Le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a exprimé ce mercredi son profond regret face à l’échec des négociations internationales visant à l’adoption d’un instrument juridique contraignant sur la pollution plastique, notamment dans les milieux marins. « Je regrette profondément que, malgré des efforts sérieux, les négociations visant à parvenir à un instrument international juridiquement contraignant sur la pollution plastique se soient conclues sans consensus », a-t-il déclaré.
Une menace croissante pour l’Afrique
L’absence d’accord constitue un revers majeur, particulièrement pour les pays africains, déjà fortement exposés aux conséquences de la pollution plastique. Selon le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), plus de 4 millions de tonnes de déchets plastiques sont générées chaque année sur le continent, dont une large part finit dans les rivières, les sols et les côtes marines.
Au Togo, la problématique est bien visible sur le littoral de Lomé où les déchets plastiques s’accumulent, affectant les écosystèmes marins, la pêche artisanale et les activités économiques liées à la mer. Dans plusieurs villes de l’intérieur, comme Sokodé ou Kara, la gestion des déchets plastiques demeure également un défi majeur pour les communes, malgré des initiatives locales de recyclage et de valorisation.
Pour Sena Alouka, directeur exécutif de l’ONG Jeunes Volontaires pour l’Environnement (JVE), qui a pris part aux négociations sur le traité du plastique à Genève, la crise mondiale du plastique s’accélère.
« Près de 99 % des plastiques sont fabriqués à partir de combustibles fossiles, principal facteur du changement climatique. Si rien n’est fait, le plastique pourrait consommer un tiers du bilan carbone restant de la Terre. De nouvelles études révèlent des impacts toxiques sur notre corps, notre eau et nos systèmes alimentaires : des micro plastiques présents dans le sang et le lait maternel, aux liens entre les produits chimiques plastiques et le cancer, les perturbations hormonales et les problèmes de fertilité. Il s’agit d’une crise de santé humaine, et pas seulement d’un problème de gestion des déchets », affirme-t-il.
Et d’ajouter : « Il est désormais clair que le monde ne peut pas sortir de la crise de la pollution plastique par le recyclage. Hélas, c’est ce que tentent de défendre les nations pétrochimiques. Leur objectif : ne pas toucher à la production de plastique, mais discuter plutôt de comment mieux gérer les déchets après usage. N’est-ce pas cynique ? »
Un appel à l’action collective
António Guterres a toutefois salué « la détermination des États Membres à poursuivre leurs efforts » et à rester engagés dans ce processus. Pour lui, seule une coopération internationale ambitieuse permettra de parvenir au traité dont « le monde a besoin pour relever ce défi monumental pour les populations et l’environnement ».
En Afrique, plusieurs organisations de la société civile plaident déjà pour une transition vers une économie circulaire. Des initiatives citoyennes et associatives, comme celles portées au Togo par les jeunes volontaires de l’environnement ou encore par des start-ups locales spécialisées dans le recyclage, témoignent d’un engagement croissant des communautés face à ce fléau.
Une opportunité à saisir
Si les négociations internationales piétinent, de nombreux acteurs estiment que l’Afrique doit profiter de cette situation pour accélérer ses propres solutions régionales. La pollution plastique représente non seulement un danger pour la santé publique et la biodiversité, mais aussi une opportunité économique en matière de valorisation des déchets et de création d’emplois verts.
L’appel du Secrétaire général de l’ONU résonne ainsi comme un rappel urgent : la lutte contre le plastique est un combat global, mais l’Afrique et le Togo en particulier ne peut attendre pour agir.





