Dans les régions des Savanes et de la Kara, au nord du Togo, les champs de coton attendent toujours les pluies salvatrices. Tout avait pourtant bien commencé : les semences ont été mises en terre, les intrants distribués à temps, les producteurs rapidement payés lors de la précédente campagne, le prix d’achat revalorisé à 300 F CFA le kilo, et les engrais (NPKSB et urée) subventionnés à 14 000 F CFA. Mais un facteur crucial manque à l’appel : l’eau.
Sur le terrain, le constat est amer. « Je me trouve dans un champ de coton entre les Savanes et la Kara. Les sillons sont tracés, mais le sol reste sec. Les pluies décisives de mai ne sont jamais venues. Celles de juin ont été capricieuses, irrégulières, comme si elles contournaient volontairement les zones rurales », témoigne Kossi Y. ASSOGBAVI, Responsable Communication à la Nouvelle Société Cotonnière du Togo (NSCT). Ce déséquilibre s’étend au-delà du nord : dans les régions Centrale, Plateaux et Maritime, les producteurs constatent eux aussi un dérèglement préoccupant du calendrier agricole.
À Dapaong, un producteur confie son inquiétude : « Cette année, on a tout donné. Mais sans eau, qu’est-ce qu’on peut faire ? » L’enthousiasme du début de campagne cède la place à la résignation.

Selon Tchaa Kossi Agniga, ingénieur agrométéorologue, « la perturbation des saisons au Togo n’est plus une hypothèse, c’est une nouvelle normalité. Le démarrage tardif des pluies et leur instabilité fragilisent toutes les cultures, notamment le coton qui dépend d’un bon démarrage hydrique ». L’expert recommande alors de favoriser les cultures résilientes au stress hydrique, les variétés à cycle court ou moyen, et celles à haut rendement.
Pour Kossi ASSOGBAVI, le changement climatique n’est plus une menace abstraite. Il est déjà là, visible dans les sillons vides et la détresse silencieuse des producteurs. C’est une crise agricole devenue sociale, où chaque pluie manquée compromet des revenus, des familles, et une économie rurale entière.
D’où l’urgence de repenser nos modèles agricoles : améliorer les prévisions météorologiques, diversifier les cultures, accélérer les mesures d’adaptation climatique et renforcer le soutien institutionnel. Le coton togolais ne peut rester passif. Il est temps d’agir, ensemble, pour que les sillons du nord ne restent pas vides d’avenir.





