Face à la crise climatique et ses impacts dévastateurs sur les systèmes alimentaires, une organisation tire la sonnette d’alarme… et propose des solutions concrètes. Dans le sillage de la conférence « Les systèmes alimentaires face aux changements climatiques : l’agroécologie comme solution d’atténuation, de résilience et d’adaptation », organisée par l’Association Eco-Impact, nous avons échangé avec Sossou Jean-Charles, l’Agroécologiste et Président de l’Association. Objectif : comprendre pourquoi l’agroécologie apparaît aujourd’hui comme un pilier incontournable pour bâtir un futur agricole plus durable en Afrique. Entretien !
Vert-Togo : Pourquoi Eco-Impact a-t-il jugé nécessaire d’organiser cette conférence sur l’Agroécologie et le Climat ?
Sossou Jean-Charles : A Eco-Impact, nous avons pour mission claire de contribuer à travers la recherche action au développement durable des communautés à la base. Et au cœur de nos actions nous travaillons pour contribuer à la transition de l’Afrique vers des systèmes alimentaires sains, durables, et résilients, grâce à l’agroécologie et à la souveraineté alimentaire. Cette conférence, au-delà d’un simple événement, s’est voulu un espace d’échanges, de sensibilisation et de co-création de savoirs.

Nous avons voulu alerter sur les dangers d’une agriculture dépendante des intrants chimiques de synthèse, sur les effets des changements climatiques — que sont la déforestation, la désertification, l’appauvrissement des sols — qui menacent directement nos conditions de vie. Mais surtout, il s’agissait de mobiliser la jeunesse et toutes les parties prenantes, pour dynamiser les réseaux et pour inspirer l’action collective.
Cette conférence tenue ce 27 Mars 2025 (passée) au CERSA à l’Université de Lomé ; elle a réuni près d’une centaine (100) de participants. Le programme a mêlé projections de documentaires, panels de jeunes experts, et interventions de spécialistes. Ces échanges ont porté sur les semences paysannes, la biodiversité, la restauration et la récupération des terres agricoles, des paysages et des écosystèmes fragiles ; et bien sûr, le lien direct entre agroécologie et lutte contre les changements climatiques.
VTG : En quoi l’agroécologie constitue-t-elle une réponse efficace aux défis posés par les changements climatiques sur les systèmes alimentaires en Afrique ?
J-C : L’Agroécologie est bien plus qu’une méthode agricole : c’est une vision holistique et profondément ancrée dans nos réalités sociales, économiques, culturelles et environnementales

C’est une solution éprouvée, adaptée aux réalités africaines, qui place l’humain, la nature et le lien social au cœur de la production alimentaire.
Elle est essentielle pour faire face à la crise climatique. Elle est une réponse, une solution éprouvée pour lutter contre la crise climatique, et il est crucial d’exploiter toutes ses potentialités… Elle promeut des pratiques agricoles qui sont utiles pour :
- Restaurer la santé et la vie des sols, augmenter la séquestration du carbone Elle améliore et facilite la préservation, la conservation de la biodiversité la biodiversité.
- Renforcer la résilience climatique en diversifiant les cultures et en réduisant la dépendance aux intrants chimiques de synthèse.
- Elle offre une voie durable pour produire des aliments qui respectent et préservent nos sols, notre culture, notre identité et nos relations sociales ; Elle permet l’échange de semences et de nourriture au sein et au-delà des frontières nationales, garantissant un accès durable aux aliments produits de manière agroécologique.
- De renforcer les économies locales grâce des circuits courts et des chaînes d’approvisionnement plus solidaires. De garantir un accès équitable à une alimentation saine, respectueuse de la nature ; des savoirs et savoir-faire paysans.
VTG : Quelles sont les principales barrières à une adoption massive des pratiques agroécologiques, et comment les surmonter ?
J-C : Les freins sont nombreux, parfois structurels, souvent interconnectés. Parmi les plus critiques : La méconnaissance des effets nocifs des intrants chimiques et des bienfaits de l’agroécologie. L’absence de soutien politique et financier, la faible implication des jeunes et des femmes dans les processus décisionnels. Les difficultés d’accès à la terre, à l’energie, à l’eau, aux matériels et équipements adéquats, ou encore aux marchés pour écouler les produits agroécologiques. L’influence des grandes firmes et l’inertie des politiques agricoles encore trop orientées vers une agriculture industrielle (conventionnelle).

Pour y faire face, il faut une transformation systémique : du soutien aux bio-intrants (biofertilisants, bioprotecteurs, semences …) la formation des jeunes, en passant par le développement des marchés territorriaux et des mécanismes de financement dédiés. Il est temps de sortir l’agroécologie de la marge pour en faire le cœur de nos politiques agricoles.
VTG : Quelles actions concrètes attendez-vous des parties prenantes à l’issue de cette conférence ?
J-C : Nous lançons un véritable appel à l’action, qui s’adresse aux Décideurs, aux collectivités, aux bailleurs, aux chercheurs, aux jeunes, aux agriculteurs… à toutes celles et ceux qui peuvent contribuer à cette transition.
Nos recommandations sont claires : Intégrer l’agroécologie dans les politiques agricoles et programmes de développement. Encourager le developpement des unités de biofabriques pour produire des intrants organiques accessibles localement. Valoriser les produits agroécologiques et développer des circuits de distribution adaptés. Faciliter l’accès des jeunes et des femmes aux ressources vitales : terre, eau, énergie, financement.
Mettre en place des conservatoires de semences paysannes, garants de notre souveraineté alimentaire. Favoriser la participation active des jeunes dans la gouvernance des projets agricoles.
Renforcer les réseaux d’innovation, de recherche, et de formation en agroécologie à l’échelle nationale et régionale. Nous voulons voir émerger un véritable écosystème agroécologique, où les acteurs coopèrent, où les savoirs circulent, et où les politiques publiques accompagnent cette dynamique de fond.

Développer les énergies alternatives renouvelables ; encourager le recyclage et l’adoption des sacs écologiques biodégradables pour l’aménagement et l’amélioration des conditions du cadre de vie.
Garantir une participation significative et inclusive des jeunes aux discussions sur les programmes ou projets agricoles et environnementales. Il est essentiel d’impliquer les jeunes dans les processus décisionnels qui façonnent l’avenir de l’agriculture et de l’environnement.
Renforcer les réseaux de jeunes et entrepreneurs agroécologiques au sein de notre pays et au-delà frontières en Afrique, afin de promouvoir l’apprentissage, les échanges et d’améliorer notre capacité à influencer les politiques en faveur de l’agroécologie et des systèmes alimentaires durables
Faciliter une étroite collaboration avec tous les acteurs, les jeunes pour assurer le transfert intergénérationnel des savoirs agroécologiques au sein de nos communautés.
Encourager la recherche, les innovations en agroécologie menées par les jeunes, les entrepreneurs pour stimuler les marchés locaux et favoriser une croissance économique durable.
Interview réalisée par Hector NAMMANGUE





