Après avoir posé les bases d’une stratégie nationale de décarbonation, l’industrie cimentière togolaise entre dans une nouvelle étape : transformer les orientations définies pour 2050 en actions concrètes. En juin 2025, les principaux acteurs de la filière ciment au Togo s’étaient réunis autour de CIMTOGO, chef de file de cette démarche, pour travailler à l’élaboration d’un cadre national de décarbonation du secteur.

Ce travail a été accompagné par plusieurs partenaires techniques, notamment le Climate Technology Centre and Network (CTCN) des Nations unies, l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) et la Global Cement and Concrete Association (GCCA), avec l’expertise du cabinet Cementis.
Trois jours pour passer aux plans d’action
Quelques mois après ce premier travail stratégique, les acteurs de la filière se retrouvent donc à partir de ce mardi 29 septembre 2026 au siège de CIMTOGO. Pendant trois jours, les échanges porteront sur les moyens de transformer les orientations retenues à l’horizon 2050 en plans d’action opérationnels.
La cérémonie de lancement a été présidée par le Prof. Komla Dodzi Kokoroko, ministre de l’Environnement, des Ressources forestières, de la Protection côtière et du Changement climatique, qui a officiellement donné le coup d’envoi des travaux.
À ses côtés, plusieurs acteurs institutionnels et professionnels ont pris part à cette rencontre, parmi lesquels Gbloekpo Koamy GOMADO, ministre délégué auprès du ministre de l’aménagement du territoire chargé du développement local, ainsi que les représentants des entreprises et organisations engagées dans la transformation du secteur cimentier.

Pour Laurent Grimmeissen, Managing Partner du cabinet Cementis, plusieurs solutions sont déjà disponibles et pourraient être mises en œuvre à court terme. Il rappelle d’abord une distinction importante : « Le ciment n’est pas le pollueur. C’est l’un de ses constituants, le clinker, qui est à l’origine d’une part importante des émissions de CO₂. »
La réduction de la proportion de clinker dans le ciment constitue ainsi, selon lui, l’un des leviers les plus immédiatement mobilisables. Il cite notamment un nouveau type de ciment développé par la professeure Karen Scrivener de l’EPFL, qui permettrait de réduire les émissions d’environ 40 %.
Une perspective particulièrement intéressante pour le Togo, selon l’expert, puisque le pays disposerait des matières premières nécessaires à la production de ce type de ciment à un coût économiquement viable. « C’est, encore une fois, un levier immédiatement disponible », souligne Laurent Grimmeissen.
Transformer les déchets en énergie
Autre piste mise en avant : l’utilisation des déchets comme combustibles dans les fours cimentiers. Il peut s’agir aussi bien de déchets issus de la biomasse agricole que de déchets municipaux. Cette approche permettrait de répondre simultanément à deux enjeux : réduire la quantité de déchets destinée aux décharges et diminuer le recours aux combustibles fossiles traditionnels.

« Utiliser ces déchets dans les fours est quelque chose qui se fait en Europe de manière tout à fait standard », explique Laurent Grimmeissen.
Selon lui, cette solution peut également contribuer à réduire les émissions de CO₂, notamment grâce à l’utilisation de la biomasse et de déchets municipaux en remplacement de combustibles conventionnels comme le charbon ou le pétrole.
Pour le Togo, où la gestion des déchets constitue encore un défi important, cette piste pourrait ainsi créer une passerelle entre gestion des déchets et décarbonation industrielle.
La capture du carbone, une solution à plus long terme
La capture du carbone fait également partie des solutions envisagées pour atteindre les objectifs de neutralité carbone à l’horizon 2050. La technologie existe déjà, mais son coût reste aujourd’hui un obstacle à son déploiement dans les pays de la région.
« C’est une technologie qui existe, mais qui reste aujourd’hui économiquement non viable pour les pays de la région », reconnaît Laurent Grimmeissen.
L’échéance de 2050 laisse toutefois du temps pour faire évoluer les technologies et les conditions économiques. L’expert espère ainsi que cette solution pourra progressivement devenir accessible.
Passer des orientations aux plans d’action
L’objectif de l’atelier organisé pendant trois jours chez CIMTOGO est précisément de déterminer comment ces différentes solutions peuvent être adaptées et mises en œuvre au Togo. Il ne s’agit donc plus seulement d’identifier les technologies disponibles, mais aussi d’évaluer leur faisabilité, les investissements nécessaires, les acteurs à mobiliser et les étapes de leur déploiement.

Pour Ebenezer Somuah, Directeur général du cimentier allemand CIMTOGO, cette transformation relève d’une responsabilité partagée. « Nous, en tant que producteurs de ciment, émettons du CO₂ et nous avons donc la responsabilité de prendre les mesures nécessaires pour le réduire », a-t-il déclaré.
Aussi poursuit-il « Mais l’industrie de cimenterie ne pourra pas avancer seule d’où l’étroite collaboration avec le Gouvernement et les autres parties prenantes afin de définir une trajectoire commune. Heidelberg Materials Togo travaille déjà sur plusieurs solutions, notamment l’installation de panneaux solaires, l’utilisation de combustibles alternatifs et le développement envisagé d’une plateforme permettant de transformer les déchets en énergie »
Une nouvelle étape pour l’industrie cimentière
Après le diagnostic et la définition des grandes orientations, les acteurs de la filière s’attaquent désormais à une question essentielle : quelles actions mettre en œuvre, avec quels moyens et dans quels délais ?
À travers cette démarche, le Togo cherche à construire une trajectoire de décarbonation adaptée aux réalités de son industrie cimentière, tout en explorant les solutions déjà disponibles et celles qui pourraient devenir accessibles d’ici 2050.
Du clinker aux déchets, des énergies renouvelables à la capture du carbone, plusieurs pistes sont désormais identifiées. Les travaux engagés chez CIMTOGO doivent permettre de commencer à les traduire en actions concrètes.





