Le Réseau des Médias Africains pour la Promotion de la Santé et de l’Environnement (REMAPSEN) a officiellement lancé ce jeudi 29 Janvier à Cotonou au Bénin le Forum des médias sur les maladies tropicales négligées (MTN), placé sous le thème « De la négligence à la mise en lumière : faire avancer l’agenda africain pour l’élimination des MTN ».
Cette initiative intervient dans un contexte où le manque d’accès à l’eau potable et à l’assainissement demeure l’un des principaux facteurs de persistance des maladies tropicales négligées en Afrique.

Les MTN regroupent plus de 20 maladies transmissibles, parmi lesquelles la filariose lymphatique, l’onchocercose (cécité des rivières), la schistosomiase, les géohelminthiases et le trachome. Elles touchent de manière disproportionnée les communautés les plus vulnérables, notamment en Afrique subsaharienne, qui concentre plus de 40 % des personnes exposées au risque à l’échelle mondiale.
Des maladies évitables enracinées dans les inégalités sociales
Bien que prévenables, traitables et éliminables, les MTN continuent de provoquer d’importantes souffrances humaines : défigurations, douleurs chroniques, handicaps, exclusion sociale et stigmatisation. Aujourd’hui encore, plus d’un milliard de personnes vivent sous la menace d’au moins une MTN.
Pour le Dr Jean Kouamé Konan, Représentant par intérim du bureau pays de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) au Bénin, cette situation révèle des déséquilibres structurels profonds, notamment en matière d’eau et d’assainissement.
« Aujourd’hui encore, plus d’un milliard de personnes à travers le monde vivent sous la menace de maladies pourtant évitables, traitables et éliminables. En Afrique, les MTN continuent de frapper de manière disproportionnée les communautés les plus pauvres, les plus isolées et les plus marginalisées », a-t-il déclaré.

Selon lui, ces maladies prospèrent là où l’accès à l’eau potable, à l’assainissement, à l’éducation et aux soins de santé primaire reste limité, compromettant durablement le développement des communautés.
L’Afrique, des avancées majeures mais fragiles
Malgré ces défis, l’Afrique a enregistré des succès notables dans la lutte contre les MTN. Plus de 24 pays africains ont éliminé au moins une MTN. Le Togo s’est illustré en devenant, en 2022, le premier pays au monde à éliminer quatre maladies tropicales négligées, tandis que le Bénin et le Ghana en ont éliminé trois chacun.
Ces progrès reposent sur l’engagement politique, la mobilisation communautaire et l’un des plus vastes programmes mondiaux de dons de médicaments, avec 28 milliards de traitements prévus entre 2021 et 2030. Toutefois, la réduction des financements depuis 2025, combinée aux perturbations liées à la pandémie de COVID-19, menace la durabilité de ces acquis.
Les médias africains, acteurs clés de l’élimination des MTN
Pour Bamba Youssouf, président du REMAPSEN, les médias ont un rôle stratégique à jouer dans ce combat. « Les médias peuvent aller au-delà de ce qu’ils font déjà en s’engageant dans un véritable journalisme de développement. Il n’y a rien sans la santé », a-t-il souligné.

« Ce forum marque le lancement d’une dynamique visant à sortir les maladies tropicales négligées de leur invisibilité afin qu’elles soient connues et mieux traitées ». Selon lui, en informant, en sensibilisant et en interpellant les décideurs, les journalistes peuvent contribuer à faire des MTN une priorité politique et sociale, au même titre que les autres grandes maladies.

Organisé par le REMAPSEN, en partenariat avec Speak Up Africa et d’autres partenaires, le forum rassemble au moins 70 journalistes issus de 35 pays africains. Créé en 2020, le réseau compte aujourd’hui plus de 700 journalistes spécialisés en santé et environnement à travers l’Afrique.
Prévu prendre fin ce vendredi 30 janvier 2026, ce forum vise à renforcer les compétences des journalistes, valoriser le leadership africain et démontrer que l’élimination des MTN est un levier fondamental de développement, étroitement lié à l’accès à l’eau potable, à l’assainissement, à l’éducation et à la justice sociale.
À travers cette initiative, le REMAPSEN entend faire des médias africains des acteurs de premier plan, capables de transformer les maladies tropicales négligées de la négligence à la lumière, pour une Afrique plus équitable et en meilleure santé.
Par Hector NAMMANGUE depuis Cotonou pour Vert-Togo





