Dans dix pays du continent, un projet coordonné par l’ONG Inades-Formation met en lumière les savoirs endogènes développés pour s’adapter aux effets du réchauffement climatique. Face à la multiplication des épisodes de sécheresse, à la dégradation des sols et à la perte accélérée de biodiversité, les communautés rurales d’Afrique subsaharienne n’attendent plus de solution miracle venue d’en haut. Elles s’adaptent, avec les moyens du bord, et s’appuient sur leurs savoirs traditionnels pour tenter de répondre à une urgence climatique qui menace à la fois leurs écosystèmes et leur sécurité alimentaire.
C’est ce que révèle le projet ABCD (Approches communautaires de bonne gouvernance face aux changements climatiques), mené depuis 2022 dans dix pays africains, dont le Togo, le Burkina Faso, le Tchad et la Côte d’Ivoire. Porté par l’ONG Inades-Formation, ce programme ambitionne de documenter et de valoriser les mécanismes d’adaptation développés localement, souvent ignorés des politiques publiques.
Le 18 avril 2025, à Lomé, une conférence de restitution des résultats a été organisée par Inades-Formation Togo. L’occasion pour les participants, issus du monde académique, des ONG et des communautés rurales, de débattre autour d’une question centrale : comment faire des populations locales de véritables actrices de la lutte contre le changement climatique ?
Agroécologie, semences paysannes et énergie solaire
[1]Parmi les réponses identifiées par le projet, certaines pratiques se distinguent par leur efficacité et leur pertinence dans les contextes ruraux. Ainsi, les techniques agroécologiques telles que la couverture végétale des sols, le compostage ou les cultures associées permettent de restaurer la fertilité des terres tout en limitant leur érosion. D’autres initiatives portent sur la conservation et la multiplication des semences locales, plus résistantes aux conditions climatiques extrêmes que celles issues de l’agriculture industrielle.
Dans certaines régions, l’adoption de pompes solaires a permis de sécuriser l’irrigation en saison sèche, réduisant la dépendance au gasoil et aux pluies capricieuses. D’autres communautés ont mis en place des chartes locales de gestion participative des ressources naturelles, notamment pour encadrer l’exploitation forestière ou l’accès à l’eau.
Des exemples concrets de résilience communautaire au Togo
Au Togo, plusieurs initiatives soutenues par le projet ABCD montrent que cette approche territorialisée produit des résultats tangibles. À Kloto, des greniers traditionnels modernisés assurent la conservation des semences pour les coopératives féminines. À Avedze et Wessido, une charte locale encadre désormais la gestion des flancs de la montagne Agou. Dans les localités de Tchamba et Kpélé, les communautés ont choisi de faire de la préservation des semences locales une priorité collective. À Agou, des campagnes de reboisement mobilisent activement les populations dans la restauration des forêts dégradées.
« Ces pratiques ne sont pas marginales », rappelle SOUONDJA Sinandja, expert togolais en environnement et énergies renouvelables. « Elles constituent des réponses concrètes et reproductibles face aux défis actuels. Beaucoup de citoyens ignorent encore qu’ils peuvent eux aussi s’en inspirer pour renforcer leur propre résilience. »
Le projet ABCD souligne également l’importance de l’éducation environnementale comme vecteur de transformation sociale. Dans plusieurs pays, des campagnes de sensibilisation ciblant les jeunes, les femmes et les leaders communautaires ont été organisées, visant à renforcer la conscience écologique à travers une pédagogie participative.
Dans un contexte où les financements climatiques peinent encore à atteindre les zones rurales, l’expérience d’ABCD rappelle que l’adaptation au changement climatique ne peut être imposée d’en haut. Elle doit se construire avec les communautés, à partir de leurs besoins, de leurs réalités et de leurs connaissances.

