Le Togo a lancé, le 9 octobre 2026 à Lomé, ePermis, une plateforme numérique destinée à dématérialiser les demandes de permis d’importation des végétaux, des produits végétaux et des pesticides. L’outil ambitionne de réduire le délai de traitement de 72 heures à trois heures, tout en maintenant les contrôles phytosanitaires nécessaires à la protection des cultures contre les maladies et les organismes nuisibles.
La cérémonie de lancement s’est déroulée à Lomé , en présence de représentants des autorités togolaises et de partenaires techniques. Selon Togonews, le projet représente un investissement de plus de 450 000 euros.
Au-delà de la simplification administrative, ePermis intervient à la croisée de deux enjeux : accélérer les échanges commerciaux et empêcher l’introduction de ravageurs ou de maladies susceptibles de compromettre la production agricole. Son efficacité dépendra toutefois de la capacité des services compétents à concilier rapidité de traitement et rigueur des contrôles.
Des démarches administratives appelées à changer
Jusqu’ici, les opérateurs économiques doivent effectuer leurs demandes de permis sur support papier, une procédure qui implique des déplacements et des échanges avec les services concernés. La dématérialisation doit permettre de déposer les dossiers en ligne et de suivre leur traitement sans multiplier les démarches physiques.

L’objectif annoncé est de ramener le délai de traitement de trois jours à trois heures, soit une réduction théorique de 69 heures. Ce gain pourrait faciliter les opérations d’importation et limiter les retards liés à l’obtention des autorisations administratives.
Pour les importateurs de semences, de plants et d’autres produits réglementés, la rapidité de délivrance des permis constitue un enjeu économique. Des procédures plus fluides peuvent contribuer à mieux organiser les approvisionnements, notamment lorsque les produits doivent être disponibles au début d’une campagne agricole.
Cependant, le délai de trois heures constitue un objectif conditionnel, et non une garantie applicable à toutes les demandes. La disponibilité des informations, la conformité des dossiers et les éventuelles vérifications requises restent déterminantes.
Un dispositif de prévention des risques agricoles
Le permis d’importation est une autorisation préalable exigée pour l’entrée sur le territoire de végétaux, de produits végétaux et d’autres produits réglementés. Il contribue à prévenir l’introduction d’organismes nuisibles susceptibles de se propager dans les champs, les vergers et les espaces naturels.
Cette mission relève de la protection phytosanitaire, qui vise à préserver la santé des plantes et à limiter les risques pour la production agricole et la biodiversité. Des semences ou des plants infestés peuvent notamment introduire des ravageurs ou des agents pathogènes difficiles à détecter et à maîtriser une fois installés.
Selon les données du ministère de l’Agriculture citées par Togonews, le Togo a importé environ 92 000 tonnes de végétaux en 2024, dont 60 000 tonnes de semences. Ces volumes illustrent l’importance des flux de produits végétaux soumis à des exigences de contrôle.
Pour Niccolo Maracchi, chef de coopération de la GIZ, l’enjeu est de concilier la fluidité des échanges commerciaux avec la protection phytosanitaire. Cette double exigence est centrale : accélérer les procédures ne doit pas conduire à réduire les garanties destinées à protéger les cultures.
Dindiogue Konlani, directeur de cabinet représentant le ministre de l’Agriculture, de la Pêche, des Ressources animales et de la Souveraineté alimentaire, a inscrit cette initiative dans la dynamique de numérisation de l’administration et de renforcement du contrôle des produits importés.
Malgré son lancement officiel, ePermis n’est pas encore opérationnel. Selon Kossi Djifa Hounkali, directeur de la Production agricole, l’objectif d’un traitement en trois heures pourra être atteint sous réserve que toutes les conditions nécessaires soient réunies.
Le calendrier annoncé prévoit une phase de développement et de tests de septembre 2026 à juin 2027. Le déploiement interviendra ensuite, après la formation des acteurs concernés. Cette étape sera importante pour familiariser les opérateurs économiques et les agents administratifs avec le nouvel outil.
Le Togo dispose déjà d’une expérience de dématérialisation dans le domaine phytosanitaire, avec la mise en ligne des certificats phytosanitaires destinés aux exportations. ePermis doit désormais faciliter les procédures liées aux importations.
Le défi : gagner du temps sans affaiblir les contrôles
La performance de la plateforme ne se mesurera pas uniquement au délai de délivrance des permis. Elle dépendra également de sa facilité d’utilisation, de la fiabilité du traitement des dossiers et de la capacité des services phytosanitaires à maintenir des contrôles adaptés aux risques.
Un système numérique peut réduire les délais administratifs, mais il ne remplace pas les inspections, l’analyse des documents ni les autres vérifications nécessaires lorsqu’un risque phytosanitaire est identifié.
Pour les producteurs togolais, l’enjeu est concret : empêcher l’introduction de maladies et de ravageurs susceptibles d’affecter les rendements, les revenus agricoles et la sécurité des approvisionnements alimentaires.
Avec ePermis, le Togo entend donc accélérer les importations tout en protégeant son patrimoine végétal. La prochaine étape sera de vérifier, lors de la mise en service, si le délai annoncé de trois heures devient une réalité sans compromettre la surveillance phytosanitaire.





