Selon les résultats d’une étude réalisée par la Chambre du Commerce et d’Industrie du Togo (CCIT), 71,93% des entreprises togolaises (petites et moyennes) sont frappées de plein fouet par les soubresauts sociopolitiques depuis le début des manifestations publiques du19 août dernier. Cette situation ne laisse personne indifférente, surtout pas les Organisations de la Société Civile (OSC). Dans ce registre, s’il y a bien une OSC qui s’illustre de part ses actions pour tant soit peu réduire les impacts des manifestations publiques sur les activités économiques des entreprises, c’est bien le Collectif des Jeunes pour le Développement (CJD). Par la voix de son Vice-président, cette Organisation de la Société Civile est revenue sur la crise politique qui secoue le pays ainsi que ses corollaires. Orphée Adom, puisque c’est de lui qu’il s’agit, s’est confié à la rédaction de Vert-Togo.
Vert-Togo : Que pense le Collectif des Jeunes pour le Développement (CJD) de la faillite des jeunes entreprises suite aux manifestations politiques que le pays a enregistrées ces derniers mois ?
Orphé Adam : Le Collectif des Jeunes pour le Développement (CJD) a eu écho de cette situation et nous avons tiré la sonnette d’alarme depuis le mois de septembre et d’octobre où nous relevons déjà les impacts des troubles socio-économiques sur notre économie et sur les acteurs économiques qui s’avèrent être des partenaires de notre développement.
Nous avons également senti la répercussion négative de cette situation économique sur nous au CJD. Car nous travaillons avec des partenaires, ce sont des partenaires d’investissement. Nous avons un réseau d’affaire que ce soit en Afrique ou sur les autres continents et lorsque les troubles socio-économiques ont débuté en mi-août 2017, nous étions les premiers à faire cette alerte.
Nos partenaires s’inquiétaient et il faut préciser que les manifestations du 05 octobre 2017 qui avaient pour nom ‘’la marche de la colère’’ ont été un tournant décisif dans l’histoire de l’économie du Togo. Nous avons suite à cela, expliqué les impacts de cette crise à nos partenaires économiques, pour montrer le côté caché de ces marches dites non-violentes ; ceci dit, nous avons organisé des reportages et tenu des ateliers de sensibilisation sur les répercussions de cette crise.
Nous déplorons amèrement d’ailleurs cette situation que traverse ces jeunes entreprises togolaises qui ont été obligées de plier bagages. Dans la foulée, l’hôtel Palm Beach avait fermé ses portes. Avec la fermeture de cet hôtel, c’était devenu vraiment l’alerte rouge. Il y avait quelque chose qui n’allait pas et pour cela il fallait sensibiliser sur la situation, le ministre des Finances et le président de la CCIT (Chambre du Commerce et de l’Industrie du Togo, ndlr) sont sortis tour à tour pour faire comprendre la situation aux populations togolaises en passant par le biais des professionnels des medias car notre pays sortait déjà de six (06) mois de crise et il venait de perdre près de 100 milliards de manque à gagner dans les recettes fiscales et pour cela nous ne sommes pas non plus restés indifférents et nous avons demandé qu’il y ait une prise de conscience et qu’on limite les dégâts , parce que souvent ce sont les plus fragiles qui sont frappés par les troubles sociopolitiques.
Vous savez, l’économie d’un pays est tenue par les petites entreprises mais pour que celles-ci existent, il faut qu’elles aient besoin de l’état ou des marchés publics. Ces petites entreprises ont besoin de sous-traiter avec les grandes entreprises et lorsque les grandes entreprises plient bagages, cela a un impact direct et important sur elles et sur les moyennes entreprises. Cet impact engendre à son tour de multiples conséquences comme l’augmentation du taux de chômage, une chose qui interagit sur la jeunesse togolaise et pour cela, nous avons attiré l’attention des partis politiques afin de prendre toutes leurs responsabilités pour que le Togo soit libéré et qu’il retrouve son envol socio-économique d’avant. Vous savez qu’avant le 19 août 2017 notre pays faisait une croissance au-delà de cinq (05) points à 05,4% et six(06) mois plus tard, cela a chuté à 4,4% portant d’ailleurs sur les pertes fiscales que nous avons observées.
