Face aux effets du changement climatique, les producteurs agricoles ne peuvent plus continuer à travailler exactement comme par le passé. Pour Alexandre Pitassa, chef division de l’agriculture durable et de la protection de l’environnement à l’ONG Centre d’Action pour le Développement Rural (CADR), l’évolution du climat impose une transformation des pratiques agricoles.
« Quand la musique change, la danse aussi doit changer », résume-t-il. Selon lui, les conditions dans lesquelles les agriculteurs produisaient il y a 10, 15 ou 20 ans ne sont plus les mêmes aujourd’hui. La pluviométrie évolue, les sols se dégradent et l’accès aux terres agricoles devient de plus en plus complexe.
Dans ce contexte, le producteur doit apprendre à s’adapter et surtout à éviter de reproduire systématiquement les mêmes pratiques. Le recours aux engrais de synthèse ou aux semences hybrides ne peut, à lui seul, résoudre les difficultés auxquelles l’agriculture est confrontée.
Alexandre Pitassa encourage ainsi les producteurs à s’intéresser davantage à l’agroécologie. Il estime que, même lorsque l’abandon total des intrants de synthèse n’est pas immédiatement possible, leur combinaison avec des intrants organiques peut constituer une première étape.
« À défaut d’adopter de façon systématique l’agroécologie, les gens peuvent au moins combiner les deux pour commencer », conseille-t-il, insistant sur l’importance de préserver la vie et la fertilité des sols.
Pour le responsable de l’ONG CADR, l’agroécologie a déjà démontré son potentiel. Mais sa réussite nécessite des moyens et un accompagnement adaptés. Les producteurs ne peuvent pas être invités à changer leurs pratiques sans bénéficier des ressources et de la main-d’œuvre nécessaires pour réussir cette transition.
L’adaptation passe également par une meilleure utilisation des données météorologiques. Les producteurs doivent désormais tenir compte des informations climatiques pour planifier leurs activités agricoles et mieux anticiper les aléas.
Le travail collectif est également présenté comme une réponse importante. En se regroupant, les agriculteurs peuvent mutualiser leurs efforts, s’entraider et exploiter de plus grandes superficies tout en réduisant certaines contraintes liées à la production individuelle.
Autre enjeu : la santé des producteurs. Certaines pratiques agricoles, notamment l’utilisation de produits chimiques, peuvent exposer les agriculteurs à des problèmes de santé. Or, ceux-ci ne disposent pas toujours des moyens nécessaires pour prendre en charge les conséquences de ces risques.
Pour Alexandre Pitassa, l’adaptation n’est donc plus une option. « Soit on s’adapte, soit on meurt », affirme-t-il, appelant à un véritable changement de mentalité dans le monde agricole.
Alors que les pouvoirs publics commencent à promouvoir davantage les pratiques et les aides agroécologiques, le défi consiste désormais à accompagner concrètement les producteurs pour qu’ils puissent produire autrement, préserver leurs sols et mieux résister aux effets du changement climatique.
Par Hector NAMMANGUE de retour de Kpalimé pour Vert-Togo





