Quatre ans après le déclenchement de la guerre d’agression à grande échelle menée par la Russie contre l’Ukraine, les répercussions du conflit dépassent le cadre européen. À l’initiative du Service européen pour l’action extérieure (EEAS), un webinaire a réuni experts et responsables diplomatiques afin d’examiner une dimension encore peu médiatisée : le recrutement de jeunes Africains dans le contexte de la guerre.
Lors de cette rencontre hybride, Mme Lyubov Avramitova, Directrice générale pour l’Afrique et les organisations régionales africaines au ministère ukrainien des Affaires étrangères, a alerté sur les conséquences potentielles de ces pratiques pour le développement durable du continent africain. Selon elle, face aux pertes humaines enregistrées depuis plus de 1 400 jours de conflit, Moscou aurait intensifié le recours à des combattants étrangers, notamment en Afrique, à travers des réseaux opérant parfois sous couvert de programmes éducatifs, culturels ou professionnels.
Pour la diplomate, cette stratégie représenterait une menace pour la jeunesse africaine, considérée comme un levier central du développement. Elle a notamment évoqué l’augmentation des bourses d’études russes pour l’année académique 2025-2026 plus de 5 000 places financées par l’État estimant que certaines initiatives pourraient comporter « une dimension cachée de recrutement ».
Au-delà de l’aspect sécuritaire, la question est aussi socio-économique. L’Afrique fonde en grande partie son avenir sur son dividende démographique, l’innovation et la création d’emplois. Le détournement de jeunes vers des zones de conflit risque d’affaiblir ce capital humain stratégique.
Cette situation interroge directement plusieurs Objectifs de développement durable : l’ODD 4 sur l’éducation de qualité, l’ODD 8 sur le travail décent et la croissance économique, et l’ODD 16 relatif à la paix et aux institutions efficaces. Elle pose la question de l’encadrement des mobilités académiques, de la création d’opportunités locales et de la prévention de l’exportation de conflits vers des sociétés déjà fragiles.
Quatre ans après le début de la guerre, cette problématique rappelle que paix, sécurité internationale et développement durable sont étroitement liés. Dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes, la protection du capital humain africain demeure un impératif stratégique pour garantir un avenir résilient et souverain.

