La fiscalité verte, un levier stratégique pour faire face aux chocs climatiques

Face à l’intensification des chocs climatiques en Afrique , sécheresses récurrentes, inondations, irrégularité des saisons agricoles et dégradation des terres  les États sont confrontés à une double pression : protéger leurs populations tout en préservant l’équilibre de leurs finances publiques.

vert-togo2
vert-togo

Dans ce contexte marqué par des besoins croissants d’investissement pour l’adaptation et la résilience, la question des mécanismes innovants de financement devient centrale. C’est dans cette dynamique que s’inscrit la politique fiscale sensible au climat, un instrument qui intègre les enjeux environnementaux dans la politique budgétaire afin de mobiliser des ressources, réguler les comportements et renforcer la coopération régionale.

Interrogé par Vert-Togo sur le sujet, Peguewinde Rodolphe Bance, Head of the African Capacity Building Foundation (ACBF) Nairobi Office, a indiqué que cette approche présente des avantages à trois niveaux stratégiques pour les pays africains.

Selon l’expert, le premier enjeu est celui du financement. Les économies africaines ont besoin d’investissements massifs pour faire face aux impacts du changement climatique.

 « À travers des réformes d’une fiscalité sensible au climat, nous pouvons engranger de nouvelles recettes pour pouvoir financer ces besoins », explique Peguewinde Rodolphe Bance.

 Les instruments tels que les taxes carbone ou les prélèvements sur les activités fortement polluantes permettraient ainsi de générer des ressources additionnelles. Ces recettes pourraient être orientées vers le renforcement des infrastructures résilientes, la transition énergétique ou encore la protection des secteurs les plus exposés, notamment l’agriculture.

Le deuxième avantage, poursuit-il, réside dans la capacité de la fiscalité verte à réguler les comportements. En intégrant une dimension environnementale dans la politique fiscale, l’État peut influencer les choix économiques des entreprises et des ménages. « La politique fiscale sensible au climat peut aussi réguler les comportements en limitant les pratiques néfastes en matière de pollution et d’émissions », indique-t-il.

 En rendant plus coûteuses les activités polluantes, les pouvoirs publics encouragent l’innovation, les technologies propres et des modes de production plus durables. La fiscalité devient alors un levier de transformation structurelle de l’économie.

Le troisième niveau d’intérêt concerne la coopération régionale. Le changement climatique ne connaît pas de frontières et ses effets se propagent au-delà des territoires nationaux.

« Les effets des gaz à effet de serre ne regardent pas les frontières ; ils vont au-delà. Réunir les pays pour réfléchir permet de dégager une politique commune africaine sur la fiscalité verte », affirme Peguewinde Rodolphe Bance.

Une harmonisation des politiques fiscales climatiques à l’échelle régionale permettrait d’éviter les déséquilibres entre États et de renforcer la position du continent dans les négociations internationales sur le climat.

L’expert met particulièrement l’accent sur le secteur agricole, pilier économique de nombreux pays africains. Avec une forte population active dépendante de l’agriculture, les effets du changement climatique sur les cultures ont des répercussions directes sur l’emploi et la sécurité alimentaire.

 « Si les changements climatiques affectent la production agricole, cela impacte gravement le niveau d’emploi et la productivité », souligne-t-il. Une fiscalité orientée vers la réduction des émissions et la gestion durable des ressources contribuerait à améliorer les rendements, optimiser l’efficacité de la main-d’œuvre et stabiliser les revenus ruraux.

De plus, les recettes issues des taxes carbone pourraient être réaffectées au soutien des politiques agricoles, notamment pour promouvoir des pratiques durables et le reboisement, ce qui améliorerait également le cadre de vie et l’environnement.

À travers cette analyse, Peguewinde Rodolphe Bance met en évidence le potentiel transformateur de la politique fiscale sensible au climat. Au-delà d’un simple outil budgétaire, elle apparaît comme un instrument stratégique capable de financer la transition écologique, d’encourager des comportements responsables et de consolider l’intégration africaine face aux défis climatiques mondiaux.

- Publicité -spot_img

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

lire la suite

Articles récents