Les Déchets d’Équipements Électriques et Électroniques (DEEE) menacent l’environnement et la santé publique des Togolais

Devenus aujourd’hui un phénomène récurrent, les déchets d’équipements électriques et électroniques(DEEE) font désormais partie intégrante des questions quotidiennes de nos sociétés africaines et le Togo n’en est pas épargné. Encore appelés produits d’équipements électriques et électroniques en fin de vie (PEEFV), ces matériels constituent l’ensemble des appareils qui fonctionnent à base du courant électrique.

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Ils représentent un réel problème environnemental et de santé publique. En même temps perçus par les techno-optimistes comme une opportunité pour l’Afrique de s’intégrer dans la révolution informatique, les outils électriques et électroniques sont de véritables sources de préoccupations. Vue les enjeux environnementaux et sanitaires qu’implique cette révolution au Togo, il est donc nécessaire de parler des dangers liés à ces déchets et leur gestion.

Ghislain AKOUETE, la trentaine est un partisan  de l’économie circulaire, il arpente depuis deux mois les déchetteries, les magasins d’informatique ou les maisons des particuliers avec un but : récupérer des disques durs endommagés et s’en servir comme support pour créer toute sorte d’objets créatifs et design, notamment des veilleuses.

« Les matériels électriques et électroniques arrivés en fin de vie, deviennent encombrant pour leurs utilisateurs. La plupart les conservent par pur attachement. D’autres les stockent pour des raisons de réutilisation.  Plus précisément, ces objets sont des téléphones portables et ordinateurs usés, les télévisions gâtées, les faxes, les modems, les réfrigérateurs, les appareils photographiques, les lecteurs MP3 ou MP4, les cuisinières, les micro-ondes, les radios, les ordinateurs, les tablettes numériques les téléphones mobiles, les jouets électroniques des enfants etc… Quand bien même mauvais pour l’environnement, ça fait gagner du pognon. » confie -t-il d’une voix basse, presqu’en murmurant.

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En effet, les pays africains sont marqués ces dernières décennies par des taux de pénétration très remarquables des Technologies de l’Information et de la Communication.

Selon M. GNANE Napo sociologue de la communication, c’est dans le but de combler le fossé numérique qui les sépare des pays développés, qu’ils optent pour une importation massive des appareils électroniques (ordinateurs et téléphones mobiles surtout). « Et ceci a eu pour conséquence une expansion rapide de la consommation des équipements électroniques dans tout le continent » raconte-t-il piteusement.

État des lieux à Lomé

Simon Akpagana,  notre reporter, a tenté de comprendre comment la situation se présente dans la capitale togolaise.
Dans les quartiers de Lomé, les dépanneurs en font des déchets électroniques, des trophées qu’ils collectionnent. On peut retrouver de vieux postes téléviseurs empilés dans leurs ateliers, des amplificateurs éventrés se bronzant au soleil, des plaquettes électroniques, ou tout type d’appareils sans vie, conservés soit négligemment, soit minutieusement.

Des portables vétustes exposés à TP3

Pour bon nombre de réparateurs de la zone portuaire et du centre-ville : «  ces appareils conservés répondent à un besoin de réutilisation ». A l’inverse, ce sont les dépotoirs anarchiques qui deviennent un fourre-tout de ces articles irréparables. On peut observer des grandes personnes, pire encore, des enfants traînés sur ces dépotoirs sauvages à longueur de journée en train de recycler ces déchets ; alors qu’il n’est pas de leur spécialité de le faire.

Chaque jour, des milliers d’articles électriques et électroniques venus d’Europe appelés : « Tout risque » sont déployés dans la zone portuaire de Lomé communément appelé “TP3“. Les distributeurs des équipements électroniques en vendent autant.

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Aujourd’hui, nombreuses sont les personnes qui utilisent les écrans plasmas. Où sont donc passés les anciens écrans cathodiques ? Si ce n’est dans les coins des maisons, ils se retrouveront certainement avec les collecteurs de matériaux ferreux. L’autre question qui doit se poser est celle-ci : existe-t-il une stratégie de collecte et d’élimination de ces déchets en fin de vie qui est mise en place par les acteurs du secteur informel ?

Dans les pays développés, l’État prévoit des coûts de recyclage et d’élimination des DEEE sur les prix de vente de ces appareils. Et les entreprises distributrices prennent soin de sensibiliser et d’expliquer aux clients la nécessité de gérer ces déchets. Une fois le matériel arrivé en fin de vie, la possibilité est offerte aux clients de ramener le déchet à son fournisseur qui saura le gérer. Ce qui est plus sécurisant ainsi.

Absence de cadres juridiques, réglementaires et institutionnels

Au Togo, les utilisateurs sont ignorants et méconnaissent les dangers liés aux déchets électroniques. En 2010, aucun pays africain n’avait adopté de législation nationale spécifique ni aucune autre mesure visant à faire face aux problèmes de gestion écologiquement rationnelle des déchets électroniques. Les choses ont certes évolué depuis lors, mais aujourd’hui, le Togo ne dispose d’aucun instrument juridique spécifique à la gestion des déchets électroniques. Toutefois, il existe un important arsenal juridique relatif à la gestion de l’environnement et des déchets en général dont l’analyse montre que certaines de ces dispositions à caractère général pourraient s’adapter à la gestion des déchets électroniques.

