Alors que la COP 29 touche à sa fin, un mélange de déception et de prudence marque les réactions des délégations des pays du Sud. Les pays développés se sont engagés à financer 300 milliards de dollars par an pour soutenir la transition écologique des pays en développement. Si cet accord représente une avancée, il est largement en deçà des 1 300 milliards de dollars demandés par les pays pauvres d’ici 2035 pour combattre efficacement les impacts du réchauffement climatique.
A ce propos, le groupe des négociateurs africains à la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP29) a qualifié vendredi 22 novembre d’« inacceptable » la proposition fixant à 250 milliards USD par an la contribution des pays développés aux financements climatiques pour les pays en développement d’ici 2035.
« L’Afrique quitte Bakou avec réalisme et résignation, car les progrès #COP29 sont loin d’être à la hauteur de nos espoirs. Si l’Afrique perd, le monde perdra ses minéraux, sa biodiversité et sa stabilité. Les 300 milliards de dollars par an d’ici 2035 sont trop peu, trop tard pour un continent confronté à la dévastation climatique tout en contribuant le moins aux émissions», a lancé M. Ali. D. Mohamed , l’envoyé spécial pour le climat du président du Kenya, William Ruto.
Avant de poursuivre « L’Afrique a été très claire sur les chiffres. Nous estimons que 1,3 billion de dollars US est le montant qu’il faut mobiliser, mais nous avons également donné un chiffre pour les provisions, nous avons dit que cela devrait être d’au moins 600 milliards de dollars US [chaque année] , sur le nouvel objectif collectif quantifié ».
Simon Stiell, secrétaire exécutif de l’ONU sur les changements climatiques, a néanmoins salué cet accord, soulignant sa portée symbolique et pratique :« Ce fut un parcours difficile, mais nous avons abouti à un accord. Ce nouvel objectif financier est une police d’assurance pour l’humanité, dans un contexte d’aggravation des impacts climatiques qui frappent tous les pays. Mais comme toute police d’assurance, elle ne fonctionne que si les primes sont payées intégralement et à temps. Les promesses doivent être tenues pour protéger des milliards de vies. »
Un soutien insuffisant pour les pays vulnérables
Pour les pays en développement, cette annonce reste insuffisante au regard des besoins croissants liés à l’adaptation et à la résilience climatique. François Gemenne, co-auteur du sixième rapport du GIEC et président du Conseil scientifique de la Fondation pour la Nature et pour l’Homme (FNH), souligne que ces 300 milliards de dollars, bien qu’historiques, ne répondent pas à l’ampleur des défis. « Les pays du Sud espéraient des engagements beaucoup plus conséquents pour faire face aux pertes et dommages climatiques et accélérer leur transition écologique. Cet accord ne couvre qu’une fraction des besoins réels », déplore-t-il.
Malgré les limites de l’accord, Simon Stiell insiste sur ses bénéfices potentiels :« Cet accord permettra de maintenir le boom des énergies propres en pleine croissance, aidant tous les pays à partager ses énormes avantages : plus d’emplois, une croissance plus forte, une énergie moins chère et plus propre pour tous. Nous avions besoin que cette COP soit habilitante, une COP qui contribue à traduire les engagements de la COP28 en résultats concrets pour protéger les populations, la prospérité et la planète. Et c’est ce que nous avons rendu possible. »
Une solidarité encore à prouver
Les pays du Sud, confrontés aux impacts climatiques immédiats, continuent d’exiger des engagements financiers crédibles et exécutés dans les délais. Si cet accord offre une base pour l’action, il ne garantit pas encore que les fonds nécessaires seront effectivement débloqués. La lenteur des précédents engagements climatiques, souvent non tenus ou reportés, nourrit la méfiance des pays en développement.
La COP 29 a certes permis de poser des jalons, mais le chemin vers une véritable justice climatique demeure semé d’embûches. Le défi principal reste d’assurer une mise en œuvre rapide et efficace des engagements financiers pour répondre aux besoins des populations les plus vulnérables.





