Le neuvième jour de la COP30, à Belém au Brésil, a été l’un des plus intenses depuis le début de la conférence. La Présidence brésilienne a publié de nouveaux textes qui doivent servir de base à un grand accord baptisé le « Belém Package ». Objectif : pousser les pays à avancer plus vite et à s’entendre sur les points les plus importants avant la fin de la semaine.
Les négociations, jusque-là très techniques, sont désormais entre les mains des ministres, signe que les décisions politiques les plus difficiles doivent être prises maintenant.
Les Nations Unies ont même prolongé les heures de travail officielles jusqu’à minuit pour les derniers jours, preuve que le temps presse.
Des désaccords sur l’adaptation au climat
Les pays doivent s’entendre sur une série d’indicateurs permettant de mesurer les progrès en matière d’adaptation c’est-à-dire tout ce que les pays doivent faire pour se protéger des sécheresses, inondations, cyclones et autres effets du changement climatique.
Mais les positions sont très loin d’être alignées : l’Union européenne, le Japon et plusieurs pays vulnérables veulent adopter ces indicateurs maintenant ; le Groupe africain veut attendre deux ans de plus, estimant que les pays ne sont pas prêts.
Autre point de tension : les pays en développement demandent de tripler les financements consacrés à l’adaptation dès 2025. Les pays riches refusent pour l’instant.
Des promesses d’action insuffisantes
Les pays ont mis sur la table trois options pour augmenter leurs engagements climatiques (leurs « CDN »). Mais aucune ne suffit réellement pour respecter la limite de 1,5 °C de réchauffement.
La plupart des pays du Sud rappellent d’ailleurs qu’ils ne pourront faire plus que si les financements promis par les pays riches suivent un vieux débat qui revient chaque année.
Le nerf de la guerre
Sur le financement en général, le texte proposé par la Présidence ne répond toujours pas aux attentes. Les pays vulnérables dénoncent l’imprévisibilité des fonds, et surtout le fait que les promesses ne soient pas tenues.
Un exemple le montre clairement : le Fonds pour l’adaptation devait recevoir 300 millions de dollars par an. Deux années de suite, cet objectif n’a pas été atteint.
Le nouveau Fonds pour Pertes et Préjudices créé pour aider les pays victimes de cyclones, d’inondations ou de sécheresses extrêmes a connu une avancée : toutes les restrictions limitant son accès aux « pays particulièrement vulnérables » ont été retirées.
Désormais, davantage de pays pourront faire des demandes de financement.
Mais un problème demeure : la stratégie permettant de garantir l’argent du Fonds sur le long terme n’est pas encore prête.
Une transition juste qui divise
La « transition juste » l’idée de sortir progressivement des énergies fossiles tout en protégeant les travailleurs et les populations — progresse, mais reste très disputée.
Les pays ne sont notamment pas d’accord sur : les mesures commerciales comme la taxe carbone aux frontières de l’UE, les outils nécessaires pour mettre en place cette transition (mécanisme mondial, plan de travail, boîte à outils…).
La Présidence brésilienne mène des discussions intenses pour tenter de rapprocher les positions.
Le rythme très soutenu a créé de la confusion. Les réunions se sont multipliées, parfois annoncées ou annulées au dernier moment. Le mélange de discussions techniques et politiques a dérouté de nombreux délégués.
Aucun accord n’a été trouvé sur certains sujets clés, mais plusieurs négociateurs espèrent toujours un compromis d’ici les prochaines heures.
Une société civile très active
Les ONG et les peuples autochtones se sont fait entendre. Des experts de l’ONU ont critiqué la forte présence policière sur le site, jugeant que cela intimide les militants et les défenseurs des droits humains.
En parallèle, plus de 80 pays soutiennent désormais une feuille de route mondiale pour réduire progressivement l’usage des énergies fossiles un signe que la pression de la société civile porte ses fruits.
Ce neuvième jour montre une COP tendue, sous pression, mais encore ouverte. Des progrès existent, mais les désaccords restent importants entre pays riches et pays en développement, en particulier sur le financement et la justice climatique.
Les prochains jours seront décisifs : soit les pays parviennent à conclure le « Belém Package », soit la COP30 rejoindra la longue liste des conférences climatiques qui n’ont pas tenu leurs promesses.
Par Hector NAMMANGUE depuis Belém (Brésil) pour Vert-Togo

