politique et des dispositions que le législateur voudra prendre ainsi que du leadership dont les ministères concernés feront preuve.

Aujourd’hui, à ma connaissance, nous ne disposons pas d’un système performant de gestion des déchets infectieux ou hospitaliers dans leur ensemble. Je ne crois pas non plus qu’il existe un système fiable de traçabilité des déchets issus des activités de soins aussi bien des établissements privés que publics

Se pencher véritablement sur la question et y apporter des réponses urgentes et appropriées contribuerait à la sauvegarde de notre environnement et davantage à l’atteinte des objectifs du Plan National de Développement (PND) ; l’Amélioration du cadre de vie et du bien-être des populations, le transfert de technologie, des infrastructures nouvelles, la création de nouveaux emplois et de nouvelles filières de formation seront autant d’acquis qui placeraient le Togo comme modèle de réussite en Afrique subsaharienne et au-delà.

Des propos recueillis et retranscris par Hector Nammangue

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