Énergie verte  : Banyatiène Djagba mise sur les femmes pour protéger les forêts

Sensibiliser les communautés à la protection des forêts ne passe pas toujours par les discours. Ancienne forestière du ministère de l’Environnement, aujourd’hui à la retraite, Banyatiène Djagba  coordonne les coopératives féminines au sein de l’Association les Amis de la Planète Vivable (APV-Togo). Son expérience de terrain lui a montré qu’en milieu rural, les initiatives économiques peuvent aussi servir de point de départ à une mobilisation en faveur de l’environnement.

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À travers une expérience autour de la fabrication de foyers améliorés, elle raconte comment des femmes se sont organisées autour d’une activité génératrice de revenus, avant de développer des initiatives d’épargne, de production de plants et de reboisement.

Vert-Togo : Pouvez-vous vous présenter ?

Banyatiène Djagba : Je suis Banyatiène Djagba, forestière du ministère de l’Environnement à la retraite. Je suis également coordinatrice des coopératives féminines au sein de l’Association les Amis de la Planète Vivable (APV-Togo). Mon expérience dans le domaine forestier et mon engagement auprès des communautés m’ont amenée à travailler particulièrement avec les femmes sur les questions environnementales et les activités génératrices de revenus.

VTG : Comment êtes-vous arrivée à travailler avec les communautés sur les questions environnementales ?

B.D : Tout est parti d’un atelier de formation organisé à Kpalimé par des femmes du ministère de l’Environnement sur le rôle des femmes dans les enjeux environnementaux. Nous avons appris comment les femmes pouvaient contribuer à la protection de l’environnement et sensibiliser à leur tour dans leurs communautés. On nous a également encouragées à accompagner les femmes dans la mise en place de coopératives et dans la création de forêts communautaires, dont elles pourraient tirer profit, notamment à travers le bois mort.

Banyatiène Djagba, forestière du ministère de l’Environnement à la retraite.

Au début, j’étais hésitante, parce que je savais qu’il n’était pas facile de lancer une nouvelle activité. J’ai ensuite rencontré un acteur venu d’un autre pays qui faisait le même travail. Je me suis alors dit, pourquoi quelqu’un venu de l’extérieur devrait-il mener seul ce combat ? Puisque j’avais aussi des connaissances dans ce domaine, pourquoi ne pas m’engager ? C’est ainsi que nous avons commencé à travailler ensemble.

VTG : Quelle a été votre première grande leçon sur le terrain ?

B.D : J’ai rapidement compris que sensibiliser les populations est beaucoup plus complexe qu’on peut l’imaginer. On peut expliquer l’importance des forêts, parler de la dégradation de l’environnement et encourager les changements de pratiques. Mais dans leur quotidien, les personnes ont aussi des préoccupations économiques comme trouver un revenu, nourrir leur famille et répondre à leurs besoins. Si ces difficultés restent les mêmes, le message peut avoir du mal à passer.

VTG : Comment avez-vous alors adapté votre approche ?

B.D : L’expérience des foyers améliorés nous a beaucoup aidés. Avec l’Association les Amis de la Planète Vivable (APV-Togo), en partenariat avec l’Agence d’appui aux initiatives de base (AGAIB), nous avons mis en œuvre un projet de fabrication de foyers améliorés à Pagala et Tadjan.

Nous avons constaté que certaines femmes étaient déjà impliquées dans la carbonisation et la recherche du bois de chauffe. Nous avons donc cherché, avec elles, une alternative qui puisse répondre à leurs réalités économiques tout en contribuant à réduire la pression sur les ressources forestières.

Des femmes ont été formées à la fabrication de foyers améliorés. Une fois formées, elles fabriquaient à leur tour ces foyers pour d’autres ménages et étaient rémunérées pour ce travail. Cette activité leur permettait non seulement de générer des revenus, mais aussi de sensibiliser les ménages auxquels elles fournissaient les foyers aux enjeux liés à la protection des forêts et à l’utilisation de l’énergie.

VTG : Pourquoi les foyers améliorés ont-ils constitué un bon point de départ ?

B. D : Parce qu’ils répondaient à une préoccupation concrète. Je le dis souvent que dans le milieu rural, avant qu’on t’écoute, il faut amener au moins un job.

Quand une personne dispose d’une activité qui lui permet de gagner un revenu, elle peut davantage s’investir dans une dynamique collective. À partir de cette activité, nous pouvions ensuite travailler sur l’organisation, la coopérative, l’épargne et le reboisement.

L’activité génératrice de revenus a donc servi de point de départ à une dynamique portée par les femmes elles-mêmes autour d’autres questions environnementales.

VTG : Quelles initiatives les femmes ont-elles développées à partir de cette expérience ?

B. D : Au départ, il s’agissait de fabriquer des foyers améliorés. Ensuite, les femmes se sont organisées et ont commencé à épargner une partie de leurs revenus.

Avec cet effort d’épargne et un appui de l’APV-Togo, elles ont acquis un hectare de terre destiné à la création d’une forêt communautaire. Aujourd’hui, le site est reboisé. Elles produisent également des plants, à la fois pour leur propre site de reboisement et pour les vendre.

VTG : Qu’est-ce qui reste difficile dans la pérennisation de ces initiatives ?

B. D : Il faut continuer à soutenir les dynamiques locales. Lorsque les financements s’arrêtent, il peut être difficile de maintenir certaines activités. C’est pourquoi il est important que les initiatives développées par les communautés puissent progressivement devenir autonomes et générer leurs propres revenus.

VTG : Que vous amène votre expérience à recommander aux acteurs de la sensibilisation environnementale ?

Il faut davantage tenir compte des réalités économiques des communautés, surtout en milieu rural. Il faut soutenir les initiatives qui permettent aux personnes de s’organiser, de développer leurs activités, de se former et de porter elles-mêmes les actions environnementales dans la durée.

La sensibilisation reste importante, mais elle ne doit pas être isolée. Elle doit être accompagnée d’actions concrètes et laisser de la place à l’initiative des communautés.

Lorsqu’une activité répond à un besoin économique tout en contribuant à la protection de l’environnement, on a davantage de chances de créer une adhésion durable.

Interview réalisée par Akissa Yotou-Assenouwe

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