Dans un contexte de dérèglement climatique, de déforestation croissante et d’urbanisation galopante, planter un arbre est plus qu’un acte symbolique. C’est une décision stratégique, qui doit répondre à des critères écologiques, esthétiques, économiques et sociaux. Encore faut-il choisir la bonne espèce au bon endroit, selon les usages, les conditions locales et les besoins des populations.
En milieu urbain, les arbres jouent un rôle capital : ils rafraîchissent l’air, absorbent les polluants, captent le carbone, embellissent les espaces publics et améliorent la qualité de vie. La plantation en ville peut viser plusieurs objectifs : créer des alignements d’arbres le long des avenues, aménager des squares et parcs pour les habitants ou implanter de véritables forêts urbaines, comme l’a fait la commune du Lac 1 avec la forêt urbaine d’Aného.
Dans ce cadre, les espèces choisies doivent être tolérantes à la pollution, peu exigeantes en entretien, résistantes à la sécheresse et compatibles avec les infrastructures. Parmi les plus plantées en zone urbaine, on retrouve le Gaïac (Guaiacum officinale), une espèce à croissance lente mais très résistante, au bois dense et à la floraison ornementale. La Milletia thonningii, en plus de son ombrage généreux, enrichit les sols grâce à sa capacité de fixation de l’azote.
Les palmiers ornementaux, souvent choisis pour leur esthétique, trouvent leur place dans les espaces publics. L’Acajou d’Afrique (Khaya grandifoliola), le Badamier (Terminalia catappa) aux feuilles rouges à l’automne tropical, et le Neem (Azadirachta indica), reconnu pour ses vertus médicinales et sa résilience, sont également très présents.
Dans les concessions familiales, à l’entrée des maisons ou dans les cours, l’arbre devient compagnon du quotidien. On le choisit pour ses fruits, pour l’ombre qu’il procure ou encore pour ses propriétés médicinales.
Il participe au bien-être des familles et peut renforcer la sécurité alimentaire. Parmi les espèces fruitières les plus prisées, on retrouve le Mandarinier (Citrus reticulata) et l’Oranger (Citrus sinensis), le Cocotier (Cocos nucifera), à la fois nourricier, décoratif et source d’artisanat, le Manguier (Mangifera indica), très apprécié pour ses fruits sucrés, ainsi que le Palmier à huile (Elaeis guineensis), au cœur de nombreuses activités économiques domestiques et communautaires.
En zone rurale, la plantation d’arbres répond à une grande diversité de besoins : production de bois, ombrage des cultures, lutte contre l’érosion, amélioration des revenus ou encore valorisation des terres dégradées. On distingue généralement les bois d’œuvre (comme le teck ou le caïcédrat), les bois énergie, les arbres agroforestiers qui enrichissent les sols, et les fruitiers.
Dans les pépinières, les espèces les plus produites sont le Teck (Tectona grandis), recherché pour son bois de qualité, le Caïcédrat (Khaya senegalensis), arbre noble par excellence, l’Eucalyptus (Eucalyptus camaldulensis), à croissance rapide mais gourmand en eau, le Gmelina (Gmelina arborea), utilisé pour les plantations industrielles, le Cassia du Siam (Senna siamea), apprécié pour ses haies vives et sa fertilisation du sol, ainsi que le Fraké (Terminalia superba), l’Acajou d’Afrique et l’Acacia auriculé (Acacia auriculiformis). Le Colatier géant (Cola gigantea), encore sous-exploité, mérite d’être promu pour sa valeur culturelle et économique.
Cependant, une récente étude révèle que les planteurs privilégient massivement les espèces exotiques ou introduites, au détriment des espèces locales. Le teck, l’eucalyptus, le caïcédrat, le gmelina et le fraké dominent les reboisements, notamment à cause de leur rentabilité apparente et de leur croissance rapide. Or, cette prédominance soulève des préoccupations environnementales : les espèces exotiques peuvent perturber les écosystèmes locaux, appauvrir la biodiversité, assécher les nappes phréatiques ou dégrader les sols. Il devient donc urgent de réorienter les politiques de plantation vers les espèces locales, mieux adaptées au climat, plus résilientes, et souvent plus utiles aux communautés.
Il convient notamment de valoriser des essences locales à forte valeur économique et sociale. Le Karité (Vitellaria paradoxa), arbre à beurre, est un pilier des revenus féminins dans de nombreuses zones rurales. Le Néré (Parkia biglobosa), dont les graines sont transformées en soumbala, représente une ressource alimentaire et commerciale cruciale. Le Tamarinier (Tamarindus indica) et le Rônier (Borassus aethiopum) sont également au cœur de pratiques agricoles, artisanales et alimentaires ancestrales. Ces arbres sont au centre de filières de collecte et de transformation assurées en grande partie par les femmes, ce qui en fait des leviers puissants d’autonomisation économique et de lutte contre la pauvreté.
Planter un arbre n’est donc pas un simple acte de reboisement. C’est un geste fondamental de planification territoriale, de résilience climatique, de justice sociale et de développement durable. Il faut penser utilité, durabilité, diversité. Le bon arbre, au bon endroit, pour le bon usage. Car chaque arbre planté avec discernement est un investissement pour le futur : pour la planète, pour nos villes, pour nos campagnes, et surtout pour les communautés qui en vivent et en prennent soin.
Avec la direction des ressources forestières





