« Personne ne viendra nourrir l’Afrique à notre place », alerte Ibrahima Coulibaly

Alors que l’Afrique fait face à des défis croissants de sécurité alimentaire, Ibrahima Coulibaly, président du Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA), appelle à un changement de cap.

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Pour lui, l’avenir alimentaire du continent passe par une agriculture mieux financée, des producteurs mieux soutenus et une véritable souveraineté alimentaire. Lors d’une communication, il a appelé les décideurs africains à rompre avec les logiques héritées du passé et à considérer la nourriture comme une question d’identité et de souveraineté.

Son constat est sans détour : « Personne ne viendra nourrir l’Afrique ». Selon lui, les Africains doivent reprendre en main leurs politiques agricoles. « Tout le monde mange trois fois par jour », mais peu font le lien entre l’assiette, la santé, l’avenir des enfants et la stabilité des pays.

Sortir d’un modèle hérité de la colonisation

Ibrahima Coulibaly dénonce la persistance de politiques agricoles qu’il considère comme inspirées du modèle colonial. Pendant la colonisation, les paysans étaient poussés à produire du café, du cacao, du coton ou d’autres cultures destinées aux marchés extérieurs. Selon lui, cette logique n’a pas totalement disparu après les indépendances.

Pour le président du ROPPA, cette logique n’a pas totalement disparu après les indépendances.

« Ce qui est dommage, c’est qu’après nos indépendances, ces politiques ont continué », déplore-t-il, estimant que le déséquilibre entre les revenus des producteurs et les prix de commercialisation témoigne encore de cette dépendance.

Il juge incohérent que l’Afrique exporte des produits agricoles tout en important des denrées de première nécessité. « Ce n’est pas une politique de vendre des cultures d’exportation (…) pour aller acheter du riz en Thaïlande », martèle-t-il.

« Personne ne viendra nourrir l’Afrique »

Pour lui, le continent dispose pourtant des ressources naturelles et des conditions climatiques nécessaires pour produire une grande partie de ce dont ses populations ont besoin.

Le véritable obstacle serait donc moins l’absence de ressources que le manque de décisions politiques courageuses.

« Personne ne viendra régler les problèmes de l’Afrique, personne ne viendra développer l’Afrique, personne ne viendra nourrir l’Afrique », insiste-t-il, appelant les dirigeants à compter sur leurs propres capacités, à construire des consensus et à renforcer leur souveraineté. Cette souveraineté passe notamment, selon lui, par une meilleure mobilisation des ressources financières africaines au profit de l’agriculture.

Taxer davantage pour financer l’agriculture

Ibrahima Coulibaly rejette l’argument selon lequel l’Afrique manquerait nécessairement de moyens pour financer son agriculture.

Il cite les importations qui concurrencent les productions locales, les télécommunications et l’exploitation minière comme des secteurs pouvant contribuer davantage au financement de l’agriculture.

« Il faut taxer les importations qui rentrent en compétition avec nos produits », propose-t-il, évoquant également une meilleure mobilisation des revenus issus de la téléphonie et des ressources minières.

À ses yeux, les financements annoncés restent insuffisants au regard des besoins. Il cite notamment l’objectif de 100 milliards de dollars sur dix ans et questionne sa portée réelle rapportée au nombre de producteurs africains.

Faire de l’alimentation une question d’identité

Interrogé sur la manière de faire comprendre aux décideurs que « la nourriture est notre identité », le président du ROPPA insiste sur une idée centrale : l’alimentation ne doit pas être considérée uniquement comme une marchandise. Elle touche à la santé, à la culture, à l’économie, à la stabilité sociale et à la souveraineté des États.

Dès lors, soutenir les producteurs agricoles doit être considéré comme un investissement stratégique. Subvention des intrants, accès au financement, protection des marchés locaux et valorisation des productions africaines doivent, selon lui, occuper une place plus importante dans les politiques publiques.

Une bataille pour la souveraineté

Au-delà de l’agriculture, Ibrahima Coulibaly estime que le problème est lié à la maîtrise des souverainetés africaines. Les États doivent pouvoir décider de leurs politiques commerciales, fiscales et agricoles en fonction de leurs propres intérêts.

Son message est clair : l’Afrique possède les ressources pour nourrir ses populations, mais elle doit avoir le courage politique de les mobiliser au service de sa souveraineté alimentaire.

Pour le président du ROPPA, cette transformation ne pourra pas être portée par un seul pays. Elle nécessite « une synergie » et une mobilisation à l’échelle du continent pour prendre des décisions collectives et construire un modèle agricole au service des populations africaines.

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