En tant qu’Organisation de la Société Civile, nous avons organisé des ateliers de sensibilisation sur les divers modèles de revendication, nous l’avons fait déjà avec des centrales syndicales et nous avons prévu le faire avec les acteurs politiques pour dire qu’il y a des modèles de revendications qui ont moins d’impacts économiques que d’autres. Avec les centrales syndicales, nous avons discuté de certains modèles de revendication qui ont cours dans le monde.
Et surtout chez nous au Togo le meilleur moyen de revendication qui ne pourrait pas enclencher des répercussions négatives, c’est le dialogue. Le dialogue social, nous le recommandons vivement aux politiques que d’aller vers l’affrontement, car ce sont les seuls modèles qui ont moins d’impacts socio-économiques. Il ne faut pas que cette diarrhée subsiste.
Vert-Togo : Le CJD pense t-il mener des actions à l’endroit de ces jeunes entreprises ?
Orphéé Adom : Le CJD compte plus d’une cinquantaine de partenaires et ces partenaires sont frappés de plein fouet par ces marches. Oui, nous sommes conscients. Oui, nous avons déjà entrepris des actions dans ce sens pour les sensibiliser. Les premiers responsables ont fait des déplacements que ce soit au Niger, que ce soit au Bénin, que ce soit dans les pays frontaliers ou en Europe pour pouvoir encourager ces partenaires à rester dans notre pays en continuant à faire confiance à la paix qui y règne parce que nous avons dit que nous nous engageons à entretenir cette paix et nous y parviendrons par tous les moyens nécessaires et surtout légaux à notre disposition .
Ce que nous pourrons aussi faire, c’est de les encourager, de les entretenir et faire des plaidoyers pour ces entreprises. Nous nous réjouissons que le chef de l’Etat togolais ait pris, dans son allocution à la nation, la décision d’octroyer jusqu’à 20% des marchés publics aux jeunes et aux femmes. Nous avons interpellé les autorités et ils nous ont entendus mais nous continuons à demander aux autorités d’être toujours soucieux du bien-être de ces entreprises fragiles. Il y a certains de nos partenaires qui sont partis du Togo pour investir ailleurs à cause de cette crise. Nous aurions aimé qu’ils continuent à nous faire confiance mais ceux qui sont demeurés, nous tenons à les remercier. Nous les encourageons à rester et nous sommes prêts à tout faire pour les accompagner. Nous avons eu aussi à faire des rencontres avec les membres de la diaspora et nous allons continuer par le faire pour qu’eux aussi prennent leur part active dans le développement de notre pays et qu’ils ne se laissent pas aller aux actes irresponsables comme la destruction des biens publics.
Malgré tout, faut-il le reconnaitre, notre pays n’est pas resté dans une posture si sclérotique qu’on pourrait imaginer. On peut aussi parler des atouts du Togo, et la dernière étude de la CNUCED dit bien que notre chère nation est classée deuxième derrière l’Afrique du sud et cela doit faire la fierté des Togolais car cela va de l’intérêt de tous. Notre port a connu également une amélioration très accélérée depuis 2010. Il y a des choses qui sont faites, il faut avoir le courage de le reconnaître et de le voir. Le Togo progresse et peut prendre la place de l’Afrique du sud dans la classification du CNUCED. Certes, c’est insuffisant comme partout d’ailleurs mais il faut admettre que des choses se font et cela est contraire à ce que nous les Togolais en interne nous pensons. Ailleurs, les gens n’apprécient pas seulement notre paix mais notre dynamisme.
Propos recueillis par Hector Nammangue





