Covid-19 : La sécurité alimentaire des populations est-elle menacée en Afrique de l’Ouest? La FAO répond

Les gouvernements ont pris des mesures comme la distanciation sociale et la fermeture des marchés. Cela créera des perturbations sur les marchés, tant pour les commerçants que pour les consommateurs.

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Les répercussions du COVID-19 sont déjà visibles dans les zones de pâturages. Comme la majorité des frontières sont fermées, les mouvements des bergers et des animaux ont été restreints.

Même si les effets de la pandémie sur les prix des produits de base ne sont pas encore visibles, le fait que beaucoup de personnes achètent des biens de base en grande quantité pourrait engendrer une hausse temporaire des prix et une pénurie, créant ainsi une situation difficile à gérer quand/si la production baisse fortement. Le transport est lui aussi touché et cela aura des effets sur l’approvisionnement des denrées alimentaires et des produits.

Quelle réponse la FAO apporte-t-elle?

Sachant que la majeure partie de l’Afrique de l’Ouest est touchée par d’autres situations complexes de crise, notre première priorité est de sauvegarder et de maintenir les actions d’urgence que nous apportons actuellement, surtout celles à l’appui des prochaines campagnes agricoles, afin d’atténuer les effets du COVID-19 sur la sécurité alimentaire.

Cela s’avère particulièrement délicat du fait des difficultés opérationnelles occasionnées par les restrictions sur les déplacements que la plupart des pays ont introduites. Toutefois, en travaillant en étroite collaboration avec les gouvernements, le système des Nations Unies, et nos partenaires, nous repensons les moyens d’approvisionnement et nous en imaginons de nouveaux.

« Nos interventions dans la région ne sont néanmoins financées qu’à hauteur 20 pour cent. Nous exhortons les donateurs et nos partenaires à faire en sorte que, malgré le COVID-19, les actions d’urgence en cours ne soient pas oubliées. », a indiqué  Coumba Sow, coordinatrice de l’équipe de résilience pour l’Afrique de l’Ouest.

Dans la lutte contre le COVID-19, la FAO a collecté des informations et a mené à bien des analyses, à l’échelle régionale et nationale, sur les conséquences que la pandémie pourrait avoir sur l’agriculture et la sécurité alimentaire, en vue de créer un système de données mondiales. Ce système doit servir de base pour élaborer de stratégies nationales et régionales, et pour formuler des plans de préparation et de réponse au COVID-19. Plusieurs actions de ces plans sont déjà mises en œuvre.

Au Togo, le gouvernement  a lancé un Plan de Riposte Agricole Covid-19 »  destiné à consolider la sécurité alimentaire et nutritionnelle et améliorer le revenu et les conditions de vie des producteurs agricoles.

Ce mécanisme   mis en œuvre par le ministère en charge de l’Agriculture se décline en trois principaux axes : un appui en matériel et kits d’irrigation, la promotion des entreprises de placement de main d’œuvre et l’octroi de crédits d’intrants à taux bonifiés, souligne le communiqué.

« L’objectif à terme est de parvenir à une production de 225 000 tonnes de coton, près de 2 millions de tonnes de maïs, près de 140 000 tonnes de soja, et plus de 330 000 tonnes de riz. » Ce qui devrait permettre d’accroître de FCFA 228 milliards (€ 347,4 millions) les revenus des producteurs.

Un appel a été lancé dans ce sens à tous les producteurs à se faire recenser par la NSCT (Nouvelle société cotonnière du Togo) pour les cotonculteurs, et, pour les PME/PMI agrégateurs opérant dans les filières à haute valeur ajoutée comme le soja à s’approcher des services déconcentrés du ministère dans leurs localités pour le faire.

« Chaque producteur doit impérativement indiquer le numéro de sa carte d’électeur et un numéro de téléphone actif par lequel il pourra recevoir un crédit de campagne via le porte-monnaie électronique », précise le ministère.

« Les producteurs devront en outre se constituer en groupes d’entente solidaire affiliés, accepter un contrat d’agrégation avec une PMI/PME, s’engager à cultiver le maïs, le riz, le coton ou le soja et suivre l’encadrement technique de proximité. »

À court terme, les  priorités de la FAO  sont les suivantes: aider les ménages vulnérables touchés par le COVID-19 à avoir accès à de la nourriture adéquate; garantir aux éleveurs le fourrage et l’eau pendant la saison sèche, et aux fermiers les graines pour pouvoir ensemencer; garantir des programmes de protection sociale pendant la saison maigre; et assurer le fonctionnement des marchés et des chaînes de valeur afin que chacun puisse acheter la nourriture dont il a besoin et à un prix raisonnable.

De plus, les experts de la FAO suivent attentivement la situation du criquet pèlerin, car il est possible que ce parasite gagne l’Afrique de l’Ouest d’ici la moitié de l’année.

Que devraient faire les gouvernements ?

« La FAO encourage les pays dont le Togo  à rester informés et à adapter leurs plans d’action aux conséquences de la pandémie, dès qu’elles sont mieux connues. Il est essentiel d’arriver à anticiper les effets du COVID-19 sur l’agriculture, la sécurité alimentaire et la vie des femmes et des enfants vulnérables. Une des actions les plus importantes à prendre à l’échelle nationale et régionale consiste à garantir le maintien des systèmes alimentaires et des chaînes de valeur. » affirme la  coordinatrice de l’équipe de résilience pour l’Afrique de l’Ouest.

Le 16 avril, les 55 États membres de l’Union Africaine (UA) se sont engagés, au cours d’une réunion UA-FAO, à soutenir l’accès des populations les plus vulnérables d’Afrique à l’alimentation et à la nutrition; à fournir des programmes de protection sociale; à minimiser les perturbations afin de garantir une circulation et un transport sans risque des personnes dont le travail est essentiel, et le transport et la commercialisation des biens et des services; à garder les frontières ouvertes afin de favoriser le commerce alimentaire et agricole. Ceci constitue une première étape essentielle et la FAO est fière d’avoir participé à ce processus.

Quels sont les plus grands défis que la FAO devra affronter si la pandémie s’aggrave?

Si la pandémie s’aggrave, 50 millions de personnes en plus pourraient avoir à affronter une crise alimentaire dans la région.

C’est pour cela que l’agence onusienne va  élargir son   aide, par le biais des partenaires et des acteurs locaux, afin  que  des moyens innovants, comme la formation en ligne et l’aide à distance, soient mis en place en vue de renforcer les  capacités.

La FAO a activé des plans de soutien aux activités commerciales à travers toute la région, qui visent à garantir la sécurité du personnel, des partenaires et des bénéficiaires, tout en assurant la poursuite des activités.

Il faut noter que les  populations d’Afrique de l’Ouest ont prouvé leur capacité de résilience aux crises. En effet, l’approche de la FAO et de bon nombre d’autres organismes dans la lutte contre le COVID-19 s’appuie sur les leçons apprises suite à la crise liée au virus bola en Afrique de l’Ouest.

Edem Kolani

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