Le changement climatique ne bouleverse pas seulement les écosystèmes et les conditions de vie : il affecte aussi l’exercice de nombreux droits humains. Au Togo, la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), l’Université de Lomé et le ministère de l’Environnement s’apprêtent à conduire une étude sur ces interactions, avec le financement de l’Agence française de développement (AFD).
Les premiers échanges autour de cette étude ont eu lieu avec le président de la CNDH, Me Ohini Kwao SANVEE, dans le cadre d’une initiative consacrée aux rapports entre changement climatique et droits humains.
Cette démarche intervient alors que la CNDH renforce son implication sur les questions environnementales et climatiques. L’institution est notamment membre du Comité de préparation à la COP et de la plateforme nationale de réduction des risques de catastrophes et d’adaptation au changement climatique.
Elle considère désormais la prise en compte des droits humains dans les politiques environnementales et climatiques comme un levier pour mieux prévenir les violations, protéger les communautés et favoriser l’accès aux recours et à la justice environnementale.
Deux agendas longtemps séparés
Pendant longtemps, changement climatique et droits humains ont été abordés à travers des cadres relativement distincts. D’un côté, le changement climatique relevait principalement des sciences du climat, de la protection de l’environnement et des politiques d’adaptation. De l’autre, les droits humains étaient appréhendés à travers le droit international, les mécanismes de protection et les obligations des États.
Cette séparation apparaît toutefois de moins en moins pertinente. Les effets du réchauffement climatique touchent directement les conditions dans lesquelles les populations exercent leurs droits : droit à la vie, à la santé, à l’alimentation, à l’eau, au logement, au travail ou encore à la participation aux décisions qui affectent leur environnement.
Les populations déjà exposées aux vulnérabilités peuvent être particulièrement affectées. Une inondation qui détruit une habitation, une sécheresse qui compromet les moyens de subsistance ou une forte chaleur qui dégrade les conditions de travail ne constituent donc pas uniquement des problèmes environnementaux. Ils peuvent également avoir des conséquences sur l’exercice de droits fondamentaux.
Cette articulation est désormais reconnue au niveau international. En juillet 2022, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté la résolution 76/300 reconnaissant le droit humain à un environnement propre, sain et durable. Ce droit englobe notamment des dimensions liées à un climat sûr et stable, à l’eau, à l’alimentation, aux écosystèmes, à l’accès à l’information, à la participation et à la justice environnementale.
Une étude pour mieux comprendre les enjeux au Togo
C’est dans ce contexte que la future étude portée par la CNDH, l’Université de Lomé et le ministère de l’Environnement, avec l’appui financier de l’AFD, entend approfondir les enjeux croisés entre changement climatique et droits humains au Togo.
L’objectif est d’abord scientifique. Il s’agit de produire des connaissances permettant de mieux comprendre les interactions entre les phénomènes climatiques et l’exercice des droits humains, mais aussi d’identifier les populations, les secteurs et les territoires particulièrement concernés.
Cette dimension scientifique doit permettre d’aller au-delà du simple constat des impacts du changement climatique. Elle devra notamment contribuer à documenter la manière dont les risques climatiques peuvent accentuer des vulnérabilités existantes et affecter différemment les populations.
L’étude comporte également une dimension opérationnelle. Les résultats devront déboucher sur des recommandations à l’attention des acteurs publics et des partenaires techniques et financiers , afin de mieux intégrer les droits humains dans les politiques climatiques et environnementales.
Passer du constat à l’action
Pour la CNDH, l’enjeu consiste notamment à faire en sorte que les politiques d’adaptation et de lutte contre le changement climatique tiennent compte des droits des personnes affectées.
Cette approche rejoint les nouvelles perspectives de collaboration présentées récemment entre la CNDH et l’AFD. Lors d’une rencontre tenue le 14 septembre 2026, les deux institutions ont évoqué le développement de coopérations autour de la recherche-développement, du renforcement des capacités, du partage de bonnes pratiques et de l’expérimentation d’approches innovantes en matière de droits humains, d’environnement et de changement climatique.
L’intérêt d’une telle approche est aussi de replacer les populations au centre des politiques climatiques. L’adaptation ne consiste pas uniquement à construire des infrastructures, renforcer les systèmes d’alerte ou restaurer des écosystèmes. Elle suppose également de s’assurer que les mesures prises permettent effectivement aux populations de préserver leurs droits et de participer aux décisions qui concernent leur avenir.
La question de la participation devient ainsi centrale. Le droit à un environnement sain comprend notamment des dimensions procédurales liées à l’accès à l’information, à la participation aux décisions environnementales et à l’accès à la justice.

