Énergie en Afrique de l’Ouest : Entretien avec M. Oumar TEMBELY, Directeur du Département Énergie et Ressources Naturelles de la BOAD

Dans un nouvel épisode du podcast « La Parole aux Experts », M. Oumar TEMBELY, Directeur du Département Énergie et Ressources Naturelles à la Banque Ouest Africaine pour le Développement (BOAD) nous dévoile les défis énergétiques auxquels fait face l’Afrique de l’Ouest et les efforts déployés pour améliorer l’accès à l’énergie dans la région. Entretien!

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L’accès à l’énergie est crucial pour le développement des pays membres de l’UEMOA, influençant directement l’éducation, la santé et la croissance économique. Vous avez souligné que l’Afrique de l’Ouest possède un immense potentiel énergétique, tant conventionnel que renouvelable. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette richesse et les défis associés ?

Absolument. L’Afrique de l’Ouest regorge de ressources énergétiques considérables, allant du pétrole et du gaz aux énergies renouvelables comme le solaire et l’hydroélectricité. Par exemple, le Niger possède un important potentiel en charbon, en uranium et en gaz naturel, tandis que des découvertes récentes en Côte d’Ivoire et au Sénégal montrent des réserves significatives de pétrole et de gaz. En parallèle, la région bénéficie d’une irradiation solaire élevée, de ressources hydroélectriques importantes et d’un potentiel éolien prometteur.

Cependant, malgré cette richesse, l’accès à l’énergie reste un défi majeur. En 2021, plus de 560 millions de personnes en Afrique subsaharienne, soit environ 80% des populations sans électricité dans le monde, se retrouvaient dans cette situation. Pour l’UEMOA, environ 77 millions de citoyens n’ont pas accès à l’électricité, en raison de plusieurs contraintes telles que les faibles taux d’accès, les coûts élevés de production et le manque d’investissements.

Quels investissements sont nécessaires pour amorcer une révolution énergétique en Afrique de l’Ouest et répondre à l’urgence de l’énergie pour tous ?

L’Afrique a besoin d’un financement d’environ 25 milliards de dollars par an, soit moins d’1% des investissements mondiaux dans le secteur énergétique. La BOAD, avec la BCEAO et la Commission de l’UEMOA, a lancé plusieurs initiatives pour améliorer l’accès à l’énergie.

Parmi celles-ci, l’initiative régionale pour l’énergie durable et la stratégie de développement des pôles énergétiques visent à valoriser les ressources énergétiques abondantes. Cette stratégie cherche à réaliser des économies d’échelle et à créer des marchés régionaux pour optimiser les flux énergétiques entre les pays. La Banque mondiale estime qu’un marché énergétique unifié pourrait permettre d’économiser plus de 5 milliards de dollars par an et d’attirer davantage d’investissements.

Pouvez-vous nous donner un aperçu des actions entreprises par la BOAD dans le cadre de son plan stratégique DJOLIBA ?

Le plan DJOLIBA de la BOAD se concentre sur l’augmentation de la capacité de production énergétique, avec un objectif de 380 MW d’ici 2025, dont 39% devraient provenir de sources renouvelables. À la fin de 2023, la BOAD avait déjà ajouté plus de 235 MW à l’économie de l’UEMOA, dont 42% étaient d’origine renouvelable. Les projets notables incluent des centrales solaires au Togo et au Mali, ainsi que des barrages hydroélectriques. Ces initiatives sont essentielles pour répondre aux besoins énergétiques croissants et soutenir le développement durable dans la région.

Enfin, en dépit des exigences pour réduire les émissions, pensez-vous que l’exploitation des ressources fossiles est nécessaire pour satisfaire les besoins énergétiques de la population ?

Il est crucial de réduire l’usage des énergies fossiles tout en exploitant les ressources disponibles de manière responsable. Le gaz, par exemple, peut jouer un rôle clé dans le développement industriel de l’Afrique, mais il est important de minimiser les impacts environnementaux et sociaux. L’Afrique, bien que modeste contributrice aux émissions de gaz à effet de serre, est fortement affectée par les changements climatiques. L’utilisation judicieuse des ressources fossiles, associée à une transition vers des énergies renouvelables, est essentielle pour un développement durable et résilient.

Des progrès significatifs ont été réalisés pour améliorer l’accès à l’énergie en Afrique de l’Ouest, mais il reste encore beaucoup à faire. Il est impératif de concentrer les efforts sur des solutions innovantes qui garantissent une énergie durable, abordable et fiable pour les populations les plus vulnérables.

Interview transcrite par Hector NAMMANGUE

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