Face à la double menace du changement climatique et de l’épuisement des ressources, le Togo cherche des solutions concrètes pour concilier développement et préservation de l’environnement. Dans un pays où la déforestation avance au rythme des besoins énergétiques, le biogaz apparaît comme une alternative crédible, durable et locale. Vert-Togo est allé à la rencontre d’Edwards Kokou GUINI, entrepreneur et militant de l’économie circulaire, qui transforme les déchets organiques en énergie propre et en fertilité agricole. Un acteur de terrain convaincu qu’accélérer la transition énergétique est aussi un acte de justice climatique.
VERT-TOGO : Présentez-vous ?
Edwards Kokou GUINI : Je suis Edwards Kokou GUINI, expert en méthanisation et biogaz, entrepreneur engagé dans la transition écologique et énergétique, l’économie circulaire et le développement durable au Togo et en Afrique. Je suis fondateur et directeur-gérant de BIOPOWER AFRICA GROUP, une entreprise sociale de droit togolais spécialisée dans les bioénergies, le biogaz, la valorisation énergétique des déchets organiques, l’agrobusiness, la distribution d’équipements de biogaz et bioénergies, ainsi que la formation.
Je suis également président de l’Association Professionnelle des Acteurs du Biodigesteur au Togo (APAB-TOGO), qui œuvre à structurer, professionnaliser et promouvoir le secteur du biogaz au Togo. Cette association regroupe entreprises, centres de recherche, ONG et GIE intervenant dans la chaîne de valeur du biodigesteur. Enfin, je suis coordinateur national de CREA-AFRIQUE (Cercle de Réflexion pour l’Émergence de l’Afrique).
VTG : Pouvez-vous nous raconter votre parcours et ce qui vous a conduit à vous spécialiser dans le biogaz et l’économie circulaire au Togo ?
E.K.G : Mon parcours est le fruit d’un engagement personnel pour des solutions locales et durables face aux défis environnementaux et énergétiques que connaît notre pays. J’ai grandi en zone rurale avant mes études universitaires, et très tôt, j’ai été sensibilisé à la problématique de la déforestation liée à l’usage intensif du bois-énergie, ainsi qu’au déficit énergétique en milieu rural.
Les effets du changement climatique se font particulièrement sentir sur les exploitants agricoles, et venant moi-même d’une famille majoritairement agricole, j’ai toujours cherché des alternatives pour soulager ma communauté. Cela a renforcé mon intérêt pour l’économie circulaire et le développement durable. C’est dans cette dynamique que nous avons lancé BIOPOWER AFRICA GROUP, convaincus que les déchets organiques peuvent devenir une ressource stratégique pour produire des énergies renouvelables, fertiliser les sols et créer de la valeur locale.

Aujourd’hui, voir des biodigesteurs remplacer les fagots ou sacs de charbon, constater la joie des femmes qui bénéficient de cette technologie, ou encore mesurer l’impact de notre engrais organique riche en oligo-éléments… tout cela confirme que le pari était noble. Et surtout, capter et utiliser le méthane – un gaz à effet de serre 23 à 25 fois plus polluant que le CO₂ – grâce à nos installations prouve que nous agissons concrètement pour le climat et le bien-être des communautés.
VTG : Quel est le positionnement de BIOPOWER AFRICA GROUP au Togo ?
E.K.G : Nous nous positionnons comme un acteur innovant dans les énergies renouvelables, la gestion énergétique des déchets et l’économie circulaire. Notre élection à la tête de l’APAB-TOGO par nos pairs est une reconnaissance de notre contribution au développement de la filière. Notre mission est claire : proposer des solutions locales de valorisation des déchets organiques par la technologie du biodigesteur afin de répondre aux enjeux énergétiques, environnementaux et sociaux.
Nos projets vont de la conception et l’installation de systèmes adaptés aux communautés rurales et exploitations agricoles, à la production et la distribution d’engrais organiques issus de la méthanisation, en passant par la formation, la sensibilisation et le développement de partenariats locaux et internationaux.
VTG : En tant que président de l’APAB-TOGO et coordinateur de CREA-AFRIQUE, comment ces engagements renforcent-ils votre action entrepreneuriale ?
E.K.G : Ces responsabilités me poussent à viser l’excellence, à me former continuellement et à rester connecté aux réalités du terrain comme aux innovations technologiques. Avec l’APAB-TOGO, nous fédérons les acteurs du biogaz, créons des synergies et menons un plaidoyer auprès des autorités et partenaires pour développer la filière. Avec CREA-AFRIQUE, nous ouvrons un espace de réflexion et de collaboration panafricain sur l’économie, la politique et l’éducation. Ces engagements renforcent la visibilité et la crédibilité de BIOPOWER AFRICA GROUP, tout en favorisant la naissance de collaborations techniques, scientifiques et institutionnelles.

VTG : Quels résultats concrets avez-vous obtenus ?
E.K.G : Nous avons installé plusieurs biodigesteurs fixes et mobiles, formé des techniciens (hommes et femmes) au Togo et dans d’autres pays, et accompagné des communautés rurales dans leur transition vers des pratiques plus durables. Nous avons été distingués parmi les meilleures entreprises écocitoyennes 2023 lors des Togo Top Impact Awards et avons reçu en 2024 le prix de « Meilleur acteur de développement africain » aux Grands Prix Généraux Mathieu Kérékou au Bénin.
VTG : Quels sont vos défis et ambitions pour l’avenir ?
E.K.G : Les principaux défis restent l’accès aux financements, la structuration du marché du biogaz et la sensibilisation des populations. Nos ambitions sont d’augmenter notre capacité technique, d’élargir nos projets et de devenir un acteur incontournable de la transition énergétique en Afrique de l’Ouest. Je suis convaincu que la filière connaîtra une forte croissance si les politiques publiques soutiennent davantage le secteur et si nous continuons à miser sur la collaboration et l’innovation.
Interview réalisée par Hector Sann’do NAMMANGUE





