- VERT TOGO | Au coeur de l'information - https://vert-togo.tg -

La BOAD au cœur de la supervision des projets climat en Afrique de l’Ouest

Dans le nouvel épisode de « La Parole aux Experts », Aïssatou Diagne, économiste de l’environnement à la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD), lève le voile sur le rôle stratégique que joue l’institution dans la supervision des projets climat au sein de l’espace UEMOA.

vert-togo2
vert-togo

Entre exigences des fonds multilatéraux, défis de terrain et recherche d’impacts durables, elle partage une vision pragmatique et engagée de l’action climatique régionale.

« Le rôle de la BOAD ne se limite pas à mobiliser des financements. Il s’agit surtout de s’assurer que chaque projet produit des impacts réels et durables pour les populations », souligne-t-elle.

À la BOAD, les projets climat occupent une place centrale dans la stratégie de développement. Financé par des mécanismes multilatéraux tels que le Fonds pour l’environnement mondial (FEM), le Fonds pour l’adaptation ou encore le Fonds vert pour le climat (FVC), ce portefeuille couvre des domaines clés : adaptation au changement climatique, transition énergétique, agriculture intelligente face au climat et gestion durable des ressources naturelles.

La mission d’Aïssatou Diagne consiste à superviser la mise en œuvre de ces projets, en veillant à l’atteinte des objectifs techniques, financiers et environnementaux, tout en respectant les standards de la BOAD et ceux des fonds internationaux auxquels la Banque est accréditée.

« La crédibilité de la BOAD repose sur notre capacité à garantir la conformité, la transparence et l’efficacité des projets que nous accompagnons », explique-t-elle.

Une supervision rigoureuse 

Pour évaluer l’efficacité et l’impact des projets climat, la BOAD s’appuie sur plusieurs critères. Le premier concerne l’efficacité opérationnelle et financière : respect des délais, bonne utilisation des ressources et qualité de la gestion.

« Un projet bien conçu mais mal exécuté ne produira jamais les impacts attendus », rappelle l’économiste.

Le deuxième critère porte sur l’impact climatique, à travers l’analyse de la réduction des émissions de gaz à effet de serre et du renforcement de la résilience des communautés et des écosystèmes. Enfin, la durabilité et l’appropriation locale constituent un pilier central de l’évaluation. « Un projet climat réussi est un projet qui continue à produire des bénéfices bien après la fin des financements », insiste-t-elle.

Des défis persistants sur le terrain

Malgré les progrès, la mise en œuvre des projets climat dans les pays de l’UEMOA reste confrontée à des défis structurels. Le renforcement des capacités des acteurs nationaux et locaux demeure un enjeu majeur, de nombreuses institutions manquant encore de ressources humaines qualifiées.

À cela s’ajoutent des procédures administratives parfois longues, une coordination institutionnelle complexe et une appropriation locale inégale. « Sans capacités locales solides, la durabilité des projets est fragilisée », reconnaît Aïssatou Diagne.

Des mécanismes de suivi pour maximiser l’impact

Pour répondre à ces défis, la BOAD a mis en place des mécanismes rigoureux de suivi. Des missions régulières sur le terrain permettent d’identifier rapidement les difficultés et de proposer des mesures correctives adaptées. Des réunions mensuelles avec les unités de gestion des projets, ainsi que l’analyse de rapports périodiques, complètent ce dispositif.

« La supervision doit être proactive. Lorsqu’un risque est identifié, nous travaillons immédiatement avec les équipes nationales pour corriger la trajectoire », explique-t-elle.

Des PTFM  hybrides au Togo

Parmi les projets emblématiques figure l’hybridation des moteurs diesel des plateformes multifonctionnelles au Togo, financée par le FEM avec l’appui de la BOAD. L’initiative vise à remplacer les moteurs diesel par des systèmes solaires hybrides pour soutenir les activités économiques rurales.

À ce jour, dix-sept plateformes ont été hybridées et dix-sept kits solaires installés pour le pompage de l’eau et l’irrigation des périmètres maraîchers. Le projet a contribué au développement de chaînes de valeur agricoles, notamment le maraîchage, tout en générant des emplois et des revenus durables.

À travers ces actions, la BOAD affirme une ambition claire : promouvoir une croissance inclusive, résiliente et sobre en carbone.

Pour Aïssatou Diagne, « l’efficacité d’un projet climatique ne se mesure pas seulement à ses résultats immédiats, mais à sa capacité à transformer durablement les territoires et à renforcer la résilience des communautés face aux chocs climatiques ».