L’Éthiopie a franchi un jalon historique mardi avec l’inauguration officielle du barrage de la Grande Renaissance (GERD), le plus grand d’Afrique, construit sur le Nil bleu. Cette infrastructure colossale, lancée en 2011, symbolise l’ambition du pays de transformer son avenir énergétique et de s’imposer comme un fournisseur majeur d’électricité sur le continent.
À Menabichu, à une dizaine de kilomètres d’Addis-Abeba, l’événement a une résonance particulière. Fanuse Adete, veuve de 38 ans, vit encore à la lueur des lampes à pétrole. Pour elle, comme pour des millions d’autres Éthiopiens, ce barrage incarne une promesse concrète : « Avant, notre vie dépendait du pétrole et du charbon de bois. Nous vendions du bois au marché pour acheter du kérosène. Avec l’achèvement du barrage, toute notre communauté est heureuse », raconte-t-elle.
Le GERD doit produire plus de 5 000 mégawatts, soit le double de la capacité électrique actuelle du pays. Une partie de cette énergie sera exportée vers les pays voisins, propulsant l’Éthiopie au rang de futur hub énergétique régional.
Une fierté nationale, des inquiétudes persistantes
Si l’inauguration est célébrée comme une victoire à Addis-Abeba, elle suscite toujours de vives inquiétudes en aval. L’Égypte et le Soudan redoutent un impact négatif sur leurs ressources hydriques, vitales pour l’agriculture et la consommation domestique. Le Caire considère même le barrage comme une menace pour sa sécurité nationale.
Pour tenter de calmer les tensions, une plateforme de coopération a été instaurée. Mais les divergences restent profondes. L’Éthiopie se veut rassurante : « Le barrage n’est pas conçu pour nuire à nos voisins. Travaillons ensemble pour développer des projets bénéfiques à tous », a affirmé Habtamu Itefa, ministre éthiopien de l’eau.
Entre coopération et méfiance
Des experts égyptiens signalent déjà une baisse du débit du Nil, obligeant le pays à réduire sa consommation et à recycler davantage les eaux d’irrigation. Au Soudan, le remplissage du barrage a diminué la fréquence des inondations saisonnières, mais Khartoum craint des lâchers d’eau non coordonnés pouvant provoquer crues soudaines ou sécheresses prolongées.
Malgré ces tensions, l’inauguration du GERD demeure une étape décisive pour l’Éthiopie. Elle traduit la volonté du pays d’assurer son autonomie énergétique et de se hisser au rang de puissance électrique africaine. Mais l’avenir du projet dépendra de la capacité des pays riverains du Nil à conjuguer coopération régionale et gestion durable de l’eau.

