Au Togo, une catastrophe silencieuse se déroule chaque jour sous nos yeux : la nourriture disparaît avant même d’être consommée. Fruits abandonnés au bord des routes, maïs attaqué par les charançons, tomates écrasées dans les marchés… Pendant que des familles peinent à se nourrir, d’immenses quantités d’aliments finissent tout simplement à la poubelle.
Une situation alarmante, comme le souligne Aziato Kokou, ingénieur agroalimentaire et chef de la section contrôle qualité des aliments à l’Institut Togolais de Recherche Agronomique (ITRA). Invité comme panéliste lors de la conférence-débat marquant le lancement de la 45ᵉ Journée mondiale de l’alimentation (JMA), il a rappelé que toute nourriture destinée à la consommation humaine qui est perdue ou dégradée devient du gaspillage.

Et ce gaspillage commence dès les champs. Au niveau mondial, c’est un tiers de la production alimentaire soit 1,3 milliard de tonnes annuelles qui se perd. En Afrique de l’Ouest et au Togo, les pertes touchent particulièrement les filières du riz, du maïs, des fruits et des produits maraîchers.
Par manque d’infrastructures adaptées, d’outils de stockage performants et de technologies de transformation, une grande partie de notre richesse agricole disparaît dans l’indifférence. La logique est implacable : récoltes précoces, manque de chambres froides, routes inadaptées, transport difficile… Tout concourt à transformer l’abondance en déchets.
« Le maïs est souvent charançonné, les mangues pourrissent au soleil, les tomates sont jetées faute de moyens pour les conserver. Ce sont des pertes qu’on pourrait éviter », déplore l’ingénieur.
À cela s’ajoute une question d’habitudes : ici, un reste de pâte de la veille est automatiquement considéré comme impropre à la consommation et finit au rebut. Pourtant, chaque grain cultivé a demandé du temps, de l’énergie, des ressources naturelles. Jeter, c’est aussi gaspiller ces efforts.
Pour Aziato Kokou, la solution passe par une économie circulaire qui valorise chaque ressource, prolonge la durée de vie des aliments et transforme les déchets en opportunités.
Le Togo ne manque pas d’ingéniosité : il cite notamment l’exemple de la stabilisation du vin de palme, permettant de conserver une ressource naturelle qui se perd habituellement très vite après récolte. « Nous pouvons faire mieux, et nous devons le faire maintenant. La nourriture, c’est la vie. Et la vie, on ne la jette pas », insiste-t-il.
Alors que les prix des denrées grimpent, que les marchés manquent de produits frais en certaines saisons et que les foyers subissent l’inflation, agir contre le gaspillage alimentaire n’est plus une option mais une nécessité. Combien de tonnes faudra-t-il encore laisser pourrir avant d’ouvrir les yeux ? Le Togo a tout à gagner en protégeant ce qu’il produit déjà. Et tout à perdre s’il continue de le jeter.





