L’entrepreneure kenyane Patrice Murugi Wachira a développé une technologie innovante permettant d’extraire le venin des abeilles, puis a monétisé le produit afin de créer une source de revenus supplémentaire pour les apiculteurs de sa communauté. Mme Wachira, fondatrice et directrice générale de Patvention, l’entreprise à l’origine de cette technologie, a été sélectionnée par le Laboratoire de l’innovation et de l’entrepreneuriat du Groupe de la Banque africaine de développement comme faisant partie des vingt jeunes entrepreneurs africains prometteurs pour participer à une tournée en République de Corée afin de rechercher des investissements et tirer des enseignements de l’écosystème technologique innovant du pays.
Le venin d’abeille est réputé pour aider à combattre les maladies de la peau et peut être utilisé dans les cosmétiques et les masques, ainsi que pour panser les plaies. L’innovation technologique de Mme Wachira répond à une demande croissante de venin d’abeille dans les produits pharmaceutiques et cosmétiques.
Son dispositif breveté utilise une méthode de stimulation douce qui imite les déclencheurs naturels pour encourager les abeilles à libérer leur venin. Elle affirme que par cette approche, les abeilles ne sont pas soumises à un stress excessif, ce qui rend le processus à la fois éthique et durable. En intégrant ce dispositif dans les ruches, les apiculteurs peuvent récolter le venin d’abeille sans nuire à leurs colonies, assurant ainsi la longévité et la santé de leurs abeilles.
L’histoire de Mme Wachira montre comment plus d’opportunités économiques pour les femmes crée des sociétés plus prospères. Chaque mois de mars, la Banque publie « Gender in Focus » (« Focus sur le genre »), qui examine l’impact de son travail sur les femmes à travers le continent.
Nous avons demandé à Mme Wachira comment elle avait réussi à créer une entreprise à partir de ses innovations et comment cela profitait aux autres femmes avec lesquelles elle travaille. Les réponses ont été éditées pour plus de clarté et de concision.
Question : Comment avez-vous été amenée à créer une entreprise de cette nature ?
Mme Wachira : J’ai lancé cette entreprise en raison de mes antécédents familiaux dans l’apiculture. L’élevage d’abeilles est une passion pour moi et ma famille. Nous avons commencé il y a de nombreuses années. Quand j’étais enfant, j’élevais des abeilles, donc ce n’était pas une activité nouvelle pour moi, mais nous n’avions pas cherché à la monétiser ou à en faire une activité génératrice de revenus. Nous avions l’habitude de récolter un peu de miel, dont nous vendions une petite quantité et consommions le reste.
Wichera, center in blue, with delegation of African youth entrepreneurs selected to the AfDB Innovation and Entrepreneurships Lab study tour in the Republic of Korea.
Mme Wachira, en bleu au centre, avec la délégation de jeunes entrepreneurs africains sélectionnés pour le voyage d’étude du Laboratoire de l’innovation et de l’entrepreneuriat de la Banque africaine de développement en République de Corée.
Question : Comment vous êtes-vous alors lancée dans la collecte de venin d’abeille ?
Mme Wachira : Nous avons commencé à explorer cette possibilité lorsque nous avons réalisé que la plupart des apiculteurs, nous-mêmes y compris, ne tiraient pas suffisamment de revenus du miel. Malgré la faiblesse de leurs revenus, ces agriculteurs souhaitaient continuer à pratiquer l’apiculture à plein temps. C’est à ce moment-là que nous avons commencé à rechercher d’autres produits apicoles en dehors du miel et que nous sommes tombés sur le venin d’abeille.
Question : D’où vous est venue l’idée de cet appareil ?
Mme Wachira : Après avoir identifié le venin d’abeille comme une source potentielle de revenus pour les apiculteurs, nous nous sommes posé la question de son extraction. Pour cela, nous avions besoin d’un appareil. Nous avons fabriqué un prototype, puis l’avons testé auprès d’apiculteurs, jusqu’à ce qu’il soit entièrement approuvé et breveté.
Photo of Wachira’s patented, locally made bee venom collection device: image courtesy Patvention Beekeepers.
Photo du dispositif de collecte de venin d’abeille breveté et fabriqué localement par Mme Wachira. Image fournie par Patvention Beekeepers.
Question : Quel impact cet appareil d’extraction de venin a-t-il eu sur vous et sur les apiculteurs avec lesquels vous travaillez ?
Mme Wachira : Tout d’abord, je dirais que l’impact le plus important concerne les revenus. Les femmes avec lesquelles je travaille et moi-même vendons du venin d’abeille et gagnons ainsi de quoi subvenir à nos besoins. Je viens d’une communauté où, dans la plupart des cas, ce sont les femmes qui s’occupent du foyer. Pour elles, le fait de tirer un revenu de la vente de venin d’abeille améliore leurs conditions de vie. Elles peuvent désormais payer les frais de scolarité de leurs enfants, nourrir leur famille, etc. L’instruction donnée à leurs enfants se traduira par une amélioration économique globale pour la communauté.
Source: https://x.com/PatventionBees/status/1813206028785230226
Question : De quelle manière encouragez-vous d’autres femmes à se lancer dans des projets technologiques comme celui-ci ?
Mme Wachira : La plupart des femmes ne se lancent pas dans ce type de projets parce qu’elles ne savent pas comment s’y prendre. Je les forme donc à la création d’entreprises technologiques. C’est toujours une révélation pour elles.
Nous abordons également ces questions sur nos pages de réseaux sociaux, ce qui permet de sensibiliser les personnes qui ne peuvent pas nous rendre visite. Cependant, celles qui vivent à proximité de l’endroit où nous travaillons viennent toujours se former.





