Au Togo, deux femmes scientifiques bousculent les codes de l’agriculture. Face aux pertes répétées des récoltes dues aux aléas climatiques, Dr Kplolali AHAMA Épouse ESSEH et son associée Kokoèvi AGBEVENOU-DOVI ont conçu le premier prototype aquaponique urbain du pays. Leur innovation repose sur une idée simple mais révolutionnaire : associer élevage de poissons et culture hors sol dans un système circulaire qui économise l’eau, réduit l’usage de pesticides et garantit des rendements élevés. Dans cet entretien accordé à Vert-Togo, Dr AHAMA revient sur l’origine de ce projet, ses résultats concrets et ses ambitions pour diffuser cette technologie durable à travers le Togo et la sous-région.
Vert-Togo : Présentez-vous, Dr
Dr Kplolali AHAMA Épouse ESSEH : Je suis docteur en physiologie et biotechnologies végétales, cofondatrice et directrice générale d’Aquaponie du Togo SARL.
Vert-Togo : Pouvez-vous décrire brièvement le concept de votre projet d’aquaponie et ses objectifs principaux ? De quel constat ce projet est-il né ?
Dr Kplolali AHAMA :Tout a commencé en 2020, lorsque mon père a subi d’énormes pertes dans sa culture de tomates. Comme beaucoup d’agriculteurs du Togo, ses récoltes dépendaient entièrement de la pluie. Face à cette problématique, je me suis intéressée au hors-sol et particulièrement à l’aquaponie.

J’en ai parlé à mon amie de longue date, Mme Kokoèvi AGBEVENOU-DOVI, MSc en biosciences végétales, et ensemble, nous avons mis au point le premier prototype aquaponique urbain. L’idée est d’offrir une solution durable et résiliente aux aléas climatiques, en combinant l’élevage de poissons (aquaculture) et la culture hors sol (hydroponie) dans un écosystème circulaire et équilibré.
Vert-Togo : Quelles sont les principales cultures et espèces de poissons impliquées dans ce système ?
Dr Kplolali AHAMA : Nous avons choisi le tilapia et le poisson-chat, élevés sans hormone ni antibiotique. Côté cultures, nous produisons de la tomate, du piment rouge, du gombo, de l’épinard (gboma), du melon, du concombre, de la salade et des plantes aromatiques comme la menthe, le basilic, la coriandre, le persil ou le céleri. Et tout cela, sans traitement chimique.

Vert-Togo : Comment le système aquaponique est-il installé et géré au quotidien ?
Dr Kplolali AHAMA : C’est le fruit de plusieurs années de recherche et de tests pour adapter le modèle aux réalités locales. L’installation demande de la rigueur, mais une fois en place, l’entretien est relativement simple et intégré.
Vert-Togo : Quelles ressources sont nécessaires pour faire fonctionner ce système ?

Dr Kplolali AHAMA : C’est là tout l’intérêt. L’aquaponie ne nécessite pas beaucoup d’espace, donc elle peut être installée même dans les maisons urbaines. Elle utilise très peu d’eau : 90 % d’économie par rapport à l’agriculture conventionnelle. De plus, il n’y a pas besoin de binage ni de sarclage, ce qui la rend très adaptée à la vie urbaine.
Vert-Togo : Quelles difficultés avez-vous rencontrées et quels résultats concrets avez-vous obtenus ?
Dr Kplolali AHAMA : Nos principales difficultés ont été financières. Heureusement, des soutiens comme l’ONG KYNAROU et la société APROMAFRIQ-PHARMA nous ont permis de concrétiser le prototype.

Sur une surface de 40 m², nous avons récolté en une année 500 kg de tomates, 20 kg de tilapia et 300 kg de poisson-chat. Sur le plan environnemental, ce système réduit la consommation de ressources, recycle les déchets biologiques, élimine pesticides et herbicides, limite la pollution des sols et de l’eau et a une faible empreinte carbone.
Vert-Togo : Cette solution a-t-elle été partagée avec d’autres communautés au Togo ?

Dr Kplolali AHAMA : Oui, nous avons pour ambition de vulgariser l’aquaponie au Togo et dans la sous-région. Cela passe par des formations, des ateliers et des démonstrations pour faciliter le transfert de technologie.
Vert-Togo : Quels retours avez-vous reçus des communautés qui ont expérimenté cette solution ?
Dr Kplolali AHAMA : L’aquaponie est en plein essor dans le monde. Les retours sont très positifs, au vu des résultats concrets obtenus non seulement chez nous mais aussi dans d’autres systèmes aquaponiques à l’international.
Interview réalisée par Hector NAMMANGUE





