Face aux défis croissants du changement climatique, de la pêche illégale et de l’insécurité maritime dans le golfe de Guinée, la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) veut faire de l’économie bleue un véritable levier de croissance durable et d’intégration régionale en Afrique de l’Ouest.
Dans un entretien accordé à ASHENEWS en marge du Africa Forward Summit à Kigali, Moubarak Moukaila, Directeur du Département du Financement du Développement Durable de la BOAD, est revenu sur les ambitions du Programme pour un Océan Durable en Afrique de l’Ouest (WASOP), financé à hauteur de 59 millions d’euros par l’Union Européenne.
Selon lui, l’économie bleue ne peut se limiter à l’exploitation des ressources marines. Elle doit avant tout concilier croissance économique, préservation des écosystèmes et amélioration des conditions de vie des communautés côtières.
« Si nous donnons une valeur économique aux écosystèmes à travers l’aquaculture durable ou l’écotourisme, alors tout le monde y gagne : l’économie locale comme la biodiversité », explique-t-il.
Dans cette dynamique, la BOAD affirme consacrer désormais 25 % de son portefeuille global à la résilience climatique, notamment à la protection des écosystèmes côtiers et marins. L’institution s’appuie également sur plusieurs mécanismes internationaux de financement climatique, dont le Fonds Vert pour le Climat (GCF), le Fonds pour l’Environnement Mondial (GEF) et le Fonds d’Adaptation.
Le programme WASOP entend aussi répondre aux préoccupations des communautés de pêche artisanale souvent confrontées aux effets de la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN), qui coûte chaque année plusieurs milliards de dollars à l’Afrique de l’Ouest.
Pour la BOAD, la lutte contre la pêche illégale ne relève pas uniquement de l’environnement, mais constitue également un enjeu économique et social majeur pour les États côtiers.
L’entretien met également en lumière la nécessité d’une meilleure articulation entre économie bleue et sécurité maritime dans le golfe de Guinée, marqué par la piraterie, les trafics et les activités illicites en mer.
À cet effet, la banque régionale mise sur le développement d’infrastructures côtières résilientes, l’utilisation d’outils technologiques de surveillance maritime et le financement d’études de faisabilité climatique afin de rendre les projets côtiers plus attractifs pour les investisseurs.
La BOAD soutient également le projet de « Réseau de Ports Bleus et Verts », destiné à accompagner la transition écologique des ports ouest-africains et à renforcer leur compétitivité dans un contexte de transition climatique mondiale.
Enfin, l’institution insiste sur le rôle stratégique des organisations régionales comme la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) dans l’harmonisation des politiques liées à l’économie bleue afin d’éviter des approches fragmentées entre États membres.
Pour la BOAD, l’avenir des économies côtières ouest-africaines dépendra de la capacité des pays à intégrer la résilience climatique, la gouvernance maritime et les investissements durables dans leurs stratégies de développement.





