Lors d’un webinaire organisé ce mardi 22 avril 2025 par Corporate Accountability and Public Participation Africa (CAPPA), Kwami Kpondzo, directeur exécutif du Centre pour la Justice environnementale (CJE Togo), a livré une critique sans concession des soi-disant solutions climatiques portées par les grandes institutions, notamment les marchés carbone.
Intervenant sur le thème « Communication : changement climatique, réalités, impacts et nécessité d’agir », l’acteur de la société civile a dénoncé la manière dont certains mécanismes internationaux, présentés comme des outils de lutte contre le réchauffement, servent en réalité à perpétuer les logiques de pollution industrielle. « Les marchés carbone sont un miroir aux alouettes. Ils offrent aux pollueurs un permis légal de continuer à émettre du CO₂, sous prétexte de compensation », a-t-il affirmé.
Selon lui, le fonds pour les pertes et dommages logé à la Banque mondiale incarne également cette ambiguïté. « On ne sait toujours pas si ce fonds atteindra vraiment les communautés en première ligne face aux impacts climatiques. C’est inquiétant. »
Plus qu’une critique, son intervention a été une invitation à la lucidité : « Il faut ouvrir les yeux sur ces soi-disant solutions. Elles sont fausses parce qu’elles ne s’attaquent pas à la racine du problème. »
Un système qui perpétue les inégalités climatiques
Le Directeur du CJE-Togo a décortiqué le fonctionnement des marchés carbone, où les pays et les entreprises peuvent acheter des « crédits » d’émission pour compenser leur pollution. « En résumé, on met un prix sur le CO₂. Ceux qui polluent beaucoup peuvent continuer à le faire, tant qu’ils paient. Ceux qui polluent peu peuvent vendre leur droit à ne pas polluer. C’est un mécanisme de troc absurde et profondément injuste », a-t-il déclaré.
Prenant l’exemple d’une entreprise européenne qui achète des crédits au Togo, il dénonce une logique néocoloniale : « Cela revient à dire : je pollue ici, toi tu absorbes là-bas. C’est moralement inacceptable et scientifiquement inefficace. »
Pour le militant togolais, la véritable action climatique ne peut être différée ni déléguée à des calculs financiers. « Si nous voulons réduire les émissions, il faut agir à la source. Cela signifie : arrêter de brûler des énergies fossiles, stopper la déforestation, laisser le pétrole dans le sol. C’est une équation simple. Si je ne veux pas que l’eau coule, je ferme le robinet. »
Il remet en cause le double discours des grandes puissances qui, tout en négociant des accords internationaux comme à la COP26 à Glasgow, trouvent dans les marchés carbone un moyen de retarder la transition. « C’est une distraction organisée. Elle détourne l’attention du public pendant que les entreprises continuent à faire des profits en détruisant le climat. »
À l’heure où le continent africain subit de plein fouet les conséquences du changement climatique, Kwami Kpondzo appelle à une mobilisation critique : « Les communautés doivent refuser les fausses solutions et revendiquer une justice climatique réelle, fondée sur la réduction directe des émissions et la protection des écosystèmes. »





