Dans les campagnes togolaises, la terre n’est pas qu’un bien matériel : elle est source de vie, d’identité et de dignité. Pourtant, les femmes rurales, qui portent à bout de bras la production agricole et assurent la survie des familles, restent encore trop souvent marginalisées dans l’accès et la gestion de cette ressource vitale.
Pour changer cette réalité, Inades-Formation Togo, avec l’appui d’Inter Pares, a organisé un atelier à Tsévié dans le cadre du projet Égalité des Genres par l’Agroécologie menée par les Femmes en Afrique de l’Ouest (EGALE-AO).
Réunissant 54 acteurs locaux des communes Zio 1 et Yoto 1, dont 17 femmes, la rencontre a mis en lumière un message fort : sécuriser les droits fonciers des femmes, c’est garantir la justice sociale, prévenir les conflits et bâtir des communautés équilibrées.
Un des moments marquants fut la présentation du livret simplifié du Code foncier et domanial (loi N°2018-005 du 14 juin 2018). Rédigé dans un langage accessible, ce livret rend enfin la loi compréhensible pour les communautés rurales.

Il devient un outil essentiel pour que les femmes, mais aussi les chefs traditionnels, élus et leaders communautaires, puissent s’approprier leurs droits et obligations.
Les témoignages entendus à l’atelier révèlent une volonté de changement. Pour Togbui TOUGLO Kossi, chef traditionnel de Yoto, « Nos traditions accordent une place importante à la terre, mais il est temps d’intégrer les réalités modernes et de donner plus de chances aux femmes. Avec ce livret, nous avons désormais un outil simple pour expliquer la loi et éviter les injustices. »
Les femmes, longtemps reléguées au second plan, trouvent dans cette démarche une source d’espérance. Mme Abla Gentille LOLO, secrétaire du COGEP Tchekpo Dédékpoè, l’a exprimé avec force : « Trop souvent, les femmes sont écartées des questions foncières. Aujourd’hui, j’ai appris que la loi nous protège et j’ai surtout vu que les chefs et les autorités locales sont prêts à nous accompagner.
Cela nous donne confiance pour l’avenir. » De son côté, Togbui Koffi Agboli III, chef du village d’Ezor (Zio 1), a reconnu que l’heure est venue de revoir certaines pratiques : « Pendant longtemps, nous avons considéré la terre comme un héritage qui se transmettait de manière inégalitaire, souvent au détriment des femmes. Cette formation vient nous rappeler que nos coutumes doivent s’adapter aux lois de la République et aux réalités actuelles. »
L’atelier a aussi permis de valoriser les expériences de femmes ayant réussi à sécuriser leurs droits fonciers. Ces récits, collectés comme des trésors d’espérance, serviront de base pour un documentaire qui inspirera d’autres communautés et démontrera qu’une application juste de la loi peut transformer les rapports sociaux.

Pour POUNPOUNI Adidjatou, Chargée de Plaidoyer à INADES-Formation Togo, le message est clair : « Le foncier n’est pas seulement une affaire de terre, c’est une affaire de dignité humaine. Lorsque les femmes ont accès à leurs droits fonciers, elles contribuent davantage au développement économique et à la stabilité sociale. »
Ainsi, le projet EGALE-AO se positionne comme un levier d’émancipation et de cohésion. En rapprochant la loi des communautés rurales et en renforçant le leadership féminin, il place la femme au cœur de la gouvernance foncière, là où elle a toujours eu un rôle vital mais trop souvent invisible.
Cet atelier marque une étape décisive dans la région Maritime : il montre que lorsqu’une femme connaît et exerce ses droits sur la terre, ce n’est pas seulement sa vie qui change, mais c’est toute la communauté qui gagne en stabilité, en paix et en avenir.
Par Jean Marc Valère de retour de Tsévié pour Vert-Togo





