Diversité ethnique, inégalités sociales, tensions communautaires : au Cameroun, les défis du vivre-ensemble sont nombreux. Mais certaines organisations comme Cameroun Youth green Initiative choisissent d’en faire une force. En misant sur l’éducation, la mobilisation citoyenne et l’autonomisation des communautés, elles tracent une voie vers un développement plus inclusif. Entretien réalisé par Je m’engage pour l’Afrique, que nous relayons ici.
Dans un contexte où la paix et la lutte contre la discrimination sont des enjeux majeurs, quelles stratégies recommandez-vous pour former et sensibiliser efficacement la population ?
Le Cameroun est une mosaïque culturelle exceptionnelle. Cette richesse, si elle est valorisée, peut devenir un véritable levier de développement. Mais mal comprise ou inégalement traitée, elle peut aussi générer des tensions. Les discriminations, qu’elles soient fondées sur l’appartenance ethnique, le genre ou le statut social, peuvent miner la cohésion nationale. Et les fausses informations qui circulent sur les réseaux sociaux ne font qu’attiser le tribalisme.
C’est pourquoi il faut d’abord valoriser chaque culture sur un pied d’égalité, à travers l’éducation formelle et informelle. Cela passe par des interventions dans les écoles, mais aussi par la formation de jeunes volontaires et des campagnes de proximité. Nous pensons à des “ambassadeurs de la paix”, formés pour mener des activités sur des périodes définies, avec un suivi rigoureux. Ces initiatives permettent de semer les graines de la tolérance et de la cohabitation pacifique, en commençant par la jeunesse.
Comment mettez-vous en œuvre des actions sociales pour autonomiser les communautés vulnérables ? Quelles mesures garantissent leur efficacité et leur durabilité ?
Les communautés vulnérables sont souvent marginalisées parce qu’elles ignorent leurs droits. Et pourtant, elles ont une connaissance intime de leur territoire, de leurs ressources, de leurs besoins.
Nos actions commencent donc par l’éducation aux droits, notamment fonciers et environnementaux, pour que ces communautés puissent défendre leurs intérêts. Nous plaidons pour que leurs droits soient respectés dans tout projet de développement.
Ensuite, nous travaillons à renforcer leur autonomie économique et sanitaire, notamment en favorisant l’accès à l’éducation et à la santé. Nous refusons les projets pensés à Yaoundé ou ailleurs, sans les concerner. Au contraire, nous les accompagnons pour qu’elles deviennent actrices de leur propre développement, selon leurs réalités, leurs priorités, leurs ressources.
Comment accompagnez-vous les jeunes camerounais vers l’entrepreneuriat ? Quelles solutions pour créer un environnement propice ?
L’entrepreneuriat, c’est avant tout une réponse à un besoin identifié. Il suppose des compétences, mais aussi des moyens techniques et financiers.
Au Cameroun, les jeunes font souvent face à une formation trop théorique, qui ne permet pas l’application concrète. Mais il existe aussi de nombreuses opportunités, car notre pays reste un grand importateur. Il faut donc transformer cette dépendance en levier d’action locale.
Voici les leviers que nous préconisons : Professionnaliser les formations dès la base , en renforçant les liens entre les centres de formation et les entreprises ;
Élaborer des programmes en phase avec les besoins réels du marché local ;
Accompagner les jeunes en matériel, pour qu’ils puissent réellement produire ;
Réserver une part des marchés publics aux jeunes entreprises, leur permettant de se constituer une expérience et une trésorerie ;
Favoriser les partenariats intergénérationnels, où les grandes entreprises seraient incitées à s’associer à des start-ups ou des TPE jeunes ;
Et enfin, insister sur la qualité des services et l’intégration des critères sociaux et environnementaux, pour développer des entreprises responsables, compétitives et exportables.
Nous croyons en un entrepreneuriat vert, citoyen et inclusif comme réponse durable aux défis socio-économiques du pays. Au Cameroun, la diversité n’est pas une menace mais un socle. Et la jeunesse n’est pas une charge, mais un levier. Encore faut-il lui donner les moyens d’agir.
Avec Je m’engage pour l’Afrique





