À la veille du Forum Galien Afrique, le REMAPSEN plaide pour un financement endogène et une valorisation de la pharmacopée africaine

À la veille du Forum Galien Afrique et de la cérémonie de remise du prestigieux Prix Galien Afrique, le Réseau des Médias Africains pour la Promotion de la Santé et de l’Environnement (REMAPSEN) a organisé, ce mercredi, un webinaire spécial animé par les responsables des deux événements. Cette rencontre a permis de poser les bases d’un dialogue constructif sur les défis du financement du secteur de la santé en Afrique, mais aussi sur la valorisation du savoir-faire africain en matière de médecine et de recherche.
Dans sa présentation préliminaire, M. Sow, représentant du comité d’organisation du Forum Galien Afrique, s’est félicité du compagnonnage fructueux entre Galien Afrique et le REMAPSEN, deux plateformes engagées pour la promotion de la santé publique, de l’innovation et de la souveraineté sanitaire du continent.
Il a salué la mobilisation des médias africains autour de ces enjeux, rappelant que « lorsque les médias portent un plaidoyer fort, cela fait véritablement bouger les lignes ».
Le financement endogène, gage de souveraineté sanitaire
Les intervenants ont unanimement souligné la nécessité pour les pays africains de reprendre la main sur le financement de leur système de santé.
« Le financement endogène doit être un financement de souveraineté », a martelé un participant, insistant sur le fait que les ressources extérieures ne devraient venir qu’en appui aux priorités nationales.
Selon les panélistes, cette logique d’alignement est essentielle pour éviter que les politiques de santé ne soient dictées par les bailleurs. « Trop souvent, nous acceptons de financer des programmes qui ne correspondent pas à nos priorités, simplement parce qu’il y a de l’argent disponible », ont-ils regretté.
Ils ont rappelé l’engagement pris par les chefs d’État africains d’allouer 15 % des budgets nationaux à la santé — un objectif que seuls deux pays respectent encore aujourd’hui, la plupart oscillant entre 4 et 7 %. « On ne peut pas être souverain si l’on ne détient pas les clés de sa propre souveraineté, et ces clés, ce sont les finances », a souligné M. Sow.
L’appel du Professeur Awa Marie Coll Seck : « L’Afrique doit croire en ses propres richesses»
Prenant la parole, le Professeur Awa Marie Coll Seck, Présidente de Galien Afrique, a apporté un éclairage fort sur un autre pan de la souveraineté sanitaire : la valorisation de la pharmacopée traditionnelle africaine.
Médecin, spécialiste des maladies infectieuses et de bactériovirologie, ancienne ministre d’État auprès du président de la République du Sénégal et deux fois ministre de la Santé (2001–2003 et 2012–2017), le Professeur Coll Seck a également occupé des fonctions de haut niveau à l’international, notamment au sein de l’ONUSIDA et du Partenariat Roll Back Malaria, dont elle fut directrice exécutive.
Avec son expérience et sa vision panafricaine, elle a rappelé que le Forum Galien Afrique accorde une place particulière à la recherche et aux innovations africaines, y compris celles issues de la médecine traditionnelle :
« Nous avons dans notre programme des sessions qui mettront en lumière la pharmacopée traditionnelle africaine. Il faut impliquer et intéresser davantage nos populations à ce domaine, car nous avons une richesse immense. Les Européens et les Américains commencent à utiliser nos plantes, nos savoirs. Nous devons, nous aussi, croire en nos ressources et les valoriser. »
Son appel résonne comme un plaidoyer pour une Afrique qui mise sur ses propres forces, aussi bien scientifiques qu’économiques, pour bâtir un système de santé résilient et adapté à ses réalités.
Des pistes concrètes pour financer la santé
Le webinaire a également évoqué des pistes de financement innovantes, notamment les taxes sur les produits nocifs à la santé (tabac, alcool, boissons sucrées). Ces taxes, selon les intervenants, pourraient contribuer à augmenter les ressources nationales si elles étaient effectivement réaffectées au secteur de la santé.
« Dans plusieurs pays, ces taxes existent, mais l’argent est souvent dirigé vers d’autres postes budgétaires. Il faut corriger cela : les taxes sur des produits toxiques pour la santé doivent revenir à la santé », a-t-on insisté.
Les médias, catalyseurs du changement
En clôturant la rencontre, les responsables du REMAPSEN ont réaffirmé la détermination du réseau à renforcer le plaidoyer pour un financement endogène et une meilleure gouvernance sanitaire. Les journalistes africains, ont-ils rappelé, jouent un rôle clé pour informer, sensibiliser et pousser les décideurs à agir.
Ce webinaire, tenu à la veille du Forum et du Prix Galien Afrique, s’inscrit dans la dynamique d’une Afrique qui veut penser, financer et soigner par elle-même, tout en continuant à collaborer avec le reste du monde sur la base de ses propres priorités et de ses richesses locales.
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