L’accès à un logement décent ne se résume pas à la construction de bâtiments. Il constitue un puissant levier d’émancipation, d’inclusion sociale et de développement durable. C’est le message porté par l’ancienne Première ministre du Togo, Victoire Tomégah-Dogbé, lors d’un panel organisé ce jeudi à l’ouverture de la deuxième édition des BOAD Development Days 2026, consacrée au thème : « Bâtir l’avenir de l’UEMOA : financer un habitat durable, inclusif et moteur de souveraineté énergétique ».
Pour illustrer son propos, elle a partagé l’expérience d’une femme vivant avec un handicap ayant bénéficié du Fonds national de la finance inclusive (FNFI) lancé au Togo en 2014.
Grâce à plusieurs microcrédits successifs de 30 000 à 100 000 FCFA, cette bénéficiaire a développé son activité génératrice de revenus, constitué une épargne, acquis un terrain puis construit sa propre maison en seulement deux ans.
« Ce n’est pas seulement son patrimoine qui a changé, c’est sa confiance en elle-même, sa place dans la communauté et sa capacité à se projeter dans l’avenir », a souligné Victoire Tomégah-Dogbé. Pour l’ancienne cheffe du gouvernement, cette expérience démontre que le logement constitue bien plus qu’un simple actif immobilier. « C’est un facteur d’émancipation humaine », a-t-elle affirmé.
Selon elle, les politiques de développement inclusif doivent désormais considérer le logement comme un service social essentiel, au même titre que la santé ou l’éducation.
Elle a rappelé que les résultats obtenus au Togo à travers l’inclusion financière, l’électrification rurale et l’amélioration de l’accès à l’énergie montrent qu’une volonté politique, aussi forte soit-elle, ne suffit pas. Elle doit être accompagnée de mécanismes de financement innovants capables de transformer durablement les conditions de vie des populations les plus vulnérables.
Pour Victoire Tomégah-Dogbé, un logement durable ne peut être réduit à « quatre murs ». Il doit être connecté à l’eau potable, à l’électricité, à l’assainissement et à l’ensemble des services essentiels permettant aux familles de vivre dignement, de produire et de préparer leur avenir.
L’ancienne Première ministre a également identifié plusieurs conditions indispensables pour rendre le logement durable accessible au plus grand nombre. Elle a notamment insisté sur la nécessité de faciliter l’accès au foncier, de développer des mécanismes de financement adaptés aux acteurs du secteur informel, de mettre en place une fiscalité incitative afin d’attirer davantage d’investissements privés, de promouvoir les matériaux locaux et de renforcer les partenariats entre les secteurs public et privé.
Elle a par ailleurs invité les décideurs à dépasser l’opposition entre logement durable et logement abordable. « Il faut que, pour les ménages les plus vulnérables, la solution durable soit aussi la solution la plus abordable sur le long terme », a-t-elle plaidé, estimant que le coût initial de construction ne doit pas être le seul critère d’évaluation.
Au-delà de la question du logement, Victoire Tomégah-Dogbé a appelé à construire un nouveau modèle de développement pour les pays de l’UEMOA.
Selon elle, les villes de demain devront garantir un cadre de vie sain, accessible, résilient et inclusif, créer de la valeur économique sans accentuer les inégalités, protéger les populations les plus vulnérables tout en attirant les investissements et contribuer au renforcement de la souveraineté énergétique.
Pour atteindre cette ambition, elle estime que les États doivent faire preuve de davantage d’audace dans leurs politiques publiques, développer des instruments de financement plus inclusifs et renforcer la coopération régionale.
Elle a enfin salué le rôle stratégique de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), qu’elle considère comme un acteur essentiel pour accompagner les États dans la concrétisation de leurs ambitions. « Le véritable défi est de transformer nos visions en projets concrets qui améliorent durablement la vie des populations », a-t-elle conclu.
Par Hector Sann’do NAMMANGUE

