À Afagnan, dans le Bas-Mono (à 80 km à l’est de Lomé), l’Union régionale des organisations de producteurs de céréales de la région Maritime (UROPC-M) a lancé, le lundi 5 mai, une campagne de sensibilisation et de dégustation autour des cultures oléo-protéagineuses. Objectif : faire face aux effets du changement climatique, tout en promouvant une alimentation locale, durable et nutritive.
Dans une salle modeste mais comble, les étals garnis de galettes dorées, de beignets épicés et de farines fines ont attiré l’œil et le palais des participants. À travers cette journée dédiée au voandzou, au pois d’angole et à l’arachide, l’UROPC-M entend faire découvrir à la population les richesses nutritionnelles et agroécologiques de ces cultures locales encore peu valorisées dans le sud du Togo.

« Pour maintenir la santé du sol, ces trois cultures ont une valeur nutritionnelle longtemps ignorée. D’où cette activité de présentation des bienfaits de ces trois cultures », affirme M. GBETCHI Kodjo, président du Conseil d’administration de l’UROPC-M. En associant nutrition, agriculture durable et sensibilisation, l’union souhaite inscrire ces cultures dans une stratégie globale de résilience.
Kodjo MONOKBA, Directeur préfectoral de l’Agriculture du Bas Mono, voit dans cette initiative « un pas de plus vers une alimentation plus consciente et plus respectueuse de notre santé et de notre environnement ». Une approche qui, selon lui, réconcilie savoirs traditionnels, besoins nutritionnels actuels et adaptation aux défis climatiques.
« En réalité, la Fondation Avril à travers son partenariat avec l’UROP-M, s’est engagée à soutenir les communautés locales dans le développement de certaines filières agricoles souvent négligées. Parmi celles-ci, on retrouve notamment les oléo-protéagineux, et plus spécifiquement les filières de l’arachide, du voandzou et du pois d’angole », explique GUENOU Kossi Tsoekem, ingénieur agronome et intervenant de la séance.

« Ce soir, nous avons organisé une séance de sensibilisation sur les valeurs nutritionnelles de ces produits. En parallèle, une dégustation a été proposée, pour permettre à la population de découvrir concrètement les apports nutritifs de ces mets riches en protéines », poursuit-il.
Prenons l’exemple de l’arachide : l’huile qui en est extraite est l’une des plus importantes que nous ayons. Pourtant, sa consommation reste faible, faute d’une production suffisante. C’est pourquoi l’UROPC-M soutient les communautés, non seulement dans la production, mais aussi dans la transformation – notamment pour l’extraction d’huile – et sa mise à disposition pour la population. Ces huiles sont riches en vitamines et en acides gras essentiels et bénéfiques pour la santé.

Créée en 2008, l’UROPC-M rassemble aujourd’hui 780 membres répartis dans six préfectures, dont plus de la moitié sont des femmes. Réputée pour sa production collective de maïs jaune, l’organisation prend un tournant stratégique face aux perturbations climatiques. « Nos membres sont en première ligne face aux saisons imprévisibles, à la baisse des rendements et à l’érosion des sols. Nous devons penser autrement », confie un responsable de l’union.
L’adoption de pratiques agroécologiques rotation, cultures intercalaires, association de cultures s’impose alors comme une réponse concrète aux enjeux climatiques. Soutenu et financé par l’ONG Agriculteurs français et développement international (Afdi)Haut de France et la Fondation Avril, le projet vise à développer, entre 2025 et 2027, une véritable filière locale d’oléo-protéagineux.
Au-delà de leur résistance à la faible pluviométrie, ces cultures riches en protéines offrent un potentiel économique certain pour les exploitations familiales. « L’idée est de répondre à la demande croissante des consommateurs pour des produits sains, locaux et accessibles », indique GUENOU Kossi Tsoekem Ingénieur agronome à l’UROPC-M.
« L’objectif principal de cette rencontre, était de sensibiliser la population à réintégrer dans leur alimentation ces produits locaux, comme le voandzou et le pois d’angole, qui ont progressivement disparu de nos assiettes », insiste M. Tsoekem. « Il était important de rappeler leurs nombreuses vertus nutritionnelles et de souligner leur rôle clé dans une alimentation saine. »

La séance de dégustation organisée à Afagnan s’inscrit dans une campagne de plus grande envergure, appuyée par des émissions de radio locales. L’UROPC-M espère ainsi provoquer un déclic : encourager la consommation locale, attirer de nouveaux producteurs, et ancrer durablement ces produits dans les habitudes alimentaires.
La réaction du public a été très positive : « Beaucoup ont été surpris de découvrir les bienfaits de ces produits. Ils ne connaissaient pas leurs valeurs nutritionnelles. Après les échanges, on a entendu des réactions enthousiastes, comme des “waouh” étonnés. Les participants sont repartis motivés à les réintégrer dans leurs habitudes alimentaires », affirme M. Tsoekem.
Concernant le pois d’angole, souvent considéré comme une culture oubliée, il rappelle qu’il s’agit d’un cercle vicieux : la baisse de la consommation décourage la production, et l’abandon des cultures affaiblit le tissu agricole local. Pourtant, « c’est une plante aux multiples atouts : en plus de ses vertus nutritionnelles, elle enrichit le sol lorsqu’elle est cultivée avec le maïs, réduit les besoins en engrais et maintient l’humidité du sol », note-t-il. « Heureusement, depuis plus de quatre ans, UROPC-M travaille activement à la réintroduction du pois d’angole, l’arachide et voandou dans la région maritime », rassure-t-il.
Quant au changement climatique, le pois d’angole résiste étonnamment bien aux aléas : « même en période de sécheresse, il survit. Ce sont des semences paysannes robustes, parfaitement adaptées aux réalités locales. Elles méritent d’être revalorisées », conclut l’ingénieur.
À terme, les porteurs du projet ambitionnent de structurer un réseau de distribution durable de produits agroécologiques dans la région. Un défi de taille dans un secteur encore largement informel, mais porteur d’un espoir réel face à la fragilité croissante des systèmes agricoles togolais.