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M. GNANE confirme : « Il n’existe pas de réglementation spécifique à la gestion des déchets électroniques au Togo. Comme l’indique une étude réalisée en Afrique de l’Ouest, l’on retrouve quelques dispositions se rapportant aux déchets électroniques dans les lois régissant les secteurs de l’environnement, de l’eau, des déchets (en général), des substances chimiques et/ou dangereuses, de la santé ou encore de la sécurité ».

Des risques d’intoxications

En réalité, la mauvaise gestion des DEEE pose un réel problème environnemental et de santé publique. On n’est pas sans savoir que les DEEE requièrent des composantes chimiques, très toxiques. Ces substances sont entre autres, le plomb, le cadmium, le mercure, le lithium, le palladium et les retardateurs de flamme… Une fois que ces déchets sont brûlés à l’air libre, ils laissent des substances toxiques dans la nature. Un phénomène qui est légion dans les environs de CIMTOGO. On peut reconnaître dans la périphérie un espace exclusif d’incinération des fils électriques en vue d’en extraire du cuivre. Toute personne qui travaille avec ces déchets est confronté automatiquement aux risques d’être exposé à ces substances. « Ils sont souvent cancérigènes et agissent sur les hormones » soutient Ambroise Kpondzo, Directeur de l’Observatoire Ouest Africaine de Développement (OOAE).

Même précision chez le sociologue GNANE Napo : « les batteries de ces équipements contiennent des substances cancérigènes qui polluent l’air ».

Les DEEE se révèlent donc être de véritables dangers pour l’environnement dans son ensemble et pour la santé humaine. En effet, l’on retrouve dans ces équipements plusieurs composantes nocives pour l’environnement et la santé humaine. Par exemple le verre des écrans et les pointes de soudures des cartes du circuit imprimés contiennent du plomb.

Cette substance provoque des effets chroniques sur les plantes, les animaux et les microorganismes. C’est une substance toxique quel que soit son état. Le plastique que l’on retrouve dans plusieurs parties de ces équipements est une matière toxique lorsqu’elle est chauffée, elle peut endommager les organes vitaux humains.

Le mercure et l’arsenic qui sont employés dans ces équipements électroniques sont très dangereux par inhalation ou par ingestion d’eau et d’aliment qu’ils sont susceptibles de contaminer une fois libérés dans la nature. Le béryllium est un métal gris très léger que l’on peut utiliser comme conducteur, il est toxique au même titre que le mercure et le plomb.

Or à Lomé, les ordures ménagères solides que la municipalité enfouit à la décharge finale (les dépotoirs sauvages d’Agoe-Nyivé) ne sont pas totalement dépourvues des déchets électroniques. Ces ordures qui font l’objet d’enfouissement contiennent encore des déchets électroniques et notamment les batteries qui n’intéressent pas les acteurs du circuit informel de recyclage. Cette pratique d’enfouissement des déchets qui transitent par des décharges à ciel ouvert est une source de pollution de l’atmosphère, des sols, des eaux et même d’infiltration des nappes phréatiques.

A en croire l’expert en sociologie de communication : « la majorité des populations vivant dans la zone d’Agoe-Nyivé où se situe la décharge finale de Lomé utilise comme boisson l’eau des forages qui ne font l’objet d’aucun contrôle sanitaire ».

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Par ailleurs, les cultures de manioc, de maïs ou de tomate que l’on peut observer dans les environs des  décharges, dépotoirs sauvages et lieux d’incinération de certaines composantes électroniques sont donc susceptibles d’être contaminées.

Efforts de gestions des DEEE

Face à ces multiples dangers de grande envergure, il est donc nécessaire de gérer les déchets d’équipements électriques et électroniques. Les dirigeants africains ont cerné l’ampleur de la situation. C’est dans ce sens que la première usine de recyclage des DEEE a ouvert ses portes en fin 2016 dans la ville de Borj Chakir en Tunisie. Le Rwanda, le Nigéria et le Cameroun ont suivi le pas. Au Togo, de petites structures à l’instar de l’Action Sociale pour le Développement Intégral (ASDI), les Études d’Impact Environnemental et Social et les Audits Environnementaux s’efforcent de s’inscrire dans la même logique. Il faut aussi noter que la gestion des déchets est prise en compte dans l’Axe 5 de la Stratégie de Croissance Accélérée et de Promotion de l’Emploi qui constitue aujourd’hui un outil majeur de l’orientation de la politique de développement au Togo.

Possibilité de création d’emplois verts

Mise à part l’aspect négatif de la thématique, il est à admettre que la mise sur pied des filières de collectes et d’éliminations des DEEE va concourir à la création des emplois verts. Des emplois qui permettront d’offrir du travail aux jeunes et de favoriser un éventuel décollage économique de notre pays. C’est donc un secteur d’activité en friche. Dans cette perspective, il serait souhaitable de créer des unités de recyclage approprié des DEEE. Que des actions soient initiées dans le sens de la règlementation du secteur de l’importation et de la commercialisation des équipements électroniques et électriques au Togo. Il faut également procéder à l’élaboration des textes spécifiques à la gestion des déchets électroniques. Sans oublier la recherche des mécanismes d’éducation de la population à des pratiques écologiques responsables et durables vis-à-vis des déchets électroniques. Se faisant, le Togo participera à la protection de l’environnement et du maintien de la santé publique ; deux (02) des objectifs du développement durable.


Hector Nammangue/Simon Akpagana

